, Seine-et-Marne : malgré sa condamnation, cet ancien maire participe-t-il encore aux affaires de la commune

Seine-et-Marne : malgré sa condamnation, cet ancien maire participe-t-il encore aux affaires de la commune

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L’ex-maire de Saint-Thibault-des-Vignes (Seine-et-Marne), Sinclair Vouriot, respecte-t-il la condamnation, en octobre 2024, qui le prive de ses droits civiques ? Son successeur, Christian Plumard, ancien premier adjoint, est-il bien aux commandes de la ville ? Voilà les questions que posent les documents portés à la connaissance de La Marne.

Dans ces derniers, on découvre en effet que lors d’une réunion organisée par Île-de-France Mobilités le 7 mars 2025, la commune était représentée par Sinclair Vouriot, cité dans le compte rendu comme « conseiller municipal ». Un statut que l’ancien maire a pourtant perdu, tout comme son poste de maire, après sa condamnation pour prise illégale d’intérêts dans une affaire de malversations immobilières, l’affaire dite « France Pierre ». L’ancien élu avait alors été démis de ses fonctions par le Préfet de Seine-et-Marne. Devenu inéligible, il ne doit plus avoir de rôle politique dans la vie de la commune, et ce, bien qu’il ait fait appel de la décision.

« Les documents sont accablants »

« Les documents sont accablants. Tout, dans cette affaire, porte a minima à s’interroger et à plus forte raison, à s’indigner », confie l’une de nos sources. Cet habitant de la commune, qui a eu connaissance de la réunion, souhaite rester anonyme. Choqué, il résume : « Qu’il n’y ait aucun autre représentant politique de la ville en dehors de M. Vouriot est grave. » À part l’ancien maire, la ville n’a en effet pas d’autre élu présent à la réunion, mais deux fonctionnaires, la directrice générale des services et le responsable du service urbanisme.

À leurs côtés, il y avait également un représentant de la communauté d’agglomération de Marne et Gondoire, deux membres du SIEMU, le Syndicat intercommunal d’études des mobilités urbaines, un membre du Setec, le prestataire d’Île-de-France Mobilités (IdFM) et bien sûr, un représentant de cette autorité organisatrice de la mobilité pour la région Île-de-France, organisatrice de ce « point d’avancement » sur la création d’un « pôle d’échange multimodal routier » à Saint-Thibault-des-Vignes.

Conseiller municipal ou technique ?

Comment Sinclair Vouriot s’est-il retrouvé là ? À quel titre a-t-il été convié ? Contacté, Île-de-France Mobilités explique inviter « les représentants désignés par les communes concernées ». « La commune a désigné cet interlocuteur comme son représentant en tant que conseiller technique », sans expliquer pourquoi l’ancien maire a finalement été qualifié de « conseiller municipal » dans le compte rendu.

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Nonobstant la condamnation de Sinclair Vouriot, IdFM l’a invité et l’ex-élu a donc pris part à une réunion avec des acteurs qu’il connaît bien. Notamment ses anciens collaborateurs de la mairie et du SIEMU puisqu’il était également président du syndicat avant d’être démissionné. « La réunion n’est pas à notre initiative. Les agents du SIEMU se sont simplement rendus à une réunion à laquelle ils ont été conviés », précise, à notre demande, Olivier Colaisseau, maire de Chanteloup-en-Brie et nouveau président du syndicat.

Un « loupé » selon la mairie

Interrogé, le maire actuel de Saint-Thibault, Christian Plumard, assure n’avoir eu connaissance de la présence de son prédécesseur « qu’après coup ». Il faut dire que le maire était destinataire du compte rendu. Son adresse apparaît dans la liste des destinataires… avec celle de Sinclair Vouriot, la seule d’ailleurs à ne pas être une adresse professionnelle.

Mais ce n’est, d’après Christian Plumard, pas le mail qui l’a alerté : « Je ne regarde pas tous les destinataires et je n’ouvre pas toujours tous les comptes rendus. On m’a remonté l’information. J’ai été très surpris, bien sûr », assure-t-il de façon débonnaire.

Quelqu’un au sein de la mairie aurait donc proposé Sinclair Vouriot comme représentant de la commune sans l’autorisation du maire ? Et s’il était « conseiller technique », l’a-t-il été à titre onéreux ? « Nous sommes en train d’investiguer. On ne sait pas par qui et comment est venue cette proposition », insiste la municipalité. « J’ai peut-être été défaillant là-dessus et cela va peut-être me mettre en difficulté. Je ne pouvais pas être présent et il y a eu un loupé », poursuit le maire en minimisant. « Il ne s’agissait que d’une réunion de travail, un point technique ». Le statut de l’ancien maire dans cette réunion est pour le moins très flou.

Un sujet d’urbanisme

La réunion concernait toutefois l’aménagement de la commune. La Région Île-de-France souhaite en effet installer à Saint-Thibault un pôle de transports pour faciliter l’accès à Bussy-Saint-Georges et à l’aéroport de Roissy-Charles de Gaulle. Ce « point d’étape » visait à préciser les possibilités d’implantation : deux terrains sont envisagés, l’un près du centre culturel Marc Brinon (l’emprise du parking du restaurant Rigatoni), l’autre sur la partie de « l’ouest A104 », un terrain en friche qui a la préférence de la mairie. Deux terrains qui s’intègrent dans deux OAP que la ville doit valider dans son PLU ce jeudi.

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« On permet à quelqu’un qui a été condamné pour avoir attribué l’aménagement d’une ZAC contre des travaux chez lui de continuer à prendre part à l’urbanisme de la commune ! », s’étrangle notre source qui croit peu à l’erreur administrative. « Que l’ancien maire ait du mal à renoncer à son rôle, quelque part, on peut l’entendre. Mais qu’on le laisse faire, c’est incroyable, que le premier magistrat de la commune se fasse complice d’une telle infraction, c’est inadmissible. Ça pose une vraie question : qui dirige la ville de Saint-Thibault ? » Parmi nos sources, d’autres posent aussi cette question. Et d’autres. Notamment : y a-t-il eu d’autres occurrences ?

La puissance publique en difficulté

Le principal intéressé a bien conscience que cette affaire jette le doute sur son indépendance vis-à-vis de son prédécesseur dont il était le premier adjoint, et entache sa gestion de la commune. Aussi martèle-t-il : « Les décisions sont prises ici, dans ce bureau, je le dis clairement. En aucun cas, il n’y a de contact politique avec l’ancien maire. C’est une erreur et nous avons remis les choses dans l’ordre et il ne sera plus ni sollicité, ni destinataire à quelque titre que ce soit ».

Au-delà de la mairie, comme nous le confient d’autres personnes impliquées, la présence de l’ancien maire indispose l’ensemble des parties prenantes. Notamment au regard de l’article 40 du Code pénal qui impose que « tout fonctionnaire qui, dans l’exercice de ses fonctions, acquiert la connaissance d’un crime ou d’un délit est tenu d’en donner avis sans délai au procureur de la République ».

Une possible qualification pénale ?

Un signalement a-t-il été fait ? Pas à date, indique Jean-Baptiste Bladier, le procureur de Meaux, qui n’exclut pas qu’un message ait été fait sans être encore parvenu jusqu’à lui. « La justice va mieux, mais n’est pas encore guérie, il y a toujours des délais », métaphorise-t-il.

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Quoi qu’il en soit, si un signalement devait lui parvenir, il serait bien entendu « étudié de près ». « Dans ce cas, ou si les éléments apparaissent suffisamment tangibles, nous lancerons une série de vérifications. D’abord auprès du Parquet de Paris pour connaître les termes exacts de sa décision et de l’exécution provisoire. Si l’infraction était caractérisée, il s’agirait d’une violation de l’interdiction d’exercer qui peut être punie de deux ans de prison et de 30 000 € d’amende », précise le procureur. Et s’il n’y a pas d’infraction judiciaire, quid de la morale ?

*Contacté, l’ancien maire, Sinclair Vouriot, n’a pas répondu à nos sollicitations.

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