Savez-vous que la ville de Corbeil-Essonnes est à l’origine du mot …

À chaque mort de célébrité, c’est le même refrain. Partout sur les réseaux sociaux et dans les médias, on voit passer des termes nécrologiques quelque peu barbares, que l’on utilise sans vraiment y prêter attention. Pourtant, beaucoup d’entre eux ont une origine cachée et parfois insolite.

Prenez le corbillard, ce véhicule servant à transporter les morts jusqu’à leur sépulture. Son origine, qui remonte au Moyen Âge, n’a rien de sinistre, bien au contraire.

Pourquoi envions-nous l’orgasme des cochons? Les gauchers sont-ils davantage intelligents? Quand il pleut, est-ce que les insectes meurent ou résistent? Vous vous êtes sans doute déjà posé ce genre de questions sans queue ni tête au détour d’une balade, sous la douche ou au cours d’une nuit sans sommeil. Chaque semaine, L’Explication répond à vos interrogations, des plus existentielles aux plus farfelues. Une question? Écrivez à explication@slate.fr.  

Le pain de Corbeil

Au départ, le terme «corbillard» n’avait rien à voir avec un engin roulant qui transportait les dépouilles. Au Moyen Âge, c’était un bateau de transport fluvial à fond plat.

Au XIIIe siècle, la ville de Corbeil (devenue Corbeil-Essonnes en 1951, dans l’actuel département de l’Essonne), située au bord de la Seine et à une quarantaine de kilomètres de Paris, est un port essentiel de la région, dont les grands moulins produisent une quantité importante de farine. Cette farine est notamment utilisée sur place pour produire du pain. Mais pas n’importe quel pain: c’est le meilleur de la région. Tout le monde se l’arrache.

Pour satisfaire la demande grandissante de la population parisienne, des bateaux affluent sans cesse pour récupérer des kilos de miches de pain. Ce sont ces bateaux, venant de Corbeil, que les Parisiens finissent par appeler «corbeillards». Jusqu’ici, tout va bien, me direz-vous? Mais c’était sans compter sur un événement tragique qui allait transformer cette joyeuse embarcation en un symbole macabre.

La peste noire ravageuse

Un siècle plus tard, c’est la catastrophe. La peste déferle sur la France, balayant Paris, dont la population particulièrement dense est plus que vulnérable. La capitale se transforme en un immense cimetière et les cadavres s’accumulent. Il faut trouver un moyen de désengorger la ville.

Une solution est rapidement trouvée: les autorités réquisitionnent les corbeillards, les fameux bateaux, pour transporter les dépouilles hors de la ville via la Seine. Exit le bon pain chaud sortant du four, place aux corps refroidis, prêts à être enfouis sous terre.

Une fois l’épidémie passée, les corbeillards reprennent leur fonction première: transporter des marchandises et des passagers (vivants, cette fois-ci). Mais l’événement fut si traumatisant que le souvenir de leur utilisation funeste perdura. Il faut dire que, dans le monde médiéval, la peste noire avait un taux de mortalité de 100% et près d’un Européen sur trois en a été victime.

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Au fil des siècles, les bateaux disparaissent, laissant derrière eux cet héritage linguistique. Le mot, qui finit par désigner les véhicules destinés au transport des défunts, se transforme peu à peu en «corbillard», probablement en raison de l’analogie avec le corbillat, le petit du corbeau, cet oiseau souvent associé à la mort.

Plus vieux encore: les pompes funèbres

Un autre terme macabre a lui aussi traversé les siècles: les «pompes funèbres». L’origine de ce mot est même bien plus ancienne que celle du corbillard et remonte à la Rome antique. À l’époque, le terme «pompa» désignait les grands cortèges festifs et impressionnants, comme ceux qui précédaient les jeux du cirque. Ces processions, qui permettaient également d’étaler toute sa puissance, étaient organisées «en grande pompe».

Un cortège parmi d’autres se distinguait particulièrement: la «pompa funebris». Une sorte de défilé solennel dédié aux funérailles des personnalités importantes, comme les empereurs, et qui accompagnait leur dernier voyage dans un grand spectacle public.

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Au fil du temps, cette tradition a évolué. Et bien que le faste ait disparu, le terme, lui, est resté. Avec une différence tout de même: de nos jours, les pompes funèbres ne désignent plus ces processions majestueuses, mais les entreprises qui prennent en charge l’organisation des funérailles. On est loin du faste romain.

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