Les ruines de l’église médiévale, Notre-Dame de Corbeil, fondée au XIIe, sont localisées à Pringy, en Seine-et-Marne. Comment des ruines médiévales de l’Essonne ont pu se retrouver dans un haras de Seine-et-Marne ? Si la frontière entre les deux départements n’est pas très loin, coupons tout de suite court aux hypothèses géographiques : non, il ne s’agit pas d’une modification des frontières départementales.
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Des éléments romantiques déplacés
Actuellement, les ruines sont visibles depuis la route de Montgermont, mais dans une propriété privée qui accueille une écurie de course. On peut y voir sept éléments architecturaux de l’ancienne église (voir l’encadré ci-dessous).

Sept éléments historiques à Pringy
De nos jours, sept éléments de l’ancienne église sont visibles à Montgermont. « Désormais, les ruines de Pringy sont totalement hors contexte, explique Elise Baillieul. Elles ne sont même plus dans le parc du château puisque la propriété est séparée par une route. » Ainsi, la chercheuse évoque trois éléments qui appartiennent au portail principal : un tympan « espace semi-circulaire ou en arc brisé qui accueille le décor au-dessus du portail. Souvent constitué de plusieurs pierres, il repose sur le linteau (pierre qui soutient les murs au-dessus d’une porte, ndlr). » Les ruines sont aussi composées d’une voussure – « des arcs concentriques qui entourent le tympan » – et d’un ébrasement – « les côtés obliques d’une baie ». Les vestiges comportent aussi une double arcade et ses supports, un arc trilobé, deux arcs brisés et une pierre tombale. « Ils sont réunis à Pringy, mais provenaient d’endroits différents dans l’église », estime-t-elle.
« Après la Révolution, quand on possède un château, il est à la mode d’avoir des éléments romantiques dans son parc, détaille Elise Baillieul, maître de conférence en histoire de l’art du Moyen Âge à l’université de Lille, qui a travaillé sur les ruines de Montgermont. C’est par exemple le cas à Dammarie-lès-Lys avec l’abbaye Notre-Dame du Lys. » Pour Pringy, il s’agit d’une même « mode », à la différence près que les ruines ont été déplacées.
« Vers 1820, le comte de Gontaut-Biron va acquérir des vestiges de l’église qui vont être rassemblés artificiellement pour créer une ruine romantique dans la cour arrière du château. Tout a été remonté pour évoquer les ruines d’une église, mais sans aucun caractère archéologique, seulement pour l’aspect pittoresque. »
En 2013, cette spécialiste des églises médiévales – qui fait une thèse sur Notre-Dame d’Étampes – avait été contactée par la Société française d’archéologie pour étudier les vestiges de Montgermont, peu à peu tombés dans l’oubli. « Il y a peu de littérature sur ces ruines, souligne-t-elle. Quelques photos anciennes, un article datant des années 30’. »
Elle entame alors une « chasse au trésor » pour trouver des éléments nouveaux sculptés. D’autant que sur l’une des anciennes photographies, on aperçoit un chapiteau qui n’était plus sur le site… Il avait été mis à l’abri dans une ancienne salle technique de la mairie de Pringy, dans l’espoir de créer un musée dédié à l’histoire de la commune.

Elle se lance dans une « chasse au trésor »
Mais avec le temps, le souvenir s’est effacé, avant d’être ravivé en 2019. « C’est grâce aux souvenirs d’une habitante de Pringy que ce chapiteau a pu être découvert et comme il était dans une ancienne chaufferie, il a été parfaitement conservé », rappelle Élise Baillieul. J’espère que ces pièces pourront être de nouveau visible du public » La décision reviendra à la municipalité et au service de la conservation des Monuments historiques.
« Nous avons à cœur de faire la promotion du patrimoine du village, de l’entretenir et de le préserver, insiste Eric Chomaudon, le maire de Pringy. Beaucoup de gens ne connaissent pas l’histoire de ces vestiges et ce travail historique est une manière de mettre en avant les trésors de notre commune. » Et d’ajouter : « Nous réfléchissons à la meilleure manière de présenter cette pièce. »

En Essonne, il ne reste aujourd’hui plus aucun vestige de l’église Notre-Dame de Corbeil, fondée dans le deuxième tiers du XIIe siècle dans le bourg. « L’édifice a pourtant été une collégiale très importante au Moyen Âge », rappelle la chercheuse.
L’église Notre-Dame de Corbeil a été désaffectée en 1793 et rachetée par la municipalité qui l’a transformée en entrepôts. Elle sera totalement démantelée en 1820, vendue à deux artisans pour destruction. Deux des statues-colonnes démantelées à l’époque sont toutefois conservées au musée du Louvre.
Un projet de restitution en 3D
En avril dernier, la maître de conférence est revenue sur le site de Pringy pour une nouvelle étape dans la reconstitution du patrimoine de la commune. « Grâce à la technique de la photogrammétrie, un ordinateur va recalculer tous les points pour une restitution en 3D », conclut-elle.

« C’est une manière de mettre en avant le patrimoine culturel de la commune et de travailler à la mémoire de la ville », conclut Grégoire Palomo, délégué auprès du maire en charge du rayonnement extérieur et des dossiers culturels. La présentation du travail de reconstitution pourrait être réalisée d’ici la fin de l’année.
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