
Pas avare de polémiques et cible privilégiée de ses opposants comme de certains médias depuis son élection, en mars dernier, à la tête de Saint-Denis-Pierrefite (Seine-Saint-Denis), Bally Bagayoko s’est rapidement imposé sur la scène politique nationale. Pour mieux comprendre son style de gouvernance, La Dépêche a assisté cette semaine au conseil municipal de la cité dionysienne. Chaud et parfois électrique.
« Bally Bagayoko, présent ! »… L’édile touche son torse de la main droite pour signifier qu’il parle de lui. Il égrène ensuite les noms des autres élus… Il est 19 heures. La séance de juin du conseil municipal de la ville de Saint-Denis vient de s’ouvrir. À l’extérieur, la chaleur est suffocante, à l’intérieur, quelques ventilateurs peinent à faire baisser la température. Ici, pas de clim. LFI n’y est pas favorable. Or Bally Bagayoko, élu en mars face au maire socialiste Mathieu Hanotin, tient à faire de sa municipalité l’appartement témoin de la politique défendue par La France insoumise.
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En curieuse, La Dépêche est allée voir comment le maire de la deuxième plus grande ville d’Île-de-France organise les débats au sein de son propre conseil municipal. Il faut dire que les polémiques le concernant ont été nombreuses, qu’il en soit la victime ou l’initiateur. À peine élu, les attaques racistes fusent. Le voilà qualifié sur CNews de descendant d’une « tribu primitive ». Mais aussi, de l’autre côté, il décide de décrocher de sa mairie le portrait d’Emmanuel Macron, ce qui lui vaut une passe d’armes avec le préfet de Seine-Saint-Denis, et il provoque des réactions scandalisées lorsqu’il déclare à propos de l’hymne national : « Siffler la Marseillaise quand la France se déshonore par ses actes à l’international, c’est un droit à la réplique populaire ». « C’est indigne d’un élu de la République », s’est par exemple offusqué Benjamin Haddad, ministre délégué chargé de l’Europe. Ces critiques sont-elles une forme de racisme, comme le prétend Jean-Luc Mélenchon, qui considère que Bally Bagayoko est dénigré parce qu’il incarne une « nouvelle France », dont beaucoup ne veulent pas ?
En introduction, l’édile, qui fête ses cent jours à la tête de la municipalité, liste les dispositifs mis en place dans le cadre du plan canicule afin d’aider les personnes âgées, les SDF et les enfants… L’ancien maire socialiste, Mathieu Hanotin, intervient pour souligner qu’il trouve dommage que la ville n’ait pas autorisé la baignade dans le canal, comme c’est le cas à Paris. Le maire répond que le coût était trop élevé. Mathieu Hanotin veut reprendre la parole, mais Bally Bagayoko la lui refuse, lançant d’un ton autoritaire : « On entre dans l’ordre du jour maintenant ! ».
Dans le public se trouvent quelques curieux, mais aussi des soutiens de la majorité municipale, qui se lèvent dès qu’un élu socialiste prend la parole. C’est le cas lorsque Mathieu Hanotin tente d’aborder la question du meeting organisé par Jean-Luc Mélenchon à Saint-Denis un mois plus tôt. « J’ai été assez choqué de voir les images de l’appropriation insoumise de l’Hôtel de ville (qui est) la maison du peuple, de tout le peuple », lance-t-il, avant de demander à quoi correspondent les 3 467 euros réglés par LFI à la mairie pour cet événement. Bally Bagayoko répond sur un ton de défi : « Vous avez été choqué ? 26 000 personnes en effet, ça choque ! Ben faites-en autant ». Il promet une réponse par écrit.
La suite de la séance se déroulera plus calmement. Tous les projets sont votés à l’unanimité : l’attribution d’un vélo à tous les élèves de troisième, la gratuité du métro pour les plus jeunes et même l’attribution du titre de citoyen d’honneur à Mumia Abu Jamal, militant des Black Panthers, emprisonné aux États-Unis après avoir été condamné pour le meurtre d’un policier.
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Mais alors que la température continue de monter dans la salle, une nouvelle passe d’armes débute, avec un élu écologiste cette fois. Kader Chibane demande au maire : « Pourquoi, en trois mois, n’avez-vous toujours pas rencontré Valérie Pécresse (présidente du conseil régional d’Île-de-France, NDLR) ? Le maire de Saint-Denis ne peut pas ne rencontrer que des amis politiques. Pour discuter des transports, je ne vois pas comment on fait sans elle ». Réponse cinglante du maire de la ville : « Je n’avais pas compris que monsieur Chibane était porte-parole de Valérie Pécresse ! Bravo ! Bravo ! Mais je n’ai pas d’invitation à recevoir de qui que ce soit ». Il précise cependant qu’il a échangé le jour même avec Patrick Ollier, président de droite de la métropole du Grand Paris.
La soirée filera ainsi d’une tension à l’autre, dans un climat conflictuel qui n’est pas sans rappeler les affrontements qui ont cours à l’Assemblée nationale.
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