, Seine-et-Marne : comment maintenir la mémoire vivante du dernier convoi de la Déportation

Seine-et-Marne : comment maintenir la mémoire vivante du dernier convoi de la Déportation

, Seine-et-Marne : comment maintenir la mémoire vivante du dernier convoi de la Déportation

Chaque 16 août, à la gare de Saâcy-sur-Marne, en Seine-et-Marne, les drapeaux s’alignent, les discours résonnent, et l’histoire reprend corps au Mémorial du dernier convoi. Comment, 80 ans après, continuer à transmettre la mémoire de la Déportation ? Comment parler d’un train de 2 400 résistants déportés et de leur calvaire pour qu’ils ne tombent pas dans l’oubli ? À Saâcy-sur-Marne, la réponse est claire : par un travail patient, régulier, et renouvelé.
Depuis 2020, la nouvelle équipe municipale, portée par la maire Katy Veysset, a redonné vie à ce lieu de mémoire grâce à l’adjointe au patrimoine, Sylvie Montambault. « Après un petit creux, le mémorial revit. C’est une histoire qui a beaucoup marqué nos communes. Une histoire locale inscrite dans la grande Histoire, précise Katy Veysset. Ce train-là s’est arrêté ici, il a une histoire particulière, mais en réalité, tous les autres sont passés sur cette voie. »

Le dernier convoi, l’histoire d’un calvaire

Le 15 août 1944 au soir, alors que Paris est sur le point d’être libérée, un train quitte la gare de Pantin. À son bord : 2 400 résistants français. Ce convoi n’est pas un train d’extermination, mais de répression. Sylvie Montambault le rappelle : « Il y avait deux sortes de déportation : de répression pour les résistants, d’extermination pour les personnes de confession juive. »
Parmi les déportés, neuf compagnons de la Libération, des hommes et des femmes de tous les âges. Le plus jeune avait 15 ans, le plus âgé, un prêtre, 75 ans. Ce convoi, considéré comme le plus important de la Seconde Guerre mondiale en nombre de déportés, arrivera à destination… sans retour pour 85 % des personnes à bord.
Le train est bloqué le 16 août au matin sous le tunnel de Luzancy : le pont ferroviaire, bombardé par les forces britanniques le 8 août, est impraticable. Pendant plusieurs heures, les déportés restent enfermés dans les wagons, dans l’obscurité et la fumée. « Ils ont cru qu’ils allaient être assassinés », raconte Sylvie Montambault. Les SS font reculer le train dans la plaine. Les 2 400 personnes marchent alors sur plusieurs kilomètres, réparties en trois colonnes. Des habitants, bouleversés, tentent de leur tendre de l’eau, de la nourriture. « Il faisait une chaleur terrible. Certains ont été battus, étouffés… », se poursuit Sylvie Montambault.
Un second train les attend. Cette fois, le général suédois Nordling, représentant d’un pays neutre, tente de s’interposer. Jusqu’à la frontière, il négocie en vain pour faire stopper le convoi. Le commandant SS ne pliera pas. À l’arrivée, les hommes sont dirigés vers Buchenwald, les femmes vers Ravensbrück. Beaucoup seront ensuite répartis dans des camps de travail forcé, parfois dans des tunnels. « Tous les matins, ils évacuaient les morts. C’était horrible. »
Aujourd’hui encore, cette histoire reste méconnue. D’où l’importance du travail engagé à Saâcy pour redonner un visage à ces 2 400 résistants. Selon la maire, Katy Veysset, « pour comprendre le monde, il faut connaître l’Histoire ».

Restaurer, transmettre, créer

Un Comité du mémorial du dernier convoi de la déportation en Seine-et-Marne est créé en 2007 sous l’égide de l‘Office départemental des Anciens combattants (ODAC) de Melun. C’est alors que l’idée d’un mémorial est abordée. Cependant, lorsqu’il a été dissous en avril 2016, ce lieu de mémoire est resté en suspens. « Tout était à refaire. Il était en mauvais état », raconte Sylvie Montambault.

Les lieux sont restaurés, les cérémonies relancées, et une dynamique nouvelle voit le jour.

Le mémorial

En juin 2012, un wagon de marchandises reconstitué est installé en gare de Saâcy-sur-Marne, route de Nanteuil, sur un terrain mis à disposition par la mairie. Il est de même type que ceux qui ont transporté les 2 400 déportés du dernier convoi de Seine-et-Marne. Restauré par la SNCF à partir d’un modèle retrouvé à Béziers, il devient l’élément central du mémorial. À l’origine du projet : le Comité du mémorial du dernier convoi de la déportation en Seine-et-Marne, désireux d’aller plus loin qu’une simple plaque commémorative qui avait été apposée sur la façade de la gare de Nanteuil-Saâcy en 1993.
Son enceinte est aménagée avec une rampe d’accès PMR, un massif de roses Résurrection de Ravensbruck, un panneau d’information, un mur de verre où sont gravées les premières strophes de la chanson Nuit et brouillard de Jean Ferrat et une citation de Paul Eluard.
Depuis 2023, des biographies de déportés ornent les grilles pour personnifier l’Histoire. D’ici quelques mois, l’intérieur du wagon permettra également de replonger les visiteurs dans l’enfer de ce dernier convoi.

Une exposition extérieure composée de textes, de visages, de biographies et de récits, est installée en 2023, accrochée aux grilles du site. « C’était important de l’installer en extérieur, en accès libre, pour attirer l’attention de tout le monde… Les gens peuvent s’arrêter, prendre conscience que ce n’est pas juste un wagon. D’autant plus qu’il y a des visages, des portraits, ça ramène à la réalité des choses, à l’humain, au réel », souligne la maire.

Une exposition intérieure en préparation

Mais l’ambition ne s’arrête pas là. Une exposition permanente à l’intérieur du wagon est en préparation, en collaboration avec plusieurs acteurs engagés : Béatrice de Roys et Philippe Reyx, enfants de déportés ; Vincent Kropf, président de la Fondation pour la mémoire de la déportation en Seine-et-Marne (FMD77) et professeur d’histoire ; Marie-France Cabeza-Marnet, présidente de l’amicale de Ravensbrück ; et un historien parisien, Laurent Thiery, auteur de l’ouvrage Le Livre des 9 000 déportés de France à Mittelbau-Dora.

Je vais faire un travail similaire à celui du comité, mais remis à neuf, validé historiquement. Elle sera installée de manière permanente.

Sylvie Montambault, coordinatrice du projet.

Une réflexion est en cours pour moderniser les supports : sonorisation, QR codes, éléments numériques… Ce projet s’appuiera sur ce qui existe déjà : un habit rayé de déporté offert au comité il y a quelques années, ou encore la maquette d’un camp.

Il faudra également restaurer le wagon, abîmé par l’humidité et y installer l’électricité. « On ne pourra pas ouvrir tout le temps, mais il faudra le faire vivre de façon régulière. Je pourrai être présente ou former un jeune passionné pour faire vivre le lieu », précise l’adjointe au patrimoine.

Il sera ensuite question de trouver des subventions.

Un catalogue pour ne pas oublier

Cette année, un catalogue tiré de l’exposition extérieur va être publié ce 16 août 2025. Ce travail minutieux, réalisé par Sylvie Montambault avec l’aide d’un jeune collègue passionné, a nécessité un important travail de documentation.

Ce catalogue a vocation à « voyager », réagit Katy Veysset, qui souhaite qu’il soit utilisé comme support pédagogique dans les lycées des environs.

Faire de l’histoire un outil d’éducation

La transmission aux jeunes générations est au cœur de la démarche. « C’est hyper important la jeunesse, parce qu’elle est porteuse de mémoire et d’espoir », souligne Sylvie Montambault.

Des conférences pourraient être proposées, des projets avec des lycéens montés. L’objectif est clair : « Il faut que les jeunes aient envie de s’y intéresser. C’est le seul musée mémoriel de la Seine-et-Marne sur ce sujet. »

À Saâcy-sur-Marne, l’histoire ne s’ensevelit pas sous la poussière. Elle s’écrit, s’expose, se transmet. Comme le résume Katy Veysset : « Notre but, c’est que la mémoire reste vivante, vive, que ces gens ne soient pas oubliés. »

La cérémonie aura lieu le 16 août 2025 au Mémorial du dernier convoi de la Déportation, en gare de Saâcy-sur-Marne, à partir de 11 h.

Suivez toute l’actualité de vos villes et médias favoris en vous inscrivant à Mon Actu.

En conclusion, DMJarchives.org incarne une véritable bibliothèque virtuelle de l’histoire locale en Île-de-France, offrant un accès inestimable à une multitude de trésors d’archives numériques. Grâce à son engagement à préserver la richesse culturelle et patrimoniale de la région, DMJ Archives comble les lacunes laissées par les documents historiques disparus. L’organisation méthodique des archives par territoire permet une exploration approfondie de l’histoire de chaque ville et commune. De la reconstitution des sites internet locaux à la compilation d’une photothèque exhaustive, en passant par la mise à disposition de documents variés, DMJarchives.org constitue une ressource inestimable pour les chercheurs, les étudiants et les habitants de la région francilienne. En somme, en offrant un accès facile et organisé à ces archives numériques, DMJarchives.org joue un rôle crucial dans la préservation et la diffusion de la mémoire collective de l’Île-de-France. Explorez cette riche plateforme pour plonger dans l’histoire fascinante de chaque territoire, et découvrez ainsi les trésors cachés de la région à travers les âges.