
Six des maires de petites communes de Marne et Gondoire (Seine-et-Marne) passent ou ont passé la main pour ces élections municipales 2026. Jablines, Bussy-Saint-Martin, Lesches, Conches… les cas sont différents. Certains n’ont fait qu’un mandat, d’autres en sont au cinquième mais tous témoignent de la lourdeur de la charge. Malgré les satisfactions qu’elle procure, la fonctionde maire est loin d’être évidente.
» C’est de plus en plus »moi je veux », »moi je fais’ »
En cause ? À la fois la complexité et la lourdeur administrative mais aussi… leur relation avec les administrés. » Dans un village, tout revient tout le temps au maire. J’ai beaucoup aimé ce rôle sauf les dernières années qui sont devenues pesantes « , explique Patrick Guichard. » Quand ils ont un souci, les gens ne veulent pas un adjoint, ils veulent parler au maire. C’est très prenant « , approuve, de son côté, Jean-Michel Barat.
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Contactés séparément, ils témoignent tous deux d’une forme d’individualisme grandissant.
C’est de plus en plus »moi je veux », »moi je fais ». Ou »mon voisin a fait ci, je fais pareil ». On a de la chance, Bussy-Saint-Martin reste un petit village. La plupart des conflits peuvent se régler entre voisins. Quand les gens se parlent, il n’y a plus de conflit.
Maire : un rôle délicat
Élue maire en 2020 mais membre du conseil municipal pendant quatre mandats, Christine Gibert observe le même phénomène :
Les gens agissent comme si chacun était seul. On a par exemple un règlement pour les transports de notre RPI (regroupement pédagogique intercommunal, N.D.L.R.), les parents sont nombreux à ne pas le respecter, sans se préoccuper de nos contraintes, des questions de sécurité…
Si elle ne brigue pas de second mandat pour des » questions personnelles « , le rôle du maire lui est apparu à la fois comme » très valorisant » et en même temps, » extrêmement chronophage « .
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» Le Maire ne peut pas tout, mais écouter, entendre et aider sont bien souvent ce que demandent les administrés « , observe également Christian Plumard. Devenu maire de Saint-Thibault après la condamnation de Sinclair Vouriot, l’ex-premier adjoint ne se soumettra pas aux urnes, lui aussi pour des raisons personnelles. » Des éléments soudains et indépendants de ma volonté sont venus enrayer les objectifs que je m’étais fixés. Je comptais les soumettre aux habitants au cours de la campagne. » Comme les autres, il assure qu’il gardera un » très bon souvenir » de cette période, qui, bien qu’éphémère, l’aura marqué.
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« Il faut souligner que les comportements individualistes sont bien présents, mais qu’ils restent minoritaires », estime de son côté, Martine Daguerre. Si elle ne brigue pas de second mandat, c’est avant tout pour des raisons personnelles. Elle résume :
Il faut être disponible tout le temps et savoir faire face à toutes les situations. Il faut aussi prendre de la distance. Parfois, on est critiqués parce que les gens ne voient pas toute la partie du travail qui reste dans l’ombre ou tout ce qu’on fait qui est invisible : les études, le travail sur le fonctionnement de la mairie…
Habitants et politique : un lien à renouer ?
Plusieurs maires témoignent également du poids du numérique dans les changements récents. » Avec internet, les gens pensent tout savoir, même mieux que nous « , souligne Christine Gibert. » Ça a beaucoup changé. On débarque dans votre bureau et on vous dit : »J’ai vu ça sur internet, vous devez faire ci ou ça ». On est là pour exécuter ou se faire engueuler « , valide Jean-Michel Barat. Sans compter les lieux de » défoulement » que sont selon eux devenus les réseaux sociaux.
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De sa position à l’agglomération, Pierre Tebaldini analyse :
Il y a un vrai changement, avec des habitants qui sont de moins en moins acteurs et de plus en plus consommateurs de services. Or, quand vous n’êtes plus acteurs, vous devenez spectateur ou commentateur.
Comme exemple récent, il cite les multiples critiques essuyées dans toutes les villes sur la question du déneigement, quelle que soit l’action municipale. » Le ressenti général, c’est une vraie perte de lien « , poursuit-il.
Dans une société de plus en plus individualisée, quoi d’autre toutefois que le politique pour recréer ce lien ? Voilà un joli sujet pour tous les candidats et un défi pour les futurs élus.
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