
Né en Angleterre à la toute fin du XIXe siècle, le concept de cité-jardin, qui unit avant l’heure préoccupations sociales et écologiques, s’est répandu sur une large partie du continent. On en compte aujourd’hui 420 sur le territoire national dont 80 sont disséminées en Île-de-France. Leur histoire est celle d’« une certaine idée du bonheur ».
Tout commence par un livre, publié en 1898 et intitulé Tomorrow. A peaceful path to real reform (« Demain : une voie pacifiste vers la réforme réelle »). L’auteur est un autodidacte londonien de 48 ans, qui a roulé sa bosse aux États-Unis. Il en est revenu avec une autre image du rapport entre ville et campagne, des lectures enchantées d’écrivains aujourd’hui considérés comme des précurseurs de l’écologie, tels que Walt Whitman ou Ralph Waldo Emerson. Il a même distribué à ses amis une centaine d’exemplaires du roman utopique d’Edward Bellamy, Looking Backward (traduit en français sous le titre, « Cent ans après ou l’an 2000 »), dont il ne partage cependant pas les visées autoritaires, fréquentes en son temps.
Le propos d’Ebenezer Howard, c’est son nom, se veut en effet concret et à échelle humaine. Il répond à une société, la sienne, marquée depuis un siècle par une industrialisation forcenée et un exode rural massif, avec son cortège de paupérisme, de maladies infectieuses et de pollution. Les enfants d’ouvriers naissent dans des milieux où le rapport à la campagne n’est plus qu’un souvenir familial. Pour y remédier, il propose la création de garden-cities (des « cités-jardins ») qu’il imagine limitée à 32 000 habitants, avec une administration propre, des services éducatifs, culturels, sanitaires et commerciaux, des boulevards traversants et un accès au chemin de fer, bref, tout ce que le XIXe siècle a pu produire de rêve inaccessible pour la plupart des travailleurs.
Les cités pionnières de la Belle Époque, en Angleterre, en Allemagne et en France
Mais la réelle rupture proposée par Howard tient dans le rapport à la nature imaginée tant au sein de la cité elle-même que dans son environnement immédiat. Circulaire, dotée d’un rayon d’un kilomètre environ, elle est évidée en son centre pour accueillir un parc et cernée d’un espace agricole de 20km2, soit au moins cinq fois sa superficie. Enfin, chaque maison à bas loyer possède son propre jardin. L’année suivante il fonde l’Association des Cités-Jardins, la première en Angleterre dédiée à l’environnement. Parmi les actionnaires de sa première réalisation concrète, commencée en 1903 à Letchford dans la banlieue nord de Londres, on trouve des industriels aux noms familiers encore aujourd’hui, George Cadbury et William Lever. Howard choisit d’y vivre un temps, en 1905.
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En 1909, une première cité-jardin apparaît au nord de Dresde, en Allemagne, première étape d’un large succès international. En France, c’est une association privée, le Musée Social, qui s’approprie les conceptions d’Howard, avec des ambitions moindres : il n’est plus question de créer des villes nouvelles, mais de nouveaux quartiers avec des logements individuels ou collectifs. La dimension sociale est conservée et, avec elle, le plus souvent, la présence d’équipements collectifs. Surtout, la dimension « ville-campagne » chère au père fondateur reste au cœur du projet. Le journaliste Georges Benoît-Lévy, mandaté par le Musée social, se charge d’introduire le concept dans le Paris de la Belle Epoque.
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La première réalisation d’Île-de France apparaît à Épinay-sur-Seine en 1911. Mais c’est la loi Bonnevay, votée l’année suivante, qui en autorisant les collectivités locales à produire des Habitations à Bon Marché, ou HBM, marque la véritable entrée dans l’âge d’or des cités-jardins, autrement dit l’entre-deux-guerres. Son héraut est le socialiste Henri Sellier, administrateur de l’Office Public d’Habitation à Bon Marché du département de la Seine, maire de Suresnes en 1919, président du conseil général de la Seine huit ans plus tard et futur ministre de la Santé publique du Front populaire. Sous son impulsion, Paris et surtout sa banlieue voit la création de quinze cités-jardins.
Des succès de l’entre-deux-guerres au patrimoine contemporain
Au milieu des années 1930, les nouveaux projets s’éloignent du projet initial. La cité de la Muette à Drancy, achevée en 1935, marque la transition vers les grands ensembles. Sa forme en fer à cheval, bien loin de l’urbanisme et de l’architecture tout en rondeur de Suresnes ou de Stains, lui vaut d’être aisément transformée en camp de prisonniers pas les nazis en 1940, avant de devenir l’antichambre de la déportation des juifs d’Île-de-France et d’ailleurs un an plus tard. Délaissées, les cités-jardins semblent relever d’une utopie révolue dans les années 1960, à l’ère du tout-voiture et de l’habitat concentré.
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Les années 2000 marquent un nouveau tournant. La nécessité de revégétaliser les grandes agglomérations et la désaffection pour les grands ensembles rendent aux cités-jardins leur statut de pionnières et de modèles. Sept d’entre elles sont labellisées « Patrimoine d’intérêt régional » entre 2018 et 2022. Pour la cité-jardin de Stains, s’ouvre en 2005 un long processus de réhabilitation aujourd’hui pratiquement achevé. Les maisons, construites sur quatre modèles différents, sont ,pour l’essentiel, toujours gérées par des bailleurs sociaux.
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En 2015, est créée l’Association régionale des cités-jardins d’Île-de-France, dont le siège social est à Stains. Chaque année désormais, le printemps des cités-jardins offre trois week-ends de visites gratuites. Le Musée d’histoire urbaine et sociale de Suresnes leur accorde aussi une large place. En juin 2025, une Association des cités-jardins du bassin minier du Nord-Pas-de-Calais voit le jour à Oignies. On n’en compte pas moins de 53 dans cette zone, et elles constituent 9 % du parc actuel de logements miniers. Depuis 2012, le bassin dans son entier est classé au Patrimoine mondial de l’Unesco
À découvrir: le site de l’association des cités-jardins d’Île-de-France créée en 2015, son programme de visite et ses ressources documentaires.
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