Un camp de soldats américains qui cohabite avec celui des Allemands, ça sent la fin de la guerre et surtout la paix. C’est ce que proposait la municipalité de Sagy (Val-d’Oise), durant quatre jours du 8 au 11 mai, pour commémorer les 80 ans de la Victoire de 1945.
1 250 visiteurs le samedi, 1 485 le dimanche. C’est donc quelque 3 000 personnes qui se sont déplacées pour visiter la reconstitution militaire dans le village du Vexin.
L’initiative est venue de la municipalité qui s’est fait assister de 60 bénévoles.
L’Amicale des anciens combattants a tenu la buvette tandis que le boucher du village proposait des plats sur place. Avec la présence de l’association Vexin Histoire Vivante de Fontenay-Saint-Père (Yvelines), l’événement a commencé le 8 mai par la traditionnelle cérémonie commémorative au monument aux morts.
Deux cents personnes y ont assisté avant un défilé jusqu’au lieu de la reconstitution historique.
Camp et figurants
Le public a apprécié approcher les figurants du camp américain établi à Sagy par l’Union Jeep Vexin, association de reconstitution historique installée à Magny-en-Vexin.
Elle a particulièrement été sollicitée depuis juin 2024, lors des commémorations des 80 ans de la Libération.
Elle représente des soldats de l’armée américaine et plus particulièrement de la 1re division d’infanterie US.

À Sagy, le public a aussi vu l’ennemi de l’époque. Des figurants en costume de soldats de la wehrmacht, l’armée allemande du IIIe Reich.
« Les Américains préféraient les campements en plein air, alors que les Allemands ne s’embêtaient pas, ils réquisitionnaient des hangars et maisons », raconte Frédéric Lemaréchal, membre de l’association Troupe française de spectacle militaire (Tfsm) qui anime des reconstitutions historiques.
En tenu d’officier, il s’adresse au public pour décrire le quotidien du soldat de l’Axe.
« Chaque homme avait un poncho. Avec, il faisait une tente, un brancard, un boudin aussi pour franchir un cours d’eau », détaille-t-il à propos du matériel de l’armée allemande.
Sur lui, aucun insigne à consonance nazi. C’est interdit et particulièrement réglementé. On ne peut pas représenter des unités à but criminel, le port du brassard à croix gammée est proscrit, sauf rare exception pour des tournages de films.
« L’article R-647-1 du Code Pénal interdit de se montrer avec des emblèmes, des insignes, incitant à la haine raciale », précise Frédéric Lemaréchal. « Nous représentons l’armée régulière, pas celle paramilitaire comme les waffen SS. »
Riche exposition
À proximité de la reconstitution, une longue tente proposait une exposition de photos pour compléter l’animation.
Particulièrement documentée, elle résultait d’un travail approfondi mené par Serge et Guy Paris, les deux incontournables rédacteurs du Petit Journal de Sagy, hebdomadaire rural du Vexin français.
Il y a trente ans, à l’occasion des 50 ans de la Libération, ils avaient publié un ouvrage complet sur la vie dans le Vexin de 1935 à 1945.

De rares clichés de l’occupation allemande à Cormeilles-en-Vexin, Grisy-les-Plâtres, Marines… sont ainsi visibles.
« Il y a une photo, on ne dit pas où c’est, mais on voit deux jeunes femmes qui sont tendues à la libération. Cette photo, on ne l’avait pas mise dans le livre. Mais là on l’expose trente ans plus tard. »

C’est le récit du territoire rural sous la guerre. Un triste épisode marqué par la mort de jeunes victimes.
Des enfants tués pendant la Campagne de France en 1940, mais aussi après la Libération, victimes d’accidents en ramassant des munitions, grenades et obus, comme ce fut le cas, en 1994, sur le chemin de l’école à Condécourt.
La liste complète des victimes civiles de la région et des avions abattus dans le Vexin était dressée.
« Il ne faut pas remettre cette exposition dans les cartons », a suggéré Marie-Christine Cavecchi, président du conseil départemental. Des enfants des écoles l’ont d’ailleurs visité pour approfondir leur travail de mémoire.
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