, Le bouliste aux poignets maudits

Le bouliste aux poignets maudits

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L’agression se déroule dans le sud de la France. Le prodige y traîne régulièrement depuis qu’il a joué la finale de la Marseillaise en 1969. Mais difficile de savoir où exactement. Le joueur se fait discret depuis qu’il est interdit de séjour dans la cité phocéenne. Il a environ 25 ans et participe à un tir à la sauté. Le joueur précise à Libération en 1977 : « Dans le midi, c’est la coutume. Avant chaque concours, des paris sont organisés

Marceau gagne mais n’aime pas partager ses gains. Ce n’est pas la première fois. Il part avec l’argent des autres joueurs et ces derniers décident de se venger. Ils le coincent et lui cassent les mains à coup de marteau, avant de le jeter à la mer. C’est ce qu’il racontera au journal Libération. Il ajoute: « À plusieurs, c’est facile ». Un ami pêcheur le récupère. « Sinon, je ne serais pas revenu. »

Marceau réapparaît dans les boulodromes de la capitale les poignets bandés. Jojo, 90 ans, s’en souvient. Il l’a vu au café d’Ivry, les mains esquintées, entourées de bandage. « C’était il y a environ cinquante ans », raconte-il, interrompant sa partie au jardin du Luxembourg à Paris. Malgré son âge, sa mémoire est vive : « Je lui dis alors : « Qu’est-ce que t’as, Marceau ? » Il se met à rire. Il était avec ses copains, rien qu’des jeunes d’Ivry. Il m’dit : « Non, non, rien, rien ! » . »

En recoupant les faits, il est possible d’affirmer que l’évènement a eu lieu entre 1974 et 1977. Le problème, c’est que Marceau lui-même a brouillé les pistes. Il aimait raconter des histoires. Son ami bouliste Régis Sztorch confirme : « Il avait tendance à aménager son passé. Il avait honte de certaines choses qui lui étaient arrivées. » Pour ce dernier, les adversaires de Marceau se seraient vengés après avoir appris que la partie était truquée.

« Des centaines de versions sont racontées. Autant de fausses que de vraies », poursuit l’historien Pierre Fieux. Marceau évoque un marteau. Mais l’arme dont tout le monde parle encore aujourd’hui, ce sont ses propres boules. Le symbole est fort.

Au beau milieu de l’Auvergne, une personne a son avis sur cette histoire, bien qu’elle n’ait aucun souvenir de cette époque : c’est la fille de Marceau, Odile. Nous l’avons retrouvée sur les réseaux sociaux. Sur Facebook, dans les nombreux groupes boulistes où les hypothèses sur le prodige pullulent, elle s’active pour rétablir « sa vérité ». Après plusieurs semaines à discuter par téléphone, nous partons la rencontrer en janvier 2024 à Thiers, où elle vit avec son compagnon.

Voilà des années qu’elle tente de rassembler les traces de la vie de son père. Elle étale sur la table de la cuisine les cartes postales, clichés et coupures de journaux qui parlent de lui. Odile évoque une photo des poignets bandés, mais ne peut pas nous la montrer. Elle traîne dans un vieux carton, au fond d’une cave d’un l’immeuble de Bagneux (Hauts-de-Seine) chez sa mère Huguette, ex-compagne de Marceau. Cette dernière refuse de nous parler. Trop difficile de ressasser le passé. On ne mettra jamais la main sur le cliché.

Qui est derrière l’agression ? Des Marseillais, jaloux du talent mêlé d’exubérance du prodige ? Ou alors des parieurs lésés par ses escroqueries ? Pour Pierrot Gales, son coéquipier de La Marseillaise, c’est impossible : « Même les plus grands gangsters de Marseille n’auraient pas fait ça. »

Sans raison, ce dernier finit par annuler notre rencontre à Toulouse. Vincent Valente, un collègue bouliste de Marceau, ne nous rappellera jamais. Et des témoins nous demandent à rester anonymes, de peur de se faire menacer. L’histoire fait parler. Et taire aussi.

Après l’agression, Marceau joue encore : « Ça été dur de me remettre mais je suis encore là, raconte-il en 1977. Je gagne des coupes, tu les as vues. Il n’est pas fini, Marceau ». Mais déjà, le joueur sombre.

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