Nous avons tous en tête ces images de Cassandre Beaugrand, le regard triomphant, sa médaille d’or autour du cou lorsque le 31 juillet dernier, l’athlète française remportait le triathlon féminin des Jeux olympiques en bravant une Seine alors considérée in extremis comme « baignable ».
Quarante-huit heures plus tôt, les mesures trop élevées d’E. coli et d’entérocoques principales bactéries traquées à chaque prélèvement – entraînaient pourtant le report de l’épreuve masculine… Car malgré la démonstration publique de la maire de Paris, Anne Hidalgo, deux semaines plus tôt, barbotant dans le fleuve parisien, l’opération « Plan baignade » était encore en phase laboratoire. Interdit depuis plus de cent ans (1923), plonger dans la Seine n’allait évidemment pas se faire en un jour…
Quatre ans et un investissement de 1,4 milliard d’euros avaient été planifiés. « Afin d’être prêt pour les JO, certes, mais aussi pour qu’à terme, tout le monde puisse s’y baigner », précise Marc Guillaume, préfet de Paris et de la région Île-de-France, également coordinateur de ce fameux « Plan baignade ». Alors justement… trois mois après le clap de fin olympique, comment évolue la qualité de l’eau de la Seine ?
Un immense siphon sous la Marne
Première bonne nouvelle, malgré un été extrêmement pluvieux sur la capitale – le deuxième plus intense de l’histoire mesuré par Météo France –, la qualité de l’eau est restée satisfaisante. « Ça prouve déjà la grande efficacité de nos travaux et des mesures que nous avons prises », s’enthousiasme Marc Guillaume. Des travaux colossaux, dont le détail encourage à l’optimisme. Essentiellement parce que la principale pollution, émanant des eaux rejetées dans le fleuve, a été traitée à la « source ». La plupart des 250 bateaux-logements qui le peuplent sont désormais aux normes, et ils le seront tous très prochainement, promet-on.
Des équipements installés sur l’ensemble des quais permettent déjà à la majorité d’entre eux de se débarrasser de leurs eaux usées. Jusque-là, celles-ci étaient instantanément déversées dans la Seine… Idem concernant les habitations plus ou moins proches du fleuve, à Paris, en Seine-et-Marne et au bord de la Marne, principal affluent de la Seine.
Jusqu’à l’amorce du « Plan baignade », ces logements y rejetaient leurs eaux souillées. « Il reste quelques maisons à traiter, mais suffisamment peu pour que l’on puisse qualifier leur nombre de résiduel », souligne le préfet. Sur ces « mauvais branchements » rétablis (35 000), François-Marie Didier, président du Syndicat interdépartemental pour l’assainissement de l’agglomération parisienne (Siaap), apporte un éclairage important : « Plus que de permettre les épreuves dans la Seine pendant les JO ou la baignade dans les années qui viennent, c’est la robustesse et l’efficacité du système d’assainissement francilien pour les cinquante prochaines années que ce ‘‘Plan baignade’’ nous a permis de construire. »
Un succès qui intrigue à l’étranger
Parmi ses investissements (500 millions), le Siaap a construit un immense siphon sous la Marne et, plus récemment, le VL8, un tunnel de 9 kilomètres permettant d’évacuer les eaux usées de l’Essonne. Autre outil XXL bâti pour assainir le fleuve, le bassin d’Austerlitz, inauguré en mai dernier, d’une capacité de stockage de 50 000 mètres cubes d’eaux usées et pluviales lors des fortes précipitations.

La maire de Paris, Anne Hidalgo, nageant dans la Seine, le 17 juillet 2024. © Firas Abdullah/ABACA
Alors en attendant l’été, grâce à l’ensemble de ces équipements, peut-on déjà considérer l’eau de la Seine comme véritablement propre ? « L’objectif n’est pas qu’elle soit potable, mais baignable. Et encore, uniquement en période estivale. Alors oui, sur cette base, l’objectif est atteint », tempère Marc Guillaume. Pour être qualifiée d’excellente, la qualité d’une eau douce doit concentrer moins de 500 UFC d’E. coli par 100 millilitres. Début septembre, c’était le cas sur certains points de mesure, mais celles-ci peuvent fortement varier d’un jour à l’autre. Un baromètre (naturel) essentiel permet donc d’avoir une idée de l’évolution (positive) de la qualité de l’eau qui serpente au cœur de la capitale : sa faune, qui comptait moins d’une dizaine d’espèces il y a peu, en dénombre désormais près de quarante ! Un chiffre encourageant qui devrait encore augmenter. D’autant qu’en matière de budget, les vannes sont loin d’être fermées.
Selon nos informations, 400 millions de travaux sont encore nécessaires pour bâtir les trois spots de baignade parisiens. Au Bras Marie (parc Rives de Seine, rive droite), au Bras de Grenelle (entre le port de Grenelle et les rives de l’île aux Cygnes) et près de Bercy. Sécuriser ces bassins, embaucher des maîtres-nageurs et réaliser de grands travaux sont prévus, à l’image de la construction d’un ponton d’envergure sur l’un des sites.
Même si la route est encore longue, on peut d’ores et déjà pousser un grand « cocorico » vu les premiers résultats. La résonance de ce succès (en cours) intrigue à l’étranger. « On reçoit la visite de beaucoup de délégations étrangères, américaines notamment, qui viennent se renseigner sur la façon dont on a travaillé pour y arriver », se félicite Marc Guillaume. L’autorité du Mississippi a récemment fait le déplacement jusqu’à Paris pour y chercher un peu d’inspiration. Le Mississippi, un fleuve cinq fois plus grand que la Seine…
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