, La dynastie Delacour au cœur de l’histoire rurale du Val-d’Oise

La dynastie Delacour au cœur de l’histoire rurale du Val-d’Oise

C’est un ouvrage incontournable pour les passionnés d’histoire locale.

Jean-Marc Moriceau, professeur émérite d’histoire moderne à l’université de Caen Normandie, n’imaginait pas que son travail de recherche le conduirait, un jour, à exhumer l’histoire d’une dynastie oubliée et pourtant centrale dans la société rurale du XVIIe siècle.

Dynastie Delacour

Son dernier ouvrage, Nicolas Delacour, le pouvoir au village au cœur du XVIIe siècle, publié le 20 février 2025, retrace le destin de Nicolas Delacour, un personnage dont l’histoire et la lignée ont marqué le Val-d’Oise et notamment les villages de Maffliers et de Livilliers.

Tout commence en 1976, lorsque Jean-Marc Moriceau, alors jeune étudiant à la Sorbonne, découvre pour la première fois le nom Delacour en étudiant un rôle de taille de la paroisse de Livilliers.

« Ça m’avait marqué, mais, à l’époque, je n’y avais pas porté plus d’attention que cela », se souvient l’enseignant.

Quelques années plus tard, alors qu’il boucle sa thèse sur les fermiers d’Île-de-France, ce patronyme réapparaît dans ses recherches, mais c’est en réalisant une enquête généalogique, trente ans plus tard, qu’il fait une découverte incroyable.

Nom récurrent

« Je me suis aperçu que je descendais de cette famille Delacour, raconte Jean-Marc Moriceau. C’était la troisième fois que ce nom frappait à ma porte. J’ai décidé de creuser, mais les sources de cette période sont peu nombreuses et les papiers de notaire sont très mal écrits. Nicolas Delacour avait une signature magnifique, digne des trois mousquetaires. Je l’ai utilisée dans mes recherches et grâce à elle, j’ai trouvé sa signature 289 fois et j’ai pu étudier près de 100 000 documents. »

Ainsi émerge la figure de Nicolas Delacour, né en 1588 et mort en 1668, une personnalité locale qui a traversé des périodes marquantes de l’histoire française, du règne d’Henri IV aux fastes de Louis XIV.

L’intéressé vivait à Maffliers, où il exerçait la charge de gruyer, le responsable des eaux et forêts.

« Pendant 25 ans, il était aussi receveur de la seigneurie. Il levait les principales redevances : le champart, la dîme, les droits seigneuriaux…, énumère l’universitaire. Il avait une personnalité très autoritaire, une main de fer qu’il avait mise sur Maffliers et les environs : Nerville, Presles… »

Main de fer

À Maffliers, Nicolas Delacour impose son autorité pendant cinquante ans. Il contrôle les ressources et s’assure ainsi un pouvoir considérable.

Ce statut lui permet de fonder une véritable dynastie : sept enfants, 54 petits-enfants et aujourd’hui près de 20 000 descendants éparpillés entre l’Eure et l’Aisne avec un important contingent dans le Val-d’Oise.

Durant huit années de recherches, j’ai voulu ressusciter la vie de tout un village et ne pas me contenter d’étudier un seul personnage. 

Jean-Marc Moriceau, professeur émérite d’histoire moderne

Tandis que Nicolas Delacour règne sur Maffliers, son troisième fils, Pierre, choisit l’exil à Livilliers, après un passage par Hérouville. Il fuit l’autorité paternelle et trouve refuge de l’autre côté de l’Oise où il devient receveur de la seigneurie.

« C’est un personnage haut en couleur, cultivé, mais il souffre de l’enfer familial que fait régner le patriarche au sein de sa famille. Il veut être libre, et pour cela, il met l’Oise entre lui et son père. »

L'église Siant-Fiacre de Livilliers où dix-sept membres de la famille Delacour ont été inhumés jusqu'en 1750.
L’église Saint-Fiacre de Livilliers (Val-d’Oise) où vingt-trois membres de la famille Delacour ont été inhumés jusqu’en 1750. ©R.Da.

Bien installé à Livilliers, Pierre va faire venir son neveu, prénommé aussi Pierre (le jeune). Ce dernier fondera une autre dynastie Delacour.

Vingt-trois de ses descendants ont été inhumés dans une chapelle de l’église de Livilliers, de 1679 à 1729. Certains sont devenus notaires à Pontoise, d’autres agriculteurs, à Gouzangrez ou Frouville.

Fils en rupture

L’ouvrage de Jean-Marc Moriceau ne se limite pas à un seul homme et à sa descendance : il met en lumière toute une société rurale à l’époque des Trois Mousquetaires.

À travers les archives judiciaires et notariales, l’historien donne vie aux paysans, artisans et notables de l’époque, évoquant leurs disputes, leurs jeux, leur quotidien dans une société rude et hiérarchisée.

« On a l’impression d’avoir levé la chape d’une vie souterraine évanouie depuis plus de quatre siècles, confie l’auteur. Durant huit années de recherches, j’ai voulu ressusciter la vie de tout un village et ne pas me contenter d’étudier un seul personnage. J’ai travaillé sur un millier de paysans à travers les actes de notaires et de juges et j’ai reconstitué tous les liens qui unissaient ces personnes, du simple mendiant, au cabaretier, jusqu’au grand seigneur de Maffliers, Macé le Boulanger, qui était le prévôt des marchands de Paris et président au Parlement de Paris. »

Dynastie rurale

Si l’histoire de Nicolas Delacour et de sa descendance semblaient oubliées, leurs empreintes sont encore bien visibles dans le paysage et dans les lignées familiales du Val-d’Oise.

À travers la lecture de ce livre, certains découvriront, peut-être à leur tour, qu’ils sont les héritiers de cette dynastie rurale.

Nicolas Delacour, le pouvoir au village au cœur du XVIIe siècle, de Jean-Marc Moriceau, aux éditions Tallandier. 31,90 €. Disponible dans toutes les librairies et sur Amazon.fr et Fnac.fr.

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