Le nom de Vaillant-Couturier évoque souvent, dans le Val-de-Marne, celui de Paul, dont la carrière politique et journalistique l’aura amené à être cofondateur du PCF, mais aussi quelques années maire de Villejuif et rédacteur en chef de L’Humanité. La renommée de ce nom ne doit pourtant pas être dissociée de Marie-Claude, son épouse. Le parcours et le destin de cette dernière ont eux aussi été extrêmement marquants pour l’Histoire.
À l’occasion des Journées européennes du patrimoine (JEP), les 20 et 21 septembre 2025, le musée de la Résistance nationale, situé à Champigny-sur-Marne, a décidé de préparer un hommage à cette grande héroïne contemporaine.
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Des photos clandestines des camps
« Le parcours de Marie-Claude Vaillant-Couturier est unique, car elle avait la vision la plus complète du système répressif nazi, c’est d’ailleurs pour cela qu’elle a été choisie parmi les deux Français pour témoigner au procès de Nuremberg, souligne auprès d’actu Xavier Aumage, archiviste au musée de la Résistance nationale. Son parcours permet de raconter et illustrer la période de la Seconde guerre mondiale, de la prise de conscience du danger de la montée du nazisme au témoignage de son expérience des camps de concentration lors des procès de Nuremberg. »
Car en effet, cette photoreporter parisienne, dès l’âge de 20 ans, réussit à prendre clandestinement des photos des camps allemands d’Oranienbourg et de Dachau, en 1933. Cette enquête, qu’elle aura illustrée, a été publiée dans le magazine Vu, qui appartient à son père, Lucien Vogel. Un exemplaire est exposé au musée de la Résistance nationale, le contenu du reportage sera partagé aux visiteurs lors des JEP.

Journaliste à L’Humanité lorsque l’occupation allemande commence, c’est tout naturellement qu’elle rejoint les activités de presse clandestine, en participant notamment au journal Université libre. Arrêtée pour ses activités de résistance le 9 février 1942, elle est internée à la prison de la Santé, puis au fort de Romainville.
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Elle entonne La Marseillaise à Auschwitz
Le 24 juin 1943, elle fait partie du « convoi des 31000 » (31000 faisant référence aux numéros de matricule que les déportées recevront). Elles sont 230 femmes françaises dans ce convoi, dont la majorité sont des résistantes ou des femmes de résistants. Direction le camp d’extermination d’Auschwitz, en Pologne. « Nous sentions tellement qu’il y avait peu de chance d’en ressortir – car nous avions déjà rencontré les colonnes squelettiques qui se dirigeaient au travail – qu’en passant le porche, nous avons chanté la Marseillaise pour nous donner du courage », rapporte-t-elle dans son témoignage lors du procès de Nuremberg.
« Elle est arrivée avec d’autres militantes qu’elle connaissait déjà, comme la communiste Marie Politzer, ou encore Danielle Casanova, avec qui elle avait cofondé avant la guerre l’Union des jeunes filles de France. Chirurgienne dentiste, cette dernière permet à Marie-Claude Vaillant-Couturier de rejoindre le Revier, un service sanitaire du camp pour soigner les bonnes apparences, mais qui faisait office plutôt de mouroir », explique Xavier Aumage.

Parlant allemand, bénéficiant de la solidarité d’autres camarades, Marie-Claude Vaillant-Couturier garde sa détermination de journaliste et documente le plus possible son internement.
« Elle avait récupéré des feuilles pour faire un carnet et tenait un journal avec ce qu’elle observait et les infos qu’elle entendait. Il y avait une véritable organisation de solidarité dans les camps pour protéger les créations. Son journal est désormais au musée, nous montrerons des extraits aux JEP »
Après avoir été malade du typhus, la résistante est envoyée à l’été 1944 au camp de Ravensbrück, en Allemagne nazie. Une expérience qui lui permettra de témoigner des différences entre les camps d’extermination et les camps de travail comme celui de Ravensbrück, même si ceux-ci ont finalement le même but comme elle le soulignera au procès : « Cette volonté systématique et implacable d’utiliser les hommes comme des esclaves, et quand ils ne peuvent plus travailler, de les tuer. »
Travaillant douze heures par jour dans une usine de Siemens, elle survit malgré les conditions sanitaires effroyables, les violences quotidiennes, le froid, ainsi que le manque de nourriture et d’eau. À la libération du camp, elle y reste plus d’un mois pour aider les survivants malades.
Témoin au procès de Nuremberg
Le 28 janvier 1946, la journaliste témoigne au procès de Nuremberg de son expérience personnelle, mais aussi du système concentrationnaire et de l’élimination des Juifs, et des Tsiganes dans les chambres à gaz. Face aux tentatives de décrédibilisation de l’avocat des nazis, elle ne perd pas son calme : « Je n’ai jamais cité quoi que ce soit qui n’ait été vérifié aux sources et par plusieurs personnes. » Quant à la remise en question des chiffres qu’elle donne concernant les Juifs, elle tient sa position :
« Je ne veux pas discuter avec la Gestapo. J’ai de bonnes raisons pour savoir que ce qu’elle déclare n’est pas toujours exact »
Sur les 230 femmes parties avec elle à Auschwitz, 49 en sont revenues. À son retour en France, l’engagement politique communiste est une évidence pour Marie-Claude Vaillant-Couturier, qui souhaite participer à l’élaboration d’un monde nouveau. Elle devient ainsi l’une des premières femmes députées, d’abord de la Seine (1946-1958 / 1962-1967), puis dans le Val-de-Marne (1967-1973).

Plusieurs fois vice-présidente de l’Assemblée nationale, son engagement politique prend forme « autour d’une société moins inégalitaire mais aussi en portant la loi pour l’imprescriptibilité des crimes de guerre en 1964 », rapporte Xavier Aumage.
Décédée en 1996 à Villejuif, Marie-Claude Vaillant-Couturier aura œuvré toute sa vie pour le devoir de mémoire, en endossant plusieurs responsabilités comme celle de la présidence de la Fondation pour la mémoire de la déportation, en 1990.
Delphine Dauvergne
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