, Seine-et-Marne : « On a trouvé une cavité », comment un fait divers a permis la découverte d’un tombeau oublié

Seine-et-Marne : « On a trouvé une cavité », comment un fait divers a permis la découverte d’un tombeau oublié

Il arrive parfois que d’événements funestes, découlent d’heureux hasards… et dans un tel lieu, on pourrait presque parler de miracle ! Dix ans après l’incendie qui a ravagé une partie de l’église Saint-Louis de Fontainebleau (Seine-et-Marne), en janvier 2016, des révélations continuent de faire surface, comme la découverte d’un tombeau oublié, caché sous le sol de la chapelle de Franchard, dans le prolongement de la nef. Cette incroyable histoire, elle, remonte à 2018, mais n’a, jusqu’à présent, jamais été racontée dans la presse. Un matin d’octobre, on sonne à la porte de José Antonini, le curé de Fontainebleau. Devant lui, deux ouvriers affolés…

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« J’ai d’abord pensé à un accident, se souvient-il. Ils me disent ‘mon père, on a trouvé une cavité dans l’église !’» Arrivé au fond de l’édifice, là où les travailleurs sont en train de refaire le sol, il constate un trou béant. Ils braquent alors un projecteur. « On apercevait une plaque en marbre, dans une cavité cernée de briques rouges », rembobine le père Antonini. Aussi délicatement que possible, les ouvriers soulèvent la dalle, mais celle-ci se brise avec fracas.

Lors des travaux de rénovation du sol de l'église Saint-Louis, les ouvriers ont découvert une cavité
Lors des travaux de rénovation du sol de l’église Saint-Louis, les ouvriers ont découvert une cavité ©Charlotte Cheuret Kubisztal

Dans sa chute, la dalle ouvre alors une seconde cavité… «Sans l’incendie de l’église et cet incident de chantier, nous n’aurions probablement jamais découvert ce tombeau », confesse le responsable du pôle missionnaire. En descendant avec une échelle, les ouvriers découvrent un cercueil qui porte une plaque avec une inscription légèrement effacée, mais sur laquelle on peut lire un patronyme : Charpentier. Ce nom, fait tout de suite tilter le curé (lire l’encadré) : « Ça a été un vrai choc », se rappelle José Antonini. Il informe immédiatement l’évêque et Nathalie Ensergueix, responsable de la commission art sacré du diocèse.

Le chanoine Charpentier, du sous-sol au grenier

En 2014, le prêtre José Antonini arrive dans la paroisse de Fontainebleau. À l’époque, il recherche un lieu pour stocker ses affaires et découvre le grenier de l’église totalement encombré. Les routiers-scouts lui prêtent main-forte pour faire du tri et lui apportent alors plusieurs peintures. « Est-ce qu’on les jette ? », l’interroge-t-il. Non, répond le curé, intrigué notamment par un portrait : celui du chanoine Charpentier, son prédécesseur qui a officié de 1843 à 1874 et qui a notamment œuvré pour l’extension de l’église Saint-Louis… et notamment la création de la chapelle de Franchard. « À l’époque, je ne savais pas encore qui il était, mais son nom, inscrit sur la toile m’a marqué», sourit José Antonini. Avec le portrait du chanoine, il va aussi remettre la main sur des toiles qui étaient recherchées à l’inventaire de la mairie de Fontainebleau, dont certaines d’une grande valeur historique. Elles ont été remises à la municipalité qui les a restaurées et qui trônent désormais en bonne place dans l’église, donnant à l’édifice des allures de musées.

Rois, reine, empereur … et chanoine

« Autant on savait que des trinitaires étaient enterrés dans l’église, autant personne ne savait où était enterré le chanoine Charpentier », rappelle le curé. Les recherches menées par l’Église, notamment aux archives, permettent d’en savoir plus sur « Messire Noël Eugène Charpentier » (1797-1874). Dans son oraison funèbre, il est qualifié de « vénérable et discrète personne, écrit Nathalie Ensergueix. Il apparaît, aux yeux de ses contemporains, comme un homme déterminé, habile négociateur et pasteur zélé. »

Dans la cavité, les ouvriers ont mis au jour la sépulture de l'abbé Charpentier
Dans la cavité, les ouvriers ont mis au jour la sépulture de l’abbé Charpentier ©Charlotte Cheuret Kubisztal

Il ne faut pas oublier qu’à l’origine, la paroisse royale n’est pas à Fontainebleau, mais à Avon, où Saint-Louis venait d’ailleurs prier. Fontainebleau ne possède alors qu’une petite chapelle… L’histoire de l’église Saint-Louis débute sous Louis XIII – elle est fondée par Anne d’Autriche en 1661 – et sera agrandie sous Napoléon III en 1860, mais grâce à l’impulsion de l’abbé charpentier.

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On lui doit l’église que tous les paroissiens connaissent aujourd’hui : il fait ériger les déambulatoires, les chapelles latérales avec les splendides voûtes que l’on peut encore observer aujourd’hui (remises en lumière grâce aux travaux après l’incendie). Mais il est aussi à l’origine de la création de la chapelle de Franchard, où il repose toujours aujourd’hui. Pour ne pas « encore une fois » recourir à la « générosité impériale », il lance à l’époque une souscription, pour créer une grande chapelle mariale.

Le père José Antonini, ici devant le portrait de son illustre prédécesseur, dont la toile avait été retrouvé dans le grenier de l'église Saint-Louis en 2014
Le père José Antonini, ici devant le portrait de son illustre prédécesseur, dont la toile avait été retrouvé dans le grenier de l’église Saint-Louis en 2014 ©JVC/RSM77

« Un traumatisme »

Mais pourquoi porte-t-elle le nom de Franchard ? « À cause de la statue de la Vierge à l’enfant, qui a malheureusement été détruite dans l’incendie », déplore José Antonini. Si une réplique a été réalisée, l’œuvre originelle, qui provenait de l’ermitage de Franchard a brûlé, après une histoire mouvementée. « Elle avait été sauvée par un bûcheron à la Révolution, qui avait scié le pied et l’avait cachée dans un tas de bois pour qu’elle échappe aux révolutionnaires », raconte l’ecclésiastique.

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Il confiera la statue aux sœurs de la Charité Royale qui, lors de leur départ de Fontainebleau, en 1984, la céderont à la paroisse, qui l’installera en bonne place dans la chapelle mariale jusqu’à l’incendie de 2016… Alors dix ans après « le traumatisme de l’incendie », le temps est aussi venu pour la paroisse de rendre ses lettres de noblesse à l’abbé Charpentier.

Désormais, une plaque matérialise l'emplacement de la sépulture de l'abbé Charpentier, au fond de la chapelle de Franchard, en l'église Saint-Louis de Fontainebleau
Désormais, une plaque matérialise l’emplacement de la sépulture de l’abbé Charpentier, au fond de la chapelle de Franchard, en l’église Saint-Louis de Fontainebleau ©JVC/RSM77

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« Il a été longtemps oublié, alors qu’il est une personnalité emblématique et il mérite qu’on le remette à l’honneur », souffle Charlotte Cheuret-Kubisztal la secrétaire du secrétaire du pôle missionnaire, qui avait pu faire les photos de la découverte du tombeau, en 2018. « Nous avons pris la mesure de ce que cet homme a fait pour cette église et pour son rayonnement », conclut son successeur. Si les cavités ont été rebouchées lors des travaux, une dalle et une inscription matérialisent désormais l’emplacement de la sépulture. Pour rendre homme au bienfaiteur de l’église Saint-Louis.

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