
La bastide se targuait alors d’avoir le plus beau et le plus haut de tout le canton.
Villeneuve, sauveté de la fin du XIe siècle, s’est développée autour de l’église prieurale, puis, paroissiale. L’église est ici le bâtiment primordial et le plus important de la localité puisqu’elle est, pendant des siècles, le siège de la vie communautaire. Mais, même après la loi du 14 décembre 1789 qui donne à Villeneuve le statut de commune, le clocher continue à symboliser le village, comme dans bien des endroits de France. Malgré les remous de la Révolution et tous les changements de régime politique du XIXe, les cloches des paroisses de Toulongergues, Mayrinhagues, du Rey, de Septfonds et de Villeneuve rythment la vie des citoyens de la commune, parfois au grand dam des « culs rouges » qui aimeraient les jeter au fond d’une rivière. Mais les clochers font l’objet des soins des paroissiens et des municipalités, comme celui de Villeneuve.
Une société paysanne qui a l’esprit de clocher
Le concordat de 1801 que Napoléon 1er a signé avec le pape permet au catholicisme de réinvestir la vie paroissiale perturbée par la révolution. Bonaparte pensait que la religion était nécessaire à l’ordre public et, même s’il reconnaît la diversité des cultes, pour lui, le catholicisme est « la religion de la majorité des citoyens ».
Sous la restauration, sous Louis Philippe, sous le second Empire, et même sous la IIIe République, la vie paroissiale connaît un essor important avec de nombreuses rénovations ou constructions d’églises pour accueillir un nombre de fidèles plus important à cause de la poussée démographique. Les églises paroissiales seront confiées à la responsabilité des communes.
Pour l’abbé Justin Bessou, né sur la commune de Saint-Salvadou en 1845, « Fe, Patouès et Paisan sou très que fou pas qu’un ». Les Aveyronnais de la campagne se définissent par la foi, la langue occitane et l’amour de la terre. C’est aussi vrai sur le Causse que sur le Ségala.
Nombreux ont été les gens du Causse à se reconnaître dans des poèmes de l’abbé félibre comme ceux « del bres à la toumbo » qui évoque avec une tendresse bouleversante le bonheur d’une famille unie : trois générations, de l’aïeul au bébé, sous le même toit d’une petite oustal d’une petite « borie » où on ne manque de rien puisqu’on a de la soupe et des « poutous » (des baisers). Et bien sûr, sans perdre de vue « lou clouquier » de la paroisse dont les cloches appellent les paroissiens à se rassembler pour les baptêmes, les mariages, les enterrements, les fêtes qui jalonnent l’année et qui égrènent les heures.
L’abbé Bessou, né dans une de ces familles modestes mais heureuses de leur sort, croyait à la pérennité de cette société paysanne et catholique. Comme l’inamovible député Alfred Cibiel, né dans une famille très fortunée qui s’appuyait sur l’électorat catholique qui représentait la stabilité. Au XIXe, le citoyen aveyronnais est fidèle à son clocher et c’est à son ombre qu’il souhaite dormir de son dernier sommeil, dans le cimetière paroissial…
Un nouveau clocher pour Villeneuve
Villeneuve a hérité de son passé d’une superbe église romane et gothique, toutes deux marquées par le style régional. L’église romane du XIe siècle, est certes censée reproduire le Saint Sépulcre de Jérusalem, mais ses piliers s’inspirent des techniques régionales et sa grande nef gothique est d’une architecture purement toulousaine.
Son clocher, situé au – dessus de la voûte romane, était, à l’origine et jusqu’en cette fin du XIXe siècle, de style toulousain : une toiture très basse, recouverte de pierres appelées « tioulasses ». Vers 1880, le clocher nécessite des réparations. Le curé, les vicaires, le conseil de fabrique, le maire et les conseillers municipaux se concertent. Réparer, c’est bien. Mais donner un nouveau cachet à l’église de Villeneuve, l’embellir encore, ce serait mieux. Le Rey a agrandi et modernisé sa petite église qui dispose maintenant d’un clocher en flèche recouvert d’ardoise comme tant d’autres en France, en cette période où les églises sont pleines. À Septfonds, on a carrément abandonné la vieille église près du cimetière et bâtie en haut du village une superbe église d’inspiration néogothique, comme c’est à la mode depuis que le romantisme a remis à l’honneur un Moyen Âge fantasmé…
Alors, à Villeneuve, on va faire mieux encore ! On va remplacer le toit trop modeste du clocher par une belle flèche fine, élancée, dont l’ardoise brillera dans le soleil… et qu’on verra de loin partout alentour. C’est la municipalité qui prend en mains cette construction en 1882, sous la mandature de Noël Delfau.
Le plus « beau » clocher du canton
Les élus comme les autres citoyens ne se posent pas la question du respect du style et du caractère régional.
Ils ne comprennent pas non plus qu’ils ont choisi un modèle standard qui manifeste implicitement que Villeneuve est définitivement entrée dans l’influence française. Ils font construire un clocher comme on voit partout en France. Ils sont dans l’air du temps et heureux d’y être. Un beau et fin clocher qu’on voit de loin… Le plus beau du canton ! Il est désormais sur le plus ancien monument de Villeneuve la signature d’un XIXe siècle… qui se voit d’une lieue à la ronde !
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