Huit communes des Yvelines ont déjà accueilli un départ et/ou une arrivée d’une étape du Tour de France. Mantes-la-Ville sera la neuvième le dimanche 27 juillet. Si la Grande Boucle a régulièrement emprunté les routes du département depuis la première édition en 1903, il a fallu attendre les années 1920 pour que le Tour marque véritablement de son empreinte le territoire en choisissant les Yvelines (alors encore intégrés à la Seine-et-Oise) comme lieu de départ réel de la première étape. En 1925, puis sans interruption de 1927 à 1939, Le Vésinet aura cet honneur à quatorze reprises.
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Tout sauf un hasard. Julien Rodolphe (1891-1969), ancien grand pistard resté très influent, y avait installé en 1922 un magasin et un atelier de cycles haut de gamme. Pour en faire la promotion, il avait déjà régulièrement accueilli boulevard Carnot, face à son établissement, des départs de course (dont Paris-Roubaix).
Ce grand départ du Tour prendra encore plus d’ampleur avec la présence iconique sur la ligne de Joséphine Baker, devenue Vésigondine en 1929. La Seconde Guerre mondiale mettra fin à cette belle histoire avec la commune chic yvelinoise. En 2003, pour le centenaire de l’épreuve, le peloton est passé devant les anciens Établissements Rodolphe. Une plaque du souvenir y avait été posée à cette occasion sur le mur de l’immeuble du 15 bis, boulevard Carnot.
À Dampierre-en-Yvelines, la « maison du malheur » du champion Henri Pélissier
Henri Pélissier a été l’un des meilleurs coureurs français de la première moitié du XXe siècle. Vainqueur du Tour de France en
1923, et de dix étapes en huit participations, le Parisien né en 1889 a également inscrit son nom au palmarès de Paris-Roubaix (1919 et 1921), Milan-San Remo (1912), Paris-Tours (1922), Bordeaux-Paris (1919) et du Tour de Lombardie (1911, 1913,1920). Avec son frère Francis, il a aussi inspiré au reporter Albert Londres un article passé à la postérité : Les Forçats de la Route, publié en 1924 dans Le Petit Parisien après un abandon savamment mis en scène à Coutances.
Henri Pélissier s’est retiré des pelotons en 1928. Sa fin a été tragique, et c’est à Dampierre-en-Yvelines, en vallée de Chevreuse, où il avait fait construire une jolie demeure bourgeoise au hameau de Fourcherolles pour passer ses vieux jours, que le drame s’est joué. Un endroit surnommé « la maison du malheur ».
Sa femme s’y est suicidée en se tirant une balle dans la tête, le laissant veuf et père d’une fillette. C’est là aussi qu’il a péri à l’âge 46 ans, le 1er mai 1935, tué lui aussi par arme à feu par sa jeune maîtresse, Camille Tharaud, dite « Miette », de vingt ans sa cadette.
Il l’avait rencontré quelques mois auparavant au Palais des sports, à Paris. Il avait voulu en faire plus qu’une conquête d’un soir, et l’avait installé chez lui à Dampierre, à bras ouverts, allant même jusqu’à offrir un toit à la sœur cadette de « Miette ».
C’est par elle que le malheur est arrivé, un soir où Henri Pélissier, gavé de colère, lui a tailladé le visage avec un couteau. Il a été presque aussitôt abattu. Tué sur le coup.
Camille Tharaud, dont l’avocat a plaidé la légitime défense, sera condamnée à un an de prison avec sursis. Henri Pélissier repose au cimetière Pierre-Granier, à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), auprès de son frère Francis, lui aussi grande figure du vélo d’avant-guerre.
Versailles, incontournable pendant près de 20 ans
Il faudra finalement attendre 1958 pour qu’une localité du territoire entre enfin dans le cercle des villes-étapes. Ce sera Versailles. La cité royale fera même coup double en étant cette année-là le théâtre de l’arrivée de la 4e étape, puis le lendemain du départ de la 5e étape. On se souviendra que Jean Gainche a remporté à Versailles la plus belle victoire de sa carrière et que le maillot jaune avait été revêtu par le Néerlandais Wim Van Est.
Entre 1961 et 1977, Versailles va devenir l’un passages incontournables pour les organisateurs, accueillant même à plusieurs reprises, comme en 1958, une arrivée d’étape puis le lendemain un départ avant de filer vers Paris.
Sur cette période, la ville-préfecture ne sera absente de la carte du Tour que six fois en dix-sept éditions. De légendes y ont endossé le maillot jaune lors de la traditionnelle cérémonie protocolaire. Il y a là André Darrigade (en 1961, lauréat en prime de l’étape), Jacques Anquetil (1961), Eddy Merckx (1970, 1971 et 1973) – tous deux quintuples vainqueurs de l’épreuve -, mais aussi Felice Gimondi (1965), Roger Pingeon (1967), l’année de son leur sacre au général sur la Grande Boucle, ou encore Bernard Thévenet (1978) et Luis Ocaña (1973).
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L’Espagnol a d’ailleurs remporté cette année-là le dernier des trois contre-la-montre individuels de l’histoire du Tour disputés autour de Versailles. Les deux premiers avaient été gagnés par Jacques Anquetil (1961) et Eddy Merckx (1972).
Un autre chrono, parti lui seulement de la cité royale, est entré dans la légende. C’était en 1989, lors de la dernière étape. Laurent Fignon s’était élancé en jaune avec une belle avance (50 secondes) sur Greg LeMond. À Paris, sur les Champs-Élysées, c’est pourtant bien l’Américain qui remportera la victoire finale. Pour 8 secondes. Le plus faible écart de l’histoire.

Depuis, le Tour n’est revenu qu’une fois faire étape à Versailles. C’était en 2013. Le départ de la 21e et dernière étape y avait été donné.
Les autres communes des Yvelines ayant accueilli plus d’une fois le Tour sont au nombre de deux. Il y a Rambouillet, en 1966 (avec Lucien Aimar en jaune avant son sacre à Paris), 2012 et 2019, et Saint-Quentin-en-Yvelines, en 1986 (arrivée d’un contre-la-montre par équipes) et 2023.
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Depuis 2018, dans le cadre du partenariat entre ASO et le Département, Houilles (2018), Mantes-la-Jolie (2020), Chatou (2021), et donc Mantes-la-Ville dans trois semaines, ont rejoint le cercle.
Saint-Germain-en-Laye, lui, attend de revoir passer le Tour depuis 1978. Cette année-là, après avoir accueilli l’arrivée de la 3e étape, la cité yvelinoise, chose rare, avait également servi de cadre au départ de l’ultime étape. Bernard Hinault était parti avec le maillot jaune sur les épaules en direction des Champs-Élysées. Il allait y remporter le premier de ses cinq Tour de France.
David Goudey
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