, En Seine-et-Marne, cette crypte pas comme les autres abrite deux légendes depuis plusieurs siècles

En Seine-et-Marne, cette crypte pas comme les autres abrite deux légendes depuis plusieurs siècles

Plantée depuis le Ve siècle au milieu des champs de la campagne de Seine-et-Marne, Chamigny fait face à la rive droite de la Marne. Ce village de 1 500 habitants, situé dans le canton de La Ferté-sous-Jouarre, possède un important patrimoine et notamment une église classée auprès des Monuments Historiques depuis 1981. Mais connaissez-vous les légendes qui entourent cette église et sa particularité ? 

Une église inversée

Dédiée à Saint-Etienne, l’église présente une particularité car son orientation est inversée par rapport à l’orientation habituelle des édifices religieux. Selon la municipalité, cette disposition résulterait de la forte déclivité du terrain et surtout de la préexistence de la crypte dont il importait de ne point nier l’emplacement.

D’ailleurs, cette dernière, également classée Monument Historique, semble être la partie la plus prestigieuse de l’édifice et abrite deux légendes qui ont traversé les siècles. On vous explique.

La crypte est partagée, par quatre colonnes centrales et douze colonnettes périphériques
La crypte est partagée, par quatre colonnes centrales et douze colonnettes périphériques ©Photographie de Camille Enlart, avant 1927/Ministère de la culture. Médiathèque de l’architecture et du patrimoine.

Des cultes païens…

La première légende remonte à plusieurs siècles. Selon l’ancienne maire, Jeannine Beldent, aidée d’une association locale pour l’écriture du livre Chamigny à travers le temps, « dans les premiers siècles, soit avant la construction de l’église, il est probable qu’une grotte souterraine existait. Des druides ont dû y célébrer des cultes païens. »

Elle ajoute également que la tradition assure « qu’une statue de Sidegoah, la fée de la colline, était placée dans la grotte. » Plus récemment, dans une édition de 2020 du magazine municipal de Chamigny, Petit Chamignot, la municipalité expliquait que selon la légende, la fée avait fait de la grotte sa demeure.

D’ailleurs, pour perpétrer cette légende, Sidegoah est aujourd’hui le nom d’une association chemignotte.

Pour autant, dans le livre Cryptes médiévales et culte des saints en Île-de-France et en Picardie, Claire Mabire La Caille (maître de conférences en archéologie du Moyen Âge à l’université Paris 1 Panthéon Sorbonne) écrit : « outre le fait qu’un culte dédié à Sidegoah paraît devoir relever de la pure imagination, il ne semble pas exister de déesse de ce nom dans le panthéon celte et aucune trace ancienne d’un tel culte n’a été trouvée localement. »

L'église étant en travaux pour plusieurs mois, la statue n'est en ce moment pas visible.
L’église étant en travaux, la statue n’est en ce moment pas visible. ©Mairie de Chamigny

… au christianisme

Peu à peu, et selon le livre de l’ancienne édile, « le christianisme a remplacé les dieux païens et la fée a disparu. » La grotte, elle, s’est transformée dès le VIIIe siècle en une crypte et une chapelle a été installée au-dessus avant que ne soit construite l’église actuelle.

Ce serait également à cette époque que la statue de la Vierge, présentant notamment un enfant présentant un phylactère (parchemin déroulé) et encore visible aujourd’hui, aurait été déposée.

C’est d’ailleurs là que notre seconde légende apparaît. « La tradition orale locale a longtemps rapporté que cette vierge était un don personnel du roi Saint-Louis (N.D.L.R. : roi de France capétien de 1226 jusqu’à sa mort en 1270) qui aimait venir ici lorsqu’il séjournait à Reuil », complète Jeannine Beldent dans son ouvrage.

Selon elle, « la statue a toujours été l’objet d’une grande vénération. » Un élément que semble confirmer Claire Mabire La Caille dans son livre : « selon la tradition locale, le culte de la Vierge se pratiquait dans la crypte jusqu’à une date encore récente avec 2 000 pèlerins en 1939. »

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