CROQUIS DE MUNICIPALES. Le maire divers droite affronte deux listes d’extrême droite. Mais escompte une victoire dès le premier tour, comme en 2014 et en 2020.
Enveloppé dans sa parka, sous une pluie fine, le longiligne François de Mazières distribue ses derniers tracts sur le marché Notre-Dame, à l’avant-veille du premier tour des municipales. Celui qui est maire de Versailles depuis 2008 se présente pour un quatrième mandat, en espérant l’emporter dès le premier tour comme en 2014 et 2020.
Il est à la tête d’une liste indépendante « Divers droite » (DVD) mais soutenue par un large spectre allant de LR à Renaissance en passant par le MoDem et Horizons. « Je refuse de me laisser enfermer dans une étiquette partisane, souligne-t-il. En 2008, j’ai été élu contre les appareils politiques ; j’ai conservé cette indépendance, même quand je suis devenu député à l’Assemblée nationale, où j’étais “apparenté LR”. Un maire doit rassembler, pas diviser. L’apaisement est mon maître mot. »
Image historique et défis contemporains
Il en a fait un mantra dans la gestion de cette ville au charme désuet dont on dit qu’elle est la première grande cité provinciale en sortant de Paris qui attire – de plus en plus – de familles en quête d’authenticité, de lenteur, à l’écart des turbulences du monde. « La sociologie de la ville évolue, mais de manière moins caricaturale qu’on ne le pense, souligne son maire. Versailles reste extrêmement attractive, notamment pour les familles parisiennes désireuses de qualité de vie. C’est une ville de passage, très vivante en été, qui sait concilier son image historique avec une réalité familiale et résidentielle moderne. »
En misant – aussi – sur une programmation culturelle riche et éclectique, entre l’Académie équestre de Bartabas et le Mois Molière, festival de théâtre lancé par l’élu et qui fêtera en juin son trentième anniversaire – un événement autour duquel se sont agrégées des résidences d’artistes et dont le savoir-faire s’exporte jusqu’au Festival d’Avignon.
Pour François de Mazières, qui a présidé la Cité de l’architecture et du patrimoine de 2004 à 2012, il s’agit toujours de conjuguer l’héritage du passé riche d’une ville qui fut pendant un siècle le siège du pouvoir politique en France (pas seulement sous la monarchie, au début de la IIIe République aussi), théâtre de nombreux épisodes de l’Histoire de France – sensible à chaque coin de rue, pas seulement autour du château – et les apports de la modernité, notamment dans des choix d’urbanisme respectueux de l’environnement, comme on peut le voir dans les aménagements du quartier Gally, en lisière du château.
« Versailles doit être un “démonstrateur” de la ville de demain, explique son maire, auteur d’un livre manifeste Pour une ville belle (préfacé par l’architecte Christian de Portzamparc, éd. Eyrolles). C’est une cité pensée et organisée dès l’origine entre ville et nature. Aujourd’hui, l’enjeu est d’adapter ce patrimoine aux contraintes environnementales du XXIe siècle. »
François de Mazières souligne que « la ville compte aujourd’hui 85 000 habitants, mais à l’échelle de l’intercommunalité (Versailles Grand Parc), nous représentons un bassin de 280 000 habitants. C’est un territoire dynamique qui regroupe environ 20 000 entreprises. Bien que nous accueillions de grands groupes comme KNDS [entreprise européenne de l’armement, NDLR] ou ExxonMobil, le tissu économique est majoritairement composé de petites structures et d’indépendants. »

Versailles, c’est le choc entre Louis XIV et les Daft Punk (qui s’y sont rencontrés) et autres groupes de la scène électro ! Une ville tournée vers le futur, grâce notamment à l’arrivée prochaine de la ligne 18 du Grand Paris Express. « Un enjeu crucial, insiste François de Mazières, puisque le métro permettra notamment de développer le quartier Satory (300 hectares), qui accueille déjà la plus grande concentration de gendarmes de France, pour en faire un nouveau pôle urbain en lien avec l’établissement public Paris-Saclay. »
Pour ces municipales 2026, le maire sortant affronte, sur le flanc droit, deux listes. L’une, Reconquête zemmouriste, qui fait le buzz sur les réseaux sociaux, la cheffe de file, Sabine Clément, ayant oublié de compléter le « nom de la ville » sur ses tracts et ses affiches… L’autre liste est menée par Olivier de La Faire, un conseiller municipal de la majorité en dissidence ayant rejoint l’UDR d’Éric Ciotti allié au RN.
La solidité de notre République tient sur les villes. Et un maire est au service de tout le monde. Il n’est pas le représentant de telle ou telle fraction.
François de Mazières, maire (divers droite) de Versailles
Versailles, théâtre d’une future « guerre des droites » en vue de la présidentielle ? Quand on l’interpelle sur le sujet, François de Mazières se montre quelque peu irrité – mezza voce. « Je refuse que les municipales à Versailles soient lues comme une répétition de l’élection présidentielle ou une “guerre des droites”, décoche l’édile. Les électeurs jugent une gestion et une équipe, pas un combat idéologique. Nous, nous avons formé une liste pour Versailles, avec des talents éclectiques, point barre. Je ne veux pas ce débat. D’autant qu’il est pollué à l’échelle nationale. »
François de Mazières poursuit : « Moi, ce que je vois, c’est que la solidité de notre République tient sur les villes. Et un maire est au service de tout le monde. Il n’est pas le représentant de telle ou telle fraction. Il faut éviter ce genre de choses. Sinon, on crée les tensions dont on nous abreuve à longueur de temps sur le plan national, alors que gérer une ville, c’est se préoccuper de sujets du quotidien, de projets de construction de quartier, de rénovation, d’équipement… »
D’aucuns lui reprochent d’écarter des talents qui pourraient lui faire de l’ombre, à l’instar de François-Xavier Bellamy, qui a fait ses premières armes en politique comme adjoint au maire de 2008 à 2019. « Mais quand François-Xavier a décidé d’aller aux législatives, je l’ai soutenu de toutes mes forces !, rétorque François de Mazières. Je pousse les jeunes talents. J’ai soutenu l’émergence de figures comme François-Xavier Bellamy ou Charles Rodwell aujourd’hui. Cependant, je suis une règle claire : lorsqu’un élu s’investit dans un combat national avec une étiquette partisane forte (comme pour les européennes), il doit s’écarter de l’exécutif municipal pour ne pas “colorer” toute l’équipe et détourner le débat des enjeux locaux. »
Sur le marché de Notre-Dame, ce vendredi 13 mars, il y a embouteillage de militants – y compris communistes. Six listes s’affrontent pour le premier tour. « À chaque municipale, il y a six listes à Versailles, allez savoir pourquoi », remarque le maire sortant qui, à quelques heures du premier tour, sourire aux lèvres, glisse, confiant : « Je suis serein. »
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