
Beaucoup de chemin a été parcouru depuis l’ouverture de ChatGPT à la fin de l’année 2022. À la question « L’IA va-t-elle révolutionner l’univers des collectivités territoriales ? », telle que l’ont formulé les sénatrices Ghislaine Senée et Pascale Gruny dans un rapport parlementaire paru en mars 2025, la réponse penche vers le « oui ».
À en croire certains maires des Yvelines interrogés par 78actu, dont ceux de Plaisir, des Mureaux ou de Limay, cet outil peut être un levier de simplification des processus internes. Il peut permettre de soulager les agents des tâches répétitives, de raccourcir les délais, mais aussi d’améliorer les relations entre les élus et leurs administrés.
Je défends mordicus l’application de l’IA dans les collectivités, qui nous donne entière satisfaction en mairie. Il faut l’encadrer, mais ne pas en avoir peur. »
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« Bienvenue à la mairie de Plaisir, je suis Optimus »
« Bienvenue à la mairie de Plaisir. Je suis Optimus, votre assistant conversationnel. » Depuis septembre 2022, voici ce que l’on peut entendre en composant le numéro du standard de la mairie de Plaisir. Opérationnelle 24 heures sur 24, cette voix artificielle masculine a été développée par la start-up française Yelda pour prêter main-forte aux standardistes.
Trois ans plus tard, ce robot programmé pour traiter près de 200 thématiques différentes (problèmes de voiries, inscriptions en école ou en crèche) donne entière satisfaction à Joséphine Kollmannsberger, la maire de cette commune de 31 000 habitants.
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Presque 100 % des appels traités grâce à l’IA à Plaisir
« Avant Optimus [le nom a été choisi par les habitants], nous avions une grande déperdition au niveau de l’appel téléphonique, car les opérateurs n’arrivaient pas à répondre à toutes les questions », se souvient l’édile à propos d’un système qu’elle juge révolutionnaire. Si cette expérimentation pionnière en France s’est d’abord heurtée aux inquiétudes des Plaisirois, tous semblent désormais y trouver leur compte.
Au sein de cette mairie, des sessions de sensibilisation et de formation à l’IA sont proposées aux chefs de service pour limiter les préjudices potentiels associés aux technologies de l’IA. Mais aussi pour réfléchir à comment l’appliquer à d’autres domaines opérationnels, comme les ressources humaines ou encore les processus liés aux marchés publics.
On est passé d’un traitement de 65 % à presque 100 % des appels grâce à l’intelligence artificielle. »
« Aucun emploi n’a été supprimé », souligne le maire de Plaisir
Tandis que la forte croissance de l’IA commencent à se faire sentir sur le marché du travail (plus de 25 000 suppressions d’emplois en octobre 2025 dans les sociétés américaines selon Reuters), Joséphine Kollmannsberger assure qu’aucun agent n’a perdu son poste dans sa mairie. « Les questions faciles à traiter sont gérées par le robot, ce qui permet à nos agents de répondre à des demandes plus intimes et plus pointues des habitants », ajoute-t-elle.
Gagner du temps sur les tâches automatisables
À Limay, commune limitrophe de Mantes-la-Jolie (Yvelines), l’IA est perçue comme un formidable gain de temps par le maire Djamel Nedjar. « On utilise des outils qui nous permettent d’enregistrer les échanges tenus lors de réunions de travail informelles et de les restituer sous la forme de compte rendu synthétique », rapporte le conseiller délégué au Numérique au sein de GPS&O, qui dit ne pas s’en servir pour la rédaction des comptes rendus de conseils municipaux.
L’IA nous permet d’aller plus loin et plus vite, mais il est nécessaire d’acculturer les agents à ce nouvel outil. »
Le champ des possibles de l’IA
Ailleurs dans l’Hexagone, d’autres collectivités n’ont pas attendu pour sauter le pas. Une plateforme lancée au début des années 2000, baptisée Delibia, les aide déjà dans la rédaction de documents administratifs. Elle facilite aussi la prise de décision via des assistants et moteurs de recherche qui agrègent près de deux millions de délibérations et documents édités par près 5 500 collectivités françaises, rapportait le Parisien en 2024. Et contrairement aux principales entreprises d’IA génératives américaines (ChatGPT, Grok, Google Gemini, etc.), cette IA professionnelle est hébergée en France.
« Ne pas se lancer les yeux fermés dans l’aventure », insiste la sénatrice Ghislaine Senée
Delibia propose aux décideurs « des données spécialisées et traçables », de créer des chatbots internes personnalisés ou encore « d’automatiser des tâches rédactionnelles, d’analyse, d’évaluation ou de benchmark ». Aucune commune du Département des Yvelines ne figure encore dans la liste des clients de Delibia, mais elles pourraient bien finir par s’y mettre, comme l’imagine Ghislaine Senée, sénatrice écologiste des Yvelines et ancienne maire d’Évecquemont. À condition de ne pas se lancer à l’aveugle dans l’aventure.
Une méthodologie à destination des collectivités
Outre la formation des élus et la sensibilisation des citoyens, le rapport parlementaire co-rédigé par la sénatrice Ghislaine Senée suggère une stratégie en trois axes pour « développer une ingénierie au service de l’IA » entre les collectivités. Sa réussite passerait notamment par la nomination d’un « Chief Data Officier », chargé de la gestion, de la gouvernance et de l’exploitation des données. Par la désignation de collectivités « cheffes de file » à des fins d’expertise et de partage des connaissances autour des projets IA. Et enfin, par la création de « comité territoriaux de la donnée » en coopération avec l’État.
Le devoir de sobriété énergétique des mairies
Dominique Turpin, le premier magistrat du petit village de Nézel (Yvelines), maîtrise lui aussi parfaitement la question. Dans l’informatique et le numérique depuis trente-cinq ans, il était l’invité de la Ville des Mureaux le 14 novembre 2025 pour une conférence-débat sur l’intelligence artificielle dans l’univers des collectivités. Il alerte sur les enjeux environnementaux liés à la croissance de l’IA, qui fait « surchauffer les data centers », rappelant que le secteur du numérique est aujourd’hui responsable de 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre.
« Utiliser l’IA revient à fabriquer plus de matériels, gourmands en énergie et en eau, ce qui augmente la production de gaz à effet de serre. Il faut que les collectivités soient des porte-paroles sur les sujets de sobriété numérique vis-à-vis des citoyens. »
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Cyberattaques : « Il faut que l’on puisse défendre nos systèmes d’information »
Avec l’avènement de l’intelligence artificielle, les collectivités exposent plus que jamais leurs données, parfois sensibles. « Les collectivités sont les cibles des pirates. Il faut que l’on puisse défendre nos systèmes d’information et éviter que nos données soient aux mains de logiciels américains », relève encore Dominique Turpin, insistant sur la nécessité de prendre le dossier de la cybersécurité des communes et des collectivités à bras-le-corps.
On aura toujours besoin d’humain. Diriger une commune demande à la fois une bonne expertise et une bonne connaissance. »
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Pour le maire des Mureaux, il faut rester « extrêmement vigilants »
Si l’IA peut aider au fonctionnement des services publics, « il faut rester extrêmement vigilants sur les enjeux de souveraineté et de sécurisation de nos données », insiste François Garay, le maire des Mureaux. Dans sa commune, il explique avoir mis en place un service pilotant à la fois la stratégie en matière d’IA et celle de la cybersécurité pour « améliorer l’efficacité des services aux habitants ».
« Nous avons choisi de rendre accessible à nos agents l’outil développé par Mistral [une start-up française spécialisée dans la conception de modèles d’IA générative, N.D.L.R], de participer à des essais de solutions développées par l’État ou par des entreprises respectueuses de ces principes. »
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L’IA influencera-t-elle les décisions des élus ?
Bien encadrée, l’IA pourrait aussi soulager le quotidien des habitants. Dominique Turpin cite un exemple concret, qu’il réfléchit à mettre en place au sein de la mairie de Nézel. « L’IA pourrait par exemple aider les citoyens à constituer leur dossier de permis de construire, qui est une démarche longue et fastidieuse », pense-t-il, imaginant aussi « des informations qui pourraient remonter plus facilement » grâce à l’IA.
Peut-on imaginer enfin que l’IA puisse un jour penser à notre place ? Impossible, selon lui. « On aura toujours besoin d’humain pour la réflexion. Diriger une commune demande à la fois une bonne expertise, mais aussi une bonne maîtrise des sujets. L’IA ne nous aidera pas à prendre des décisions qui concernent la vie des citoyens. »
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