, Val-d’Oise : à Sannois, le musée consacré à Maurice Utrillo ne rouvrira pas

Val-d’Oise : à Sannois, le musée consacré à Maurice Utrillo ne rouvrira pas

Après sept ans d’attente, la Ville de Sannois, dans le Val-d’Oise, va enfin lancer les travaux de la Villa Rozée. Fin mai début juin débutera ce chantier qui va durer seize mois.

Une livraison annoncée en septembre 2026. Cette maison bourgeoise du début du XVIIIe siècle, qui était l’ancien hôtel de ville (comme on peut encore le voir sur le fronton) rouvrira au public avec « son lustre d’antan », dixit le maire, Bernard Jamet (Dvd).

3 088 602 € vont être investis pour réparer, rénover et enjoliver l’édifice.

« Nous allons enlever l’amiante, remettre le clocheton, réparer la toiture, refaire les cloisons et la rénovation énergétique, rénover la coursive qui relie le premier étage de l’hôtel de ville à la Villa Rozée, aménager des bureaux pour les services municipaux », détaille l’élu.

Il justifie le retard du chantier par d’autres travaux plus urgents : « l’agrandissement de l’école Gambetta et l’édification du bâtiment périscolaire Samuel-Paty au sein de l’école Pasteur ».

Plus pratique, selon le maire, pour les mariés et leurs invités, que le 5e étage de la mairie, la nouvelle salle des mariages sera au rez-de-chaussée de la Villa. Une salle qui servira aussi aux expositions temporaires. Pour Bernard Jamet, la Villa Rozée, « c’est notre histoire sannoisienne », comme la Villa Ribot, cette maison du XVIIIe siècle qui accueille l’école de musique, que la Ville a rénovée aussi. 

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Si la mairie renoue avec son histoire, en revanche, elle tire en revanche un trait sur le musée Utrillo-Valadon, fermé en 2018, quand la Villa Rozée a été fermée car présentant des risques de sécurité.

Ce musée, c’était le bébé de Yanick Paternotte, l’ancien maire (Lr), qui l’avait inauguré en 1995. Un musée unique au monde, consacré à Maurice Utrillo (lire encadré) et à sa mère Suzanne Valadon.

« Il n’y avait quasiment personne »

« Il n’y avait quasiment personne en terme de fréquentation touristique, affirme Bernard Jamet. Les chiffres étaient gonflés par la fréquentation des écoliers qui venaient à la Villa Rozée lors des expositions temporaires et qui, du coup, visitaient en même temps le musée Utrillo.

« Le musée Utrillo-Valadon était justifié du temps de Jean Fabris (Ndlr, testamentaire du peintre) et il nous coûte cher en fonctionnement », nous avait confié Bernard Jamet en 2018, laissant entendre qu’il n’était pas question de le rouvrir.

Puis l’élu reconnaît avoir changé d’avis. Il y a encore un an, il affirmait que la Villa Rozée retrouverait les œuvres d’Utrillo.

Aujourd’hui, plus question de musée. Un choix que regrette Yanick Paternotte.

« Je ne veux pas polémiquer, j’ai tiré un trait sur Sannois, mais je l’ai dit il y a dix ans : la culture semble bannie à Sannois. Plus de musée de la boxe, plus de musée Utrillo ».

Les œuvres « végétaient »

Bernard Jamet juge pour sa part que

« ces toiles sont faites pour être vues et elles le sont au musée de Montmartre, où elle vivent mieux et voyagent. Celles de Suzanne Valadon ont été prêtées au centre Pompidou (Ndlr, qui lui consacre jusqu’au 26 mai une monographie). Cela met en valeur la Ville plutôt qu’elles végètent à Sannois. De toute façon, on n’a pas le droit de les vendre. »

Bernard Jamet insiste sur le fait que « les expositions temporaires vont continuer et on fera aussi venir les écoles ».

Faudra penser à modifier les panneaux !
Faudra penser à modifier les panneaux ! ©La Gazette du Val-d’Oise.

L’élu se défend d’avoir voulu liquider l’héritage de Yanick Paternotte… mais ne peut s’empêcher d’envoyer un scud. « La politique muséale pour exporter la notoriété du maire, ce n’est pas mon truc. C’était l’ambition du maire de l’époque, d’avoir une vitrine pour sa carrière politique. Je n’ai pas besoin de cette vitrine. »

Il l’assure : ‘ »Pas un enfant à Sannois n’échappe à la culture. Nous avons les Cham (classes à horaires aménagés musique, destinées aux collégiens) et le label éducation artistique et culturelle (Eac) ».

« C’est dommage »

Michel, 72 ans, Sannoisien depuis plus de 30 ans, confie être allé dans ce musée une fois, « mais je n’étais pas accroc, les impressionnistes me touchent plus, peut-être qu’il est plus connu à l’étranger. Moi ce que je voudrais surtout c’est davantage de commerces de bouche ».

En revanche, Frédéric Diril, le nouveau patron du restaurant Le Moulin à Café, en face de la mairie, regrette ce choix. « Je trouve que c’est dommage car du coup on perd une clientèle qui n’était pas forcément sannoisienne ».

Utrillo à Sannois, sa période blanche

Maurice Utrillo, immense artiste souffrant d’une addiction à l’alcool, avait séjourné à Sannois pour se soigner. De 1912 à 1914, il fréquenta la clinique du docteur Léon-Victor Revertégat, au 17, avenue Rozée. Période prolifique ! Utrillo peignit 150 toiles, sa période blanche, ses plus belles œuvres. La Ville avait reconstitué l’atelier de Suzanne Valadon, elle-même immense artiste, à l’entresol de la Villa. Mais déjà en 2010, le musée subit un fort revers. Jean Fabris, testamentaire du peintre, rompt le lien avec la Ville. Les toiles sont reprises par leur propriétaire, Gilbert Pétridès. Le prêt gratuit des œuvres, conclu pour quinze ans, arrive à son terme. Des trente-quatre toiles de Maurice Utrillo et de sa mère Suzanne Valadon, la Ville en a encore neuf : deux d’Utrillo, cinq de Suzanne Valadon et deux d’André Utter, beau-père d’Utrillo. La plus célèbre des toiles restera Carrefour à Sannois, qui a été rendue car elle était issue d’une spoliation, par les nazis durant la Seconde Guerre mondiale, du propriétaire juif d’une galerie d’art à Paris. Ce qu’ignoraient le Conseil général et la Ville quand ils avaient acquis cette toile aux enchères chez Sotheby’s à Londres au début des années 2000.
Depuis la fermeture de la Villa Rozée, les toiles ont d’abord été conservées dans un lieu sécurisé avant d’être prêtées au musée de Montmartre.

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