, Municipales dans les Yvelines : ces jeunes candidats veulent « faire entrer les mairies dans le 21e siècle

Municipales dans les Yvelines : ces jeunes candidats veulent « faire entrer les mairies dans le 21e siècle

D’après les calculs de l’Association des Jeunes élus de France (Ajef), les moins de 35 ans ne comptent encore que pour 4,7 % des maires élus en 2025, « faute de solutions compatibles avec leurs études, un premier emploi ou une vie familiale naissante », justifiait l’AJEF dans une tribune publiée dans Le Monde le 17 juillet 2025.

Les élections de mars peuvent-elles enfin rajeunir les conseils municipaux, en particulier dans les communes où les maires sortants cèdent leur fauteuil ? Dans les Yvelines, une même idée directrice se dégage chez les jeunes candidats que nous avons interrogés : réveiller la démocratie de proximité et atténuer le sentiment d’opacité entre les élus et envers les habitants.

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Le réveil de la génération Y en politique local

À Maisons-Laffitte (Yvelines), Nicolas Ljubenovic, élu d’opposition socialiste de 32 ans, est l’unique candidat de la gauche face à six adversaires de centre-droit. Maintenant que le maire LR de la commune, Jacques Myard, se retire après 36 ans de mandat, le chef de projet digital dans la fonction publique interministérielle ne compte pas rater le coche.

Il a conscience des enjeux : « Face à un environnement national touché par de fortes incertitudes, le retour vers la ville et le local est assez salutaire. » Il observe surtout que la jeunesse souhaite prendre sa part : sur les 35 noms qui composent sa liste, un tiers des membres sont plus jeunes que lui. Le benjamin a 18 ans.

Nicolas Ljubenovic, 32 ans, candidat à Maisons-Laffitte (Yvelines).
Nicolas Ljubenovic, 32 ans, candidat à Maisons-Laffitte (Yvelines). ©Photo transmise à 78 actu

Une jeunesse « ouverte aux doutes »

Souhaitant sortir des « carcans politiques et partisans », Nicolas Ljubenovic cherche à renforcer la participation citoyenne et la visibilité des décisions. « On n’a pas peur de parler de référendum local. On souhaite ouvrir la concertation, y compris avec des personnes qui ne partagent pas nos opinions », et aussi les portes de la mairie. Un gage, aussi, d’une administration « moins ancrée dans ces certitudes » : « J’ai la chance d’être encore assez jeune pour être ouvert aux doutes et à l’écoute de ceux qui sont en face. »

« Quand je suis arrivée à Maisons-Laffitte, j’avais 24 ans. Mon premier acte a été de filmer les conseils municipaux et de les diffuser en direct, ne serait-ce que pour montrer ce lieu où se décident tellement de choses et que finalement peu de personnes voient. »

Nicolas Ljubenovic, candidat (PS) à Maisons-Laffitte

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Rajeunir les conseils municipaux

Pour Pierre-Louis Brière, 28 ans et candidat sans étiquette à Magny-les-Hameaux (Yvelines), l’objectif est clair : raviver la flamme éteinte par la majorité actuelle. Sa vision ? « Mieux servir les habitants et s’emparer des sujets qui les concernent », dit l’actuel chef de cabinet à la communauté d’agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines.

Dans sa commune, « les habitants sont trop souvent renvoyés vers le standard du Département », observe-t-il. Pour lui, « le maire doit être au service du quotidien » et dépasser sa simple fonction pour défendre concrètement la population.

« Le moment de l’alternance est venu, un certain rajeunissement aussi. Je n’étais pas né que le maire siégeait déjà au conseil municipal… Il est temps d’apporter une vision neuve ».

Pierre-Louis Brière, candidat (SE) à Magny-les-Hameaux
Pierre-Louis Brière, 28 ans, est le plus jeune candidat à Magny-les-Hameaux (Yvelines).
Pierre-Louis Brière, 28 ans, est le plus jeune candidat à Magny-les-Hameaux (Yvelines). ©Photo transmise à 78 actu

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Ils misent sur une « rupture franche »

« On a besoin de renouvellement et de transparence », croit aussi Thomas Batigne, 34 ans, candidat à tendance divers droite à Saint-Nom-la-Bretèche. Élu depuis 2014, le benjamin du conseil – suivi par l’essentiel de la majorité sortante de Gilles Studnia (LR) – déplore des « dysfonctionnements dans la gestion publique » et souhaite faire sauter « les verrous de l’information ». Il propose donc plus d’horizontalité, moins de verticalité, et une plus grande écoute au sein même du conseil.

À Carrières-sous-Poissy, Farid Lounis courre le même lièvre. Le candidat de 31 ans se dit frustré de la politique menée par Eddie Aït, le maire actuel. « On est plusieurs à avoir eu le sentiment d’être des pions dans un échiquier, qu’on servait simplement de représentation, mais qu’au final, on ne disposait pas de vrais moyens d’action. » Déçu, « l’enfant de la ville » mise sur une rupture franche.

Thomas Batigne, le benjamin du conseil municipal en lice pour les élections de mars prochain.
Thomas Batigne, le benjamin du conseil municipal de Saint-Nom-la-Bretèche (Yvelines), est en lice pour les élections de mars 2026. ©Emmanuel Fèvre

Redonner la parole aux habitants

Un changement de méthodes qui implique de « redonner le droit de cité » aux habitants. « Pendant six ans, on n’a pas vu l’ombre d’une seule consultation citoyenne » [au cours des six dernières années, sept consultations citoyennes ont été menées par la Ville, N.D.L.R], déplore Farid Lounis, soutenu par Les Écologistes, pour qui la jeunesse, dans une ville où 46 % des habitants ont moins de 30 ans, peut être « une force ». Au cours des 6 dernières années, 7 consultations citoyennes ont été menées :

« On a les mêmes visages depuis tant d’années, toujours les mêmes pratiques et les mêmes promesses, et au final rien ne change. On a voulu tourner une page en changeant la manière de faire de la politique. »

Farid Lounis, candidat (EELV) à Carrières-sous-Poissy
Farid Lounis, 31 ans, sera candidat aux élections municipales de 2026 de Carrières-sous-Poissy (Yvelines).
Farid Lounis, âgé de 31 ans, brigue la mairie de Carrières-sous-Poissy (Yvelines). ©Photo transmise à 78actu

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Pour accélérer la transition énergétique notamment, beaucoup restent à faire, un moteur pour Farid Lounis. « En tant que jeune, on se rend compte que c’est notre génération qui va être confrontée à ce péril du réchauffement climatique. » Formé à des études d’économie, il dénonce une forme de greenwashing politique chez certains élus. « On ne peut plus se permettre d’avoir des hommes politiques qui se revendiquent écolo juste pour gagner une élection municipale. »

Baisse des dotations : « Il va falloir faire des choix forts »

Reste à savoir à quelle sauce seront mangées les collectivités territoriales dans le budget 2026, à qui le Premier ministre Sébastien Lecornu demande de « participer à l’effort collectif ». « On en a conscience. Il va falloir qu’on fasse des choix forts », assume Farid Lounis. Il vise notamment des économies en renégociant des contrats d’eau et d’énergie ou encore de réduire la flotte de véhicules municipaux.

« Au lieu d’avoir un contrat de location de 20 ou 30 voitures, on pourrait privilégier les déplacements à vélo, d’autant plus qu’on ne couvre pas de nombreux kilomètres. »

« Je sais comment aller chercher de l’argent »

À Mantes-la-Jolie (Yvelines), ce n’est pas à Adama Gaye, 34 ans, tête d’une liste apolitique, que l’on apprendra à gérer un budget. On ne peut pas non plus lui faire un procès en incompétence : passé par Sciences Po dans la promotion suivant celle de Gabriel Attal, il a travaillé en Afrique pour le groupe Saint-Gobain, avant de devenir chargé d’investissement pour Orange Ventures. Un « bon cocktail », selon lui, pour « faire de la politique autrement ».

S’il compte poursuivre les échanges avec le Département, la Région et l’État, il souhaite aussi ouvrir la porte au secteur privé à des investisseurs, voir fleurir des pépinières d’entreprises pour attirer de nouveaux capitaux et, fort de son expérience internationale, à de nouveaux partenariats pour faire rayonner la ville.

« Je reste assez optimiste. Je sais comment aller chercher de l’argent, comment structurer des projets et comment on les finance. Il faudra très bien gérer le quotidien, tout en faisant preuve d’ambition. »

Adama Gaye, candidat (SE) à Mantes-la-Jolie
Adama Gaye Mantes
Adama Gaye, 34 ans, tête d’une liste apolitique à Mantes-la-Jolie (Yvelines). ©David Goudey

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Ces jeunes peuvent-ils moderniser les mairies ?

« J’en suis convaincu, rebondit Nicolas Ljubenovic. On fait de la politique avec son temps. J’ai grandi avec Internet et les réseaux, avec d’autres manières de faire et discuter, et aussi d’atteindre de nouvelles personnes. » Sans vouloir tout chambouler, il prend l’exemple concret du journal municipal. « Il ne s’agit pas de le supprimer, mais dans une ville comme Maisons-Laffitte où 20 % des électeurs ont entre 18 et 30 ans, je n’ai jamais entendu dire que ces gens-là l’avaient ouvert un jour. » D’où, selon lui, l’importance de trouver des communications qui « donnent envie ».

« Quand on a un budget municipal qui fait 500 pages, si on ne donne pas des clés de lecture, on ferme la porte à des jeunes qui auraient envie de comprendre comment fonctionne une mairie. »

Nicolas Ljubenovic, candidat (PS) à Maisons-Laffitte

Des candidats à l’aise avec l’IA

« Il faut entrer les collectivités dans le XXIe siècle », rebondit Farid Lounis, interrogé sur l’usage des nouvelles technologies comme levier pour optimiser les services publics. « À Carrières-sous-Poissy, on a 500 agents, ce qui est beaucoup pour 19 000 habitants. On veut auditer le personnel communal pour se saisir de l’opportunité de développer l’IA. » Et ainsi profiter de certains départs en retraite pour numériser certaines missions et mobiliser les agents sur celles qui ont « une vraie valeur ajoutée ».

Même chose pour Adama Gaye, rompu aux usages de l’IA dans le cadre de sa vie professionnelle, qui ne souhaite pas pour autant vouloir « transformer la mairie en start-up ». Pierre-Louis Brière songe s’en servir pour améliorer la sécurité publique. « On aimerait intégrer l’IA dans les images de vidéosurveillance du CSU (centre de supervision urbain) pour faire remonter plus vite les comportements suspects », ce qui se fait notamment déjà à Poissy.

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Ne pas mettre les seniors sur le banc

S’ils vantent les atouts de la jeunesse, ces candidats n’en oublient pas les seniors pour autant. « Ce n’est pas toujours simple pour nos aînés de vivre dans un monde qui bouge de partout. Il faut valoriser la jeunesse, mais il ne faut jamais oublier les seniors, dont l’expérience est une donnée extrêmement importante », clôt Farid Lounis.

Aucune candidate de moins de 35 ans n’a été identifiée par notre rédaction à cette heure.

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