
De l’obtention des Jeux olympiques à Lima en 2017 à une cérémonie d’ouverture que les Français promettent grandiose, sept ans ont passé. Sept années de négociations parfois tendues, de changements de pied et parfois de coups de gueule pour organiser les quinze jours de la fête sportive la plus regardée dans le monde.
En 2005, la France prend une claque quand Paris perd face à Londres pour les JO de 2012. Anne Hidalgo, devenue maire de la capitale française en 2014, mettra du temps à se convaincre de relancer sa ville dans l’aventure. Les attentats de 2015 qui endeuillent la capitale la décident.
Quelques semaines après son élection, Emmanuel Macron donne le dernier coup de collier et file à Lausanne pour défendre le dossier de la France auprès du CIO. Après s’être entendu avec Los Angeles qui les aura en 2028, la France obtient les Jeux en septembre 2017. « À force de rater les Jeux, on a construit tous les équipements », ironise un ancien élu, citant le vélodrome dans les Yvelines et le site de canoë-kayak en Seine-et-Marne.
Estanguet assure la promo
L’édition française, 100 ans après celle de 1924, se veut sobre, sans constructions inutiles, avec des sites temporaires installés dans un Paris de carte postale : Tour Eiffel, Invalides, Concorde, verrière du Grand Palais, château de Versailles… Et même de la natation dans la Seine, Anne Hidalgo reprenant la vieille promesse de Jacques Chirac et assurant aux Parisiens qu’ils pourront s’y baigner après les Jeux.
À dix jours du démarrage, le bain de la maire de Paris a été immortalisé par les médias du monde entier, après une météo pluvieuse en juin qui avait contraint au report d’une première date car l’eau était trop polluée. Un pari gagné sur le fil donc, qui a coûté 1,4 milliard d’euros d’investissements depuis 2007.
En sept ans, le projet a évolué. L’État et ses préfets, les ministres, les élus locaux et le comité d’organisation (Cojo) ont dû cohabiter et traverser ensemble la pandémie de Covid et les conséquences économiques de la guerre en Ukraine. Cela coince parfois entre le style feutré de la haute administration française, et le côté « paillettes » patiné d’anglicismes et de superlatifs des organisateurs issus du marketing sportif.
À la tête du comité d’organisation (Cojo), le triple champion olympique Tony Estanguet, mis en piste par Bernard Lapasset, promoteur de la candidature décédé en 2023, promène son sourire ultra-bright sur les plateaux pour vanter des JO qui vont « casser les codes », « populaires » et dans des « sites iconiques ».
Depuis la validation d’une parade fluviale sur la Seine, les contours de la cérémonie d’ouverture ont été considérablement rétrécis
Officiellement, c’est l’union sacrée. Tout le monde a mis de l’argent, fait des promesses. En coulisses, il y a eu des « engueulades », des coups de fils incendiaires, des négociations informelles et des arbitrages chuchotés pendant les visites officielles. Il a fallu par exemple compenser auprès des élus de Seine-Saint-Denis le renoncement à certains sites olympiques dans le département, comme celui du tir qui quitte La Courneuve pour atterrir en 2022 à Châteauroux, à près de 300 kilomètres de la capitale. En contrepartie, une partie de la boxe ira à Villepinte.
Il y a eu quelques coups de canifs à l’union sacrée officielle, comme le véto mis par Anne Hidalgo, au nom de l’impératif environnemental, à l’arrivée du pétrolier Total en tant que sponsor de premier plan en 2019. Autre sujet de nervosité, entre la préfecture de police de Paris, la mairie, et les organisateurs : la cérémonie d’ouverture sur la Seine, la première de l’histoire à sortir d’un stade.
Depuis le projet de grande fête populaire initialement imaginée, avec des badauds se promenant librement le long des quais, le format a été revu à la baisse sous la pression des forces de sécurité, avec moitié moins de spectateurs parqués par portions de rives, un tiers payant et deux tiers sur invitation. L’idée de cette parade fluviale a cheminé plusieurs années. À l’automne 2020, Emmanuel Macron dit « banco ». Le CIO valide.
Sueurs froides au village
En pleine construction du Village des athlètes, l’ingénieur Nicolas Ferrand, qui a chapeauté les infrastructures, a confié après coup avoir eu des « sueurs froides » à la suite du déclenchement de la guerre en Ukraine, craignant des pénuries de matériaux. Finalement, tout sera livré à l’heure. Bombardé à la tête de la RATP, la Régie des transports parisiens, à moins de deux ans des Jeux, l’ex-Premier ministre Jean Castex a lui aussi gagné sa course contre la montre pour faire arriver à temps la ligne 14 au village olympique à Saint-Denis et à l’aéroport d’Orly.
En juin 2023, des policiers qui débarquent pour des perquisitions sur des soupçons de conflit d’intérêt, notamment sur des « contrats de conseil ». Plusieurs enquêtes ont été ouvertes par le parquet national financier. En juin 2024, c’est la dissolution de l’Assemblée et le spectre d’un Premier ministre d’extrême droite, qui fera perdre le sourire aux troupes.
Mais finalement le gouvernement reste en place pour expédier les affaires courantes et gérer en particulier les JO. Il y a quelques mois, une proche de la maire de Paris se faisait devin : quoi qu’il arrive, « deux semaines avant, tout le monde dira que c’est la cata et en fait non ». À quelques jours des JO, les pièces du puzzle sont en place et Paris semble prêt à accueillir le monde.
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