« On se croirait dans “Dallas” ! » : à Mennecy, le père défie le fils aux municipales

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HISTOIRES DE MUNICIPALES (1/5). Dans cette commune de l’Essonne, le maire sortant Jean-Philippe Dugoin-Clément fait face à son père, Xavier Dugoin, allié du Rassemblement national.

En ce début ensoleillé du mois de mars, Mennecy baigne dans une tranquillité inhabituelle. Cette commune du sud de l’Essonne subit d’ordinaire les bouchons causés par sa proximité avec un tronçon de l’A6. Les vacances scolaires ont vidé la ville de 17 000 habitants.

Dans cette apparente quiétude, deux hommes affûtent leurs armes en silence. Car les élections municipales des 15 et 22 mars prochains vont voir s’affronter à Mennecy un duo inédit. Le maire sortant, Jean-Philippe Dugoin-Clément (UDI), brigue un quatrième mandat. Sur sa route, il trouvera un candidat Divers gauche, Patrick Polverelli, mais surtout un adversaire inattendu : Xavier Dugoin, ancien maire de Mennecy qui lui a cédé son siège en 2011, et, accessoirement, son père.

Entre les deux hommes, c’est Règlement de comptes à O.K. Corral. Sur ses réseaux sociaux, Xavier Dugoin (qui a refusé de répondre à nos questions) multiplie les attaques en règle contre la municipalité. Affublé d’un chapeau noir, dont il a fait sa marque de fabrique, il fustige notamment la politique d’urbanisation… menée par son fils. « À mon âge, on ne fait plus de la politique pour de bonnes raisons, mais parce que ça brûle. Et à Mennecy, aujourd’hui, ça flambe et ça sent l’incendie criminel. »

Dans son bureau d’élu, où il reçoit Le Point, Jean-Philippe Dugoin-Clément a accroché une paire de gants de boxe. Mais pas question de se la jouer Rocky. « C’est une campagne d’une agressivité folle, une campagne de caniveau », dénonce-t-il, mercredi 4 mars. « Encore hier, deux de mes colistiers ont reçu des courriers anonymes leur disant qu’ils étaient cocus… »

« Je savais exactement comment il allait agir. Je connais le personnage », explique le maire à propos de son père. Il a beau s’être construit en « négatif complet » de son paternel, le maire actuel de Mennecy souligne le « sens politique extrêmement fort » de Xavier Dugoin. « Il connaît la carte politique comme assez peu de gens. C’est aussi un énorme travailleur. » Leur divorce politique remonte officiellement à juin 2024, après l’annonce de la dissolution. « Ça faisait déjà quatre ans que c’était tendu, que je m’écrasais », précise le premier édile.

« Je ne l’ai jamais appelé “Papa”, il ne m’a jamais dit “je t’aime” »

Jean-Philippe Dugoin-Clément lui retire alors, à la surprise générale, ses délégations au conseil municipal de Mennecy. Il lui reproche d’avoir tenté de fomenter une alliance avec la députée locale, Nathalie Carvalho, membre du Rassemblement national. « Ils ont passé un marché pour que Junior soit suppléant de la députée », explique-t-il. « Junior », c’est… son frère cadet, Xavier Dugoin junior.

Malgré le retrait de celui-ci, le maire met tout de même ses menaces à exécution. Xavier Dugoin perd, en plus de ses attributions, son poste de président du Siarce, le puissant syndicat local d’assainissement des eaux. « Il avait mis sous coupe réglée un syndicat qui recouvre presque l’intégralité de la circonscription, pour faire ses affaires avec le “Front Nat’“. Je n’avais plus confiance », assure l’élu.

En novembre 2025, Xavier Dugoin officialise sa candidature aux municipales. « Il tâtait déjà le terrain depuis octobre 2024 », prétend son fils. « Il a passé le printemps et l’été à faire le tour des communes alentour, à tenter de trouver des gens qui lui étaient redevables pour être mis sur leur liste. Mais il n’en a pas trouvé… » « Je refuse les dérives en cours et ne suis plus la folie des grandeurs du maire, fût-il mon fils », lance Xavier Dugoin dans une vidéo de campagne.

Le maire est toujours amer. Jamais il n’appelle, lors de l’entretien, son père par son nom. Tout au plus use-t-il d’un « mon adversaire », « le candidat de la liste d’extrême droite », voire le désigne par ses initiales, « XD ». La brouille politique récente cache aussi une histoire familiale cahoteuse : « Mes parents ont divorcé, j’avais 8 ans, j’ai arrêté de le voir à 14. Je ne l’ai jamais appelé “Papa”, il ne m’a jamais dit “je t’aime“ et ça fait plus de 35 ans qu’on n’a pas fêté Noël ensemble. J’ai eu des liens professionnels extrêmement forts avec lui pendant trente ans. Je me suis rapproché de lui quand il a eu des ennuis judiciaires, en cherchant à récupérer un père que je n’avais pas eu. »

Entre Xavier Dugoin et Jean-Philippe Dugoin-Clément, le style est différent. « Il est de l’école RPR, du Chirac des années 1970-1980 », explique le fils. Dans son département, le père a écumé tous les mandats possibles, que ce soit député (1986-1995), président du conseil général (1988-1998), maire de la ville de Mennecy (1990-2000 puis 2008-2011), sénateur (1995-2001)… Ainsi que la présidence de puissants syndicats intercommunaux, de l’assainissement de l’eau à la gestion des déchets. Il a plusieurs fois été condamné pour des affaires d’emploi fictif, et il a passé trois mois à la prison de Fleury-Mérogis, en 2001, pour avoir dérobé puis revendu plus d’un millier de bouteilles de vin issues de la cave du conseil général, quand il en était le président.

« Ce n’est ni de l’arrivisme, ni de l’ambition »

Pour autant, les deux hommes se rejoignent sur certains points. Jean-Philippe Dugoin-Clément partage avec le paternel le goût de l’accumulation de mandats, avec une appétence particulière pour le foncier. Outre la mairie de Mennecy, il est vice-président du conseil régional d’Île-de-France, chargé du Logement et de l’Aménagement durable ; président du conseil d’administration de Grand Paris Aménagement ; président du conseil d’administration de l’Établissement public foncier d’Île-de-France (EPFIF) ; président délégué de la Fédération nationale des agences d’urbanisme (FNAU) et vice-président de l’Association des maires d’Île-de-France (AMIF).

Selon le fils, la décision de son père de briguer un nouveau mandat de maire ne serait pas désintéressée : « Il veut simplement garder sa présidence du Siarce. Pour ça, il faut qu’il soit délégué syndical. Et on le devient en étant désigné par une commune. Il faut donc être dans une majorité communale. » « Ce n’est ni de l’arrivisme, ni de l’ambition. J’ai pensé transmettre un héritage à mon fils. Il en a fait un champ de bataille. J’ai passé l’âge des conneries et des comportements d’enfant roi », prétend le père dans ses vidéos.

Aujourd’hui, Xavier Dugoin est revenu à la tête du Siarce par un tour de passe-passe. Comme l’expliquent nos confrères de Mediapart, après avoir perdu son poste à l’été 2024, il l’a retrouvé après la démission de Laetitia Colonna, devenue entre-temps la présidente du syndicat. Il aurait ensuite embauché celle-ci à un poste de chargée de mission. Pour ces mouvements, un signalement au procureur d’Évry-Courcouronnes a été effectué, pour un possible trafic d’influence.

Sa campagne municipale reste marquée par sa proximité avec le Rassemblement national. La députée RN locale, Nathalie Carvalho, partage régulièrement sur ses réseaux sociaux les contenus de Xavier Dugoin. Sur sa page Facebook, elle s’est affichée à plusieurs reprises avec le candidat. En 25e position sur sa liste figure le suppléant de la députée, Carlos Cabrera. Le site du ministère de l’Intérieur classe la liste de Xavier Dugoin à l’extrême droite. Avec son expérience locale, « il sert de poisson pilote pour le Rassemblement national », dénonce le maire en place.

« Peut-être que ceux qui sont dégoûtés viendront vers nous… »

Cette opposition symbolique en ferait presque oublier qu’il existe, à Mennecy, une troisième candidature en lice. L’écologiste Patrick Polverelli mène en effet la liste Divers gauche. Mais difficile de sortir du lot. « C’est une campagne inégalitaire », fustige-t-il en sirotant son thé vert. « Quand vous discutez avec les Menneçois, ils oublient presque qu’il y a une troisième liste. Se faire connaître auprès des 17 000 habitants, ce n’est pas simple. » Les quelques habitants rencontrés dans les rues de Mennecy le confirment : nombre d’entre eux ignoraient l’existence de cette liste de gauche. Pour le candidat, ses deux opposants, c’est blanc bonnet, bonnet blanc : « Le père a tout appris au fils et aujourd’hui, il suit les recommandations du père, dans la manière de gérer la commune, de tout faire en sous-marin. »

Patrick Polverelli estime cependant que sa candidature est importante : « Il faut donner une alternative aux Menneçois. La démocratie, c’est pouvoir faire un choix en toute liberté, que les habitants n’aient pas à choisir qu’entre deux listes de droite dure. Il faut créer une forme d’espoir. Et peut-être que les dégoûtés par la dynastie Dugoin viendront vers nous… »

À la boulangerie, place de la mairie, on tance : « Le père et le fils qui se tirent la bourre, c’est d’un ridicule… On se croirait dans Dallas ! » Maud, qui habite Mennecy depuis l’été dernier, a même envisagé de ne pas aller voter. « L’échelon municipal m’a toujours intéressé. Mais là, on retrouve les mêmes guerres d’ego qu’au niveau national. C’est risible, pathétique, pitoyable. » Seules « les accointances du père avec le Rassemblement national » l’incitent à se déplacer les 15 et 22 mars prochains. « Par devoir démocratique. »

Lionel, habitant de la ville, préfère mettre en lumière des enjeux plus concrets : « Nous manquons cruellement de médecins à Mennecy. Trois ou quatre sont partis à la retraite sans être remplacés », déplore-t-il. Alors que de nombreux partis politiques tentent de « nationaliser » les municipales, les électeurs de Mennecy semblent préférer les enjeux locaux. Et surtout que ce scrutin ne tourne pas (trop) au règlement de comptes œdipien.

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