, Grand format « La baisse va se poursuivre »: terre historique d’agriculture, la Seine-et-Marne a perdu 2 000 fermes en 30 ans

Grand format « La baisse va se poursuivre »: terre historique d’agriculture, la Seine-et-Marne a perdu 2 000 fermes en 30 ans

C’est un constat choc : « En France, 40 000 fermes de petite taille ont disparu en seulement 3 ans, avec elles la capacité de nos villes et villages à produire une alimentation locale et de qualité ». Le 16 novembre 2025, deux jours avant l’ouverture du Salon des maires et des collectivités territoriales qui s’est tenu à Paris, le mouvement citoyen Terre de Liens et le site spécialisé TerritoiresFertiles.fr ont publié une cartographie de la disparition des fermes en France, basée sur une enquête menée tous les trois ans par le ministère de l’Agriculture. L’objectif ? Sensibiliser les maires du pays aux conséquences de « l’accélération d’un mouvement délétère de concentration », dont les exploitations de Seine-et-Marne ne font pas exception.

« On assiste à un véritable plan social à bas bruit » dans les fermes de France et de Seine-et-Marne

« On assiste à un véritable plan social à bas bruit, estime Coline Sovran, chargée de plaidoyer de Terre de Liens. L’image d’Épinal de la petite ferme française à taille humaine s’érode chaque jour un peu plus. Il est temps de dire la vérité aux Français. La politique agricole que nos gouvernements mènent depuis des décennies creuse la tombe de cette agriculture que la majorité des Français réclame. »

En Seine-et-Marne, l’état des lieux, réalisé commune par commune entre 1988 et 2020 confirme la tendance nationale. Si le département reste le territoire francilien qui compte le plus de fermes (2 200), il en a perdu 2 000 en 30 ans. À titre de comparaison, le département comptait 4 400 fermes en 1988, soit autant que dans toute l’Île-de-France en 2020 !

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Avec près de 336 000 hectares, la Seine-et-Marne compte la surface agricole la plus importante d’Ile-de-France ©YV/RSM77

Parmi les secteurs les plus agricoles, la région de Provins et ses 39 communes. La carte dressée par Terre de Liens y recense 330 fermes, soit un quart de moins qu’en 1988. En 30 ans, la région de Provins, bien que la plus dotée du département en la matière, a donc perdu 120 exploitations, notamment dans la cité médiévale, qui a perdu 15 fermes depuis la fin des années 80.

« Une concentration inédite des fermes »

« Nous n’avons pas les mêmes chiffres, mais nous observons la même tendance, confirme Vincent Bouvrain, responsable syndical de la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles (FDSEA77) pour le canton de Provins. Entre 2000 et 2020, 27 % des fermes de Seine-et-Marne ont en effet disparu. Je suis agriculteur depuis 2001 et c’est cohérent avec ce que j’ai vécu. »

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Installé à Chenoise-Cucharmoy, l’exploitant cultive des céréales, de la betterave, des pommes de terre et des noisettes. S’il observe que le Provinois résiste mieux à la pression immobilière que l’ouest du département, il identifie plusieurs causes à la disparition progressive des petites fermes :

« La tendance va se poursuivre, prévient le syndicaliste. Le superbe métier d’agriculteur induit des contraintes peu compatibles avec une vie privée classique. C’est un frein pour les jeunes générations qui ont du mal à se projeter. Or, une ferme, c’est un projet sur 10-20 ans. Rajoutez à cela l’absence d’une ligne politique claire et cohérente et vous avez une idée de ce qui cloche… »

Particulièrement impactée, la commune de Beton-Bazoches, qui a perdu treize fermes depuis 1988, passant, selon Terre de Liens, de 22 à 9 exploitations.

« Quand je suis arrivée, au milieu des années 90, le village en comptait six. Il n’y en a plus que trois aujourd’hui, corrige Alain Boullot, le maire du village de 910 habitants. Mais peu importe, on constate effectivement une vraie baisse. La transmission de génération en génération n’est plus régulière. Des agriculteurs qui partent à la retraite se retrouvent sans repreneurs. Et quand ils en trouvent, ce sont souvent des exploitants qui intègrent ces terres à leur exploitation. D’où la baisse du nombre de fermes. »

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« On observe une tendance à l’agrandissement des exploitations. On ne peut plus vivre avec une ferme de 40 ha. C’est une réalité économique qu’on ne peut ignorer ». Pour la FDSE77, la baisse du nombre de fermes est aussi liée à la fusion d’exploitations, rendue incontournable au vu de la conjoncture ©Illustration -Pixabay

Néanmoins, l’élu relativise. Si le nombre d’exploitations baisse, la surface agricole de sa commune, elle, n’aurait pas rétréci. Alain Bontour, son collègue maire de Chenoise-Cucharmoy et agriculteur de métier, confirme :

« L’est de la Seine-et-Marne perd des fermes, comme partout, mais reste un secteur à fort potentiel agricole, assure celui qui cultive 125 hectares de céréales. On perd peu de surface, mais on observe de plus en plus de concentration d’exploitation. » Une réalité justement dénoncée par Terre de Liens, qui regrette « une concentration et une financiarisation inédite des fermes en France ».

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Un débat dans lequel ne veut pas rentrer la FDSEA :

« On observe une tendance à l’agrandissement des exploitations, par des fusions ou divisions. Mais ce n’est pas un problème, juge Vincent Bouvrain. Il faut relativiser, des fermes de 1 000 ou 2 000 ha, il n’y en a même pas cinq en Seine-et-Marne. Et des petites structures s’en sortent parfois mieux que les grandes. Maintenant, il y a une réalité : il devient parfois plus simple de se regrouper. On ne peut plus vivre avec une ferme de 40 ha. C’est une réalité économique qu’on ne peut ignorer. »

Quelles solutions pour sauver les fermes de Seine-et-Marne ?

Reste qu’à quelques mois des élections municipales, Terre de Liens demande aux élus d’agir. Le mouvement avance plusieurs propositions :

« Rendre les terrains agricoles accessibles pour faciliter l’installation de paysans », « recenser et valoriser les terres pour mieux les préserver », « encourager la distribution de produits bio et locaux », ou encore « rendre accessible à toutes et tous une alimentation locale et de qualité au juste prix ».

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Des sujets sur lesquels le Département de Seine-et-Marne indique avancer ces dernières années.

« La disparition des fermes pose plusieurs enjeux de taille, explique Olivier Lavenka, vice-président de la collectivité en charge de l’Agriculture. D’abord la question de notre souveraineté alimentaire et du produire local. Avec le Département, nous avons par exemple créé la plateforme Approv’Halles, qui alimente désormais en produits locaux les cantines des collèges et lycées de Seine-et-Marne. Ensuite, la question de l’attractivité du métier et la capacité qu’ont nos agriculteurs à produire à armes égales avec leurs homologues ailleurs dans le monde. Le sujet de la simplification de la réglementation devient urgent. Enfin, la préservation de l’identité de nos territoires ruraux. Si les plaines de Brie et de Champagne sont ce qu’elles sont, c’est grâce à cette activité agricole. »

L’élu, également maire de Provins et président de l’intercommunalité du Provinois, annonce que la Région Île-de-France travaille à un fonds financier ayant pour but d’aider les jeunes exploitants à s’installer.

« En Seine-et-Marne, on compte d’ailleurs entre 35 et 40 nouvelles installations par an ces dernières années, même si les départs à la retraite restent majoritaires, observe Olivier Lavenka. En tant que collectivité, nous avons un rôle à jouer en termes de préservation des ressources foncières. À Provins, nous avons ainsi rendu à la nature 30 hectares qui étaient inscrits comme urbanisables dans l’ancien Plan local d’urbanisme. »

À l’échelle du Grand Provinois, la part des terres réservées au développement économique a également été réduite de moitié dans le nouveau Schéma directeur de la région Île-de-France (Sdrif-e), adopté en septembre 2024.

« Une fois qu’on a dit cela, il ne faut pas oublier que nous, consommateurs, avons un rôle central, conclut Olivier Lavenka. On ne le dira jamais assez, mais soutenir nos agriculteurs, c’est d’abord acheter leurs produits. »

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