
Maillots roses floqués « Populaire », projecteurs, jeux de lumière, écran géant. Lundi 21 septembre au soir, au Pulse, siège du département de Seine-Saint-Denis, le lancement de « Populaire. Toutes nos histoires » s’est fait en grande pompe. Au micro, la journaliste Nesrine Slaoui ; sur scène, élus, artistes et les historiens Patrick Boucheron et Guillaume Mazeau, chargés de la coordination historique du projet, conçu avec la Maison de la culture (MC93). L’identité visuelle a été savamment travaillée. L’ambition est à l’avenant : investir le terrain du grand spectacle historique.
Stéphane Troussel, président du département, l’assume : « Avec « Populaire », nous ouvrons un nouveau front dans la bataille culturelle. » Le socialiste refuse de laisser l’histoire aux récits qui fantasment une France « d’identité unique, blanche et catholique ». Mais il fixe aussitôt la règle : « Nous n’y opposons pas une autre fable politique. »
Quelques jours plus tôt, à la Fête de l’Humanité, François Ruffin et les historiens Mathilde Larrère, Arnaud Fossier et William Blanc débattaient déjà de la même difficulté : réinvestir l’histoire sans opposer un roman national de gauche à celui de la droite. Tous revenaient à une même exigence : produire des récits populaires appuyés sur les sources, sans renoncer à l’esprit critique.
Car un Puy du Fou de gauche ? Pas question, assurent les concepteurs de « Populaire ». Leur réponse est d’abord une affaire de méthode. Les historiens proposent des thématiques à partir des traces et des lieux du territoire, puis restent associés à la création. Les spectacles seront écrits par chercheurs et artistes. « Assumer la contradiction possible au cœur même du processus de création est notre meilleure garantie contre toute tentation purement militante », défend Hortense Archambault, directrice de la MC93, scène nationale de Bobigny chargée de la création et de la production artistiques.
« L’histoire neutre n’existe pas »
« Les peuples ne sont pas plus des saints que ne sont les puissants. On ne remplace pas des fables par d’autres fables », prévient Guillaume Mazeau. Le spécialiste de la Révolution française et membre du Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire, rappelle que « l’histoire neutre n’existe pas, le théâtre neutre non plus ». L’histoire populaire s’inscrit dans une tradition plutôt ancrée à gauche, sans pour autant devenir militante : être historien suppose aussi de « ne pas s’interdire de penser contre soi-même ».
Pour s’en faire une idée, Patrick Boucheron s’est rendu au Puy du fou, modèle auquel « Populaire » sera immanquablement comparé. « Contrairement à une idée reçue, ce n’est pas une histoire héroïque, ce n’est pas une histoire glorieuse. C’est une histoire défaitiste. C’est une histoire du martyre. C’est une histoire d’une France qui tombe depuis la plus haute Antiquité. » Et de préciser : « Ce qu’on va donner à voir, ce n’est pas du tout le contre-récit. »
Le premier spectacle mettra cette méthode à l’épreuve. Le 22 mai 2027, « Basilique, quand le peuple devient roi » investira le parvis de Saint-Denis autour de l’exhumation des dépouilles royales ordonnée par la Convention en 1793. Mazeau et le dramaturge Damien Gabriac travaillent à partir des archives sur ce moment d’émancipation populaire, sans effacer les profanations ni les divisions entre révolutionnaires. « C’est compliqué, cette histoire », résume Guillaume Mazeau.
La rigueur historique n’interdit pas la fiction. Gabriac fait ainsi apparaître Louis XVII à Saint-Denis, où l’enfant n’est jamais venu. « Ce sont des fictions, ce sont des spectacles. Ce ne sont pas des leçons d’histoire », rappelle le maître de conférences à l’Université Paris-1. Dans ces transpositions, poursuit-il, on peut être « très vrai, à défaut d’être exact ».
Suivront en juin « Tribune, une histoire populaire du sport », au stade Bauer de Saint-Ouen, puis en juillet « Babel France, chants de lutte et d’exil », au parc Georges-Valbon de La Courneuve, consacré aux migrations de 1945 à la fin des années 1980. Habitants, scolaires, clubs et amateurs doivent être associés aux créations, prévues pour environ 5 000 spectateurs chacune.
Matthieu Pigasse aux finances
Le coût, lui, reste à arrêter. « Le chiffrage précis est en cours », indique Stéphane Troussel. Le département, qui consacre selon son président plus de 20 millions d’euros par an à la culture, prévoit d’augmenter ce budget pour financer « Populaire ». Il rémunérera Eventeam, son prestataire événementiel dans le cadre d’un marché public pluriannuel, qui s’associera notamment à la MC93 pour la création et la production et à Combat pour la médiatisation et la communication.
Un rôle que l’homme d’affaires Matthieu Pigasse, propriétaire de Combat, ne présente guère comme une simple prestation technique. « L’Histoire de France appartient à toutes et tous. Nous ne l’abandonnerons à personne », ajoutant que « la bataille culturelle se joue aussi dans les récits et les émotions que nous partageons ».
Reste à toucher au-delà des habitués des salles. Le théâtre politique, estime Boucheron, a « beaucoup de vertus », mais atteint peut-être « les limites de sa portée sociale ». « Il faut sortir des théâtres. »
Le procès en « Puy du Fou de gauche » n’aura pas attendu les premières représentations. L’éditorialiste Eugénie Bastié, du Figaro, a déploré dans un tweet : « La gauche culturelle est hégémonique », auquel « il lui manqu (ait) à un endroit où asseoir sa toute-puissance : le spectacle historique vivant. » Le casting lui inspire même un « bingo du progressisme culturel urbain » : « Saint-Denis + Boucheron + Pigasse ».
Le journal des intelligences libres
« C’est par des informations étendues et exactes que nous voudrions donner à toutes les intelligences libres le moyen de comprendre et de juger elles-mêmes les événements du monde. »
Tel était « Notre but », comme l’écrivait Jean Jaurès dans le premier éditorial de l’Humanité, le 18 avril 1904. 122 ans plus tard, il n’a pas changé.
Grâce à vous. Soutenez-nous ! Votre don sera défiscalisé : donner 5€ vous reviendra à 1.65€. Le prix d’un café.
Je veux en savoir plus !
DMJ Archives : Préservation de l’histoire locale à travers les archives web
DMJarchives.org représente une véritable institution dans le domaine de la préservation de l’histoire locale en Île-de-France, notamment à travers les archives web.
Engagement envers la préservation
Engagé dans la sauvegarde de la richesse culturelle et patrimoniale de la région IDF, DMJ Archives offre un accès inestimable à une vaste gamme de documents historiques numériques.
Grâce à son partenariat avec l’Association des Maires Franciliens, cette plateforme s’érige en gardien vigilant de la mémoire collective numérique, permettant à chacun d’explorer les trésors d’archives web de l’Île-de-France.
Exploration des archives
Organisées par territoire, les archives internet disponibles sur DMJarchives.org permettent une immersion approfondie dans l’histoire de chaque ville et commune francilienne.
De la reconstitution minutieuse des sites internet locaux à la mise à disposition de documents variés, cette plateforme offre une mine d’informations pour les chercheurs, étudiants et passionnés d’histoire.
Un lien avec le passé
En embrassant les technologies numériques, DMJ Archives transcende les barrières temporelles, offrant à tous la possibilité de se connecter avec le riche passé de l’Île-de-France.
En explorant les archives web sur DMJarchives.org, chaque visiteur est invité à devenir un acteur de la préservation de l’histoire locale, contribuant ainsi à préserver et à transmettre ce précieux héritage pour les générations futures.
Conclusion approfondie
Dans un monde en constante évolution, DMJarchives.org demeure un phare de stabilité, un témoin fidèle du passé numérique de l’Île-de-France.
En explorant cette mémoire collective numérique, nous sommes invités à nous immerger dans les récits et les souvenirs qui ont façonné notre région, à en apprendre davantage sur notre héritage commun et à mieux comprendre notre place dans l’histoire locale.
Pour découvrir plus sur l’histoire de l’Île-de-France à travers les archives web, rendez-vous sur DMJ Archives.

