« Ils ont brûlé votre maison, monsieur le maire. Vous allez dormir où ? », s’était enquis un petit garçon auprès de Mohamed Gnabaly, maire SE, de L’Île-Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). L’élu de cette ville de 8 288 habitants venait alors de voir l’hôtel de ville ravagé en grande partie par un incendie dans la nuit du 28 au 29 juin 2023, durant les émeutes ayant suivi la mort de Nahel à Nanterre (Hauts-de-Seine).
Après avoir consolé le jeune habitant, il lui avait assuré : « Mais c’est aussi ta maison qui vient de brûler ». L’anecdote est rapportée avec émotion par le premier magistrat, ce samedi 29 novembre lors de l’inauguration du bâtiment, si l’on ose dire flambant neuf.

Cette nuit-là, le maire est réveillé en pleine nuit par le préfet qui l’alerte que sa mairie est en train de brûler. Quelques heures plus tôt, il venait de présider un conseil municipal qu’il avait dû abréger en raison des échauffourées qui se rapprochaient.
Le maire en pleurs
En découvrant un spectacle de désolation, Mohamed Gnabaly confessera que c’était l’une des rares fois où il avait pleuré : « J’ai été envahi par un mélange de colère, d’écœurement et de tristesse. Ce n’était pas seulement un bâtiment qui avait été détruit mais un symbole de notre République et de notre vie collective. On y célébrait les jours heureux, comme les mariages. C’est aussi le lieu où se perpétue l’engagement des agents. »

Ce samedi, les habitants de L’Île-Saint-Denis ont pu eux aussi rendre hommage à cette vieille dame plus que centenaire. La mairie « a parlé » à travers la diffusion de vibrants témoignages sonores : « Le cœur de notre commune s’est arrêté de battre » ; « ma fille y a été baptisée lors d’une cérémonie civile, c’est comme ma maison » ; « on a eu beaucoup de peine quand elle a brûlé ».
L’incendiaire condamné à de la prison ferme
L’incendie était criminel. De l’essence avait été répandue dans les salles du rez-de-chaussée. Le sinistre survenait au cœur des émeutes déclenchées à la suite de la mort de Nahel, 17 ans, tué par un policier après un refus d’obtempérer. Depuis, l’incendiaire de l’hôtel de ville a été identifié et condamné à 2 ans de prison ferme dont 16 mois avec sursis.
En un temps record, seulement deux ans et demi après, l’édifice plus que centenaire a retrouvé sa « fraternité », l’un des trois ordres de la devise républicaine qui avait disparu de son fronton, sous la suie noire. Le buste de Marianne au premier étage dans la salle des mariages aussi avait été barbouillé d’une pellicule noirâtre. Elle a retrouvé sa blancheur immaculée et son bonnet phrygien rouge. Les belles fresques impressionnistes ont aussi repris tout leur éclat. Le monte-charge qui faisait office d’ascenseur pour « les pépés et mémés » a été remplacé par un équipement digne de ce nom.
Une mobilisation hors pair s’est mise en place pour déménager les services. La mairie de Saint-Ouen voisine a même ouvert ses portes pour la délivrance des passeports. L’incendie tombait très mal, à la veille des grandes vacances, et les demandes affluaient en mairie.
Au cours des travaux de reconstruction, des pièces secrètes ont même été découvertes, confie le maire : « Elles auraient peut-être servi à cacher des gens », suppute-t-il. Pour remettre le bâtiment en état, il aura fallu débourser 4,5 millions d’euros (dont 800 000 euros de l’État, 500 000 euros de la région et la même somme de la Métropole du Grand Paris).
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