« J’ai dit à ma femme : fais les valises, on rentre à Paris ! » C’est sans doute par ces mots que Georges Marchais, alors secrétaire général du Parti communiste français, député européen et du Val-de-Marne, a offert à son épouse la sympathie de la France entière. Ils ont été prononcés en janvier 1980 et ont une résonance particulière 40 ans plus tard.
Liliane Marchais est décédée mercredi soir à l’âge de 84 ans, dans son Ehpad de la Fondation Favier à Bry-sur-Marne. Elle a succombé au Covid-19. La retraitée, qui a longtemps vécu à Champigny-sur-Marne, avait intégré cette maison médicalisée voilà trois ans.
« Les premiers symptômes se sont déclarés en fin de semaine dernière, confie Olivier, fils de Liliane et Georges Marchais, au Parisien ce jeudi soir. Elle est morte à 23 heures mercredi. »
«Femme au caractère très fort»
De cette maman militante de toujours, emportée dans son tout dernier combat, Olivier Marchais se dit « fier » : « Elle se battait déjà depuis trois ans contre la maladie, après un accident vasculaire cérébral dont elle a gardé des séquelles. »
Fier aussi du parcours de cette « femme au caractère très fort », à l’avant-garde des responsabilités politiques. La jeune Liliane a dirigé la fédération PCF de Seine-Sud puis du Val-de-Marne de 1961 à 1976. Et à l’époque, elle n’était pas Madame Marchais.
Liliane Grelot est née le 24 août 1935 à Malakoff (Hauts-de-Seine) d’un père outilleur et d’une mère sans profession. L’ouvrière câbleuse adhérera au Parti communiste en 1952, puis à la CGT l’année suivante. Avant d’intégrer le bureau national des jeunesses communistes, puis la commission exécutive de la Fédération CGT des Métaux jusqu’en 1964.
Cette année-là, après avoir suivi une école centrale d’un mois, elle est entrée au secrétariat de la fédération PCF Seine-Sud. Ses noces avec Georges Marchais ont été célébrées le 18 février 1977 à Champigny-sur-Marne. Liliane était veuve depuis le 16 novembre 1997.
« C’était une battante », reprend Olivier Marchais. Plus tard dans l’ombre de son charismatique époux, certes, « mais pour tous ceux qui ont travaillé avec elle, c’était Liliane ». « Dans le Val-de-Marne, elle avait réussi à faire sa place, elle existait pleinement. Elle s’est d’ailleurs beaucoup occupée de la formation des cadres, explique son fils aujourd’hui âgé de 51 ans. Elle a contribué à ce que quelques générations de communistes prennent des responsabilités. »
Mais Olivier Marchais le reconnaît : avec l’histoire de la valise, « tout le monde connaissait son prénom ». « D’ailleurs pour l’anecdote, sourit-il, elle avait posé une valise sur le pas de la porte que mon père a trouvée à son retour. Elle lui a dit : Tiens, maintenant tu les feras toi-même. » De quoi rassurer les militantes féministes qui avaient volé à son secours : « Ma mère n’était pas du tout soumise ! »
«Elle a beaucoup compté pour toute une génération de militants»
« C’était une vraie femme politique, avec des convictions solides et un caractère bien trempé, salue Romain Marchand (PCF) à Ivry-sur-Seine, secrétaire général de l’association des élus communistes et républicains du Val-de-Marne, dont le père était un proche de Georges Marchais. « Être son épouse n’était pas forcément quelque chose de facile pour exister. Liliane Marchais a réussi. »
« Elle a beaucoup compté pour toute une génération de militants, dont je fais partie, écrit ce jeudi soir Christian Favier (PCF), président du conseil départemental du Val-de-Marne. Si son état de santé l’avait éloignée ces dernières années de l’action militante, elle aura été pendant plusieurs décennies une femme d’engagements, assumant pleinement ses responsabilités avec beaucoup de détermination. »
Un militantisme en sommeil, peut-être. Mais Liliane Marchais avait su lever le poing une dernière fois publiquement en 2014. Pour sauver l’honneur de son défunt mari. Elle avait refusé que soit débaptisé le parvis Georges-Marchais de Villejuif. Une décision prise à la hâte par Franck Le Bohellec, maire UMP tout juste élu à la tête d’une ville communiste depuis 1925. Il préférait le nom de Georges Mathé, éminent cancérologue de la ville et fervent gaulliste.

« Ce qu’il ignorait, rappelle Olivier Marchais, c’est que Georges Mathé et mon père s’appréciaient beaucoup. Le premier travaillant dans la circonscription où le second était député. »
Soutenue par la veuve Mathé, Liliane Marchais avait alors écrit au maire de Villejuif puis saisi la justice. Elle et ses proches avaient obtenu gain de cause en janvier 2016. Une victoire après « la blessure », saluait alors le PCF local qui a dirigé la ville durant 89 ans. La mort ne défait pas la force d’un couple.
« Quand mon père est décédé, se souvient Olivier Marchais, ma mère a eu cette magnifique formule : qu’est-ce que je regrette de ne plus les faire, ces valises. Ça voulait dire qu’on partait en voyage. Ensemble. »
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