L’Espace muséal Re-Naissance, installé au rez-de-chaussée de l’hôtel de ville historique de Ferrette depuis 2021, aura bientôt des voisins. D’ici quelques mois, la Société d’histoire du Sundgau (SHS) aménagera, au premier et au deuxième étage du bâtiment datant de 1572, un centre de ressources patrimoniales. Première étape de ce projet dans les cartons depuis bientôt deux ans : la signature, samedi 17 janvier, d’une convention de mise à disposition de locaux entre le maire François Cohendet et le président de la SHS, Paul-Bernard Munch.
Tout le bâtiment est maintenant occupé, sauf le grenier.
François Cohendet, maire de Ferrette
Une quinzaine de personnes étaient réunies pour l’occasion dans la majestueuse salle de réception de l’ancien hôtel de ville. Parmi elles, Jean-Jacques Kielwasser, le président de l’association Trésors de Ferrette – qui gère l’Espace muséal et investira une pièce à l’étage pour y installer une bibliothèque historique -, des membres de la SHS, le spécialiste du bâti ancien Christian Fuchs, la sénatrice et conseillère d’Alsace Sabine Drexler, ainsi que Marc et Béatrice Grodwohl, le fondateur de l’Écomusée d’Alsace et son épouse.
La signature de la convention de mise à disposition de locaux a notamment réuni (de g. à d.) le fondateur de l’Écomusée Marc Grodwohl, le maire de Ferrette François Cohendet, le président de la Société d’histoire du Sundgau Paul-Bernard Munch et la sénatrice Sabine Drexler. Photo M.S.
Les archives du fondateur de l’Écomusée recensées
Le couple cède à la Société d’histoire du Sundgau tous ses documents et archives portant sur l’étude du patrimoine bâti. Datant pour les plus anciens du début des années 1970, ils étaient jusqu’ici stockés à Ungersheim et n’avaient jamais pu être récupérés depuis le départ de Marc Grodwohl de l’Écomusée en 2006. Grâce à Sabine Drexler, qui a joué le rôle de « courroie de transmission avec l’équipe actuelle de direction de l’Écomusée », le fonds Grodwohl a été restitué.
« Je suis contente d’avoir modestement pu contribuer à la réalisation de ce projet », a glissé la sénatrice sensible à la préservation du patrimoine bâti. « C’est un soulagement que ces documents sont sortis de l’Écomusée », confiait pour sa part Marc Grodwohl qui s’attelle, depuis des semaines avec son épouse, à l’inventaire de ses archives : photos, négatifs, articles de presse, dessins, fiches de récolement, calques et plans d’architecte par dizaines.
« J’ai encore autant d’informations à la maison, mais en version numérique », fait remarquer Marc Grodwohl, qui envisage d’ailleurs de numériser ses archives papier. Photo M.S.
« On a du mal à se l’imaginer peut-être, mais des années 1970 aux années 1990, il y avait un vrai engouement autour de l’habitat traditionnel. Et à l’époque, certaines communes nous demandaient de faire une étude approfondie de leur patrimoine bâti. On en a passé une bonne cinquantaine au scanner », illustre le fondateur de l’Écomusée, archéologue de formation, aujourd’hui âgé de 73 ans.
Publications et annuaires de la SHS
À l’hôtel de ville, dans la pièce qui sert désormais de lieu de stockage au travail de toute une vie entamé à Gommersdorf en 1971 – des dossiers en version numérique doivent encore arriver à Ferrette, un ordinateur sera installé pour les consulter -, Béatrice Grodwohl est émue. « Au moins, tout est maintenant répertorié et stocké dans un endroit inspirant, sourit-elle. Il y a des merveilles dans ces archives. Je me souviens quand on s’est connu avec Marc et qu’il passait son temps à faire des relevés et des dessins à la main. Au-delà du travail scientifique, certains dessins avec des personnages sont pleins de poésie. »
Le fonds Grodwohl – déménagé avec l’aide des services de la CEA – fera partie du centre de ressources patrimoniales, au même titre que les archives propres à la Société d’histoire du Sundgau. « On y trouvera toutes nos collections, publications et nos annuaires depuis la création de l’association en 1931, ainsi que ceux des autres sociétés d’histoire », détaille son président, Paul-Bernard Munch, prêt à recevoir d’autres archives ou fonds que des particuliers voudront bien lui confier. « On a de la place maintenant ! ».
Lors de la visite de la salle qui accueille déjà le fonds Grodwohl comme on l’appelle, Marc Grodwohl a expliqué avoir un fonds « un peu hétérogène », composé de dessins, photos, articles de presse… et d’environ 200 plans d’architecte de maisons alsaciennes. Photo M.S.
Sabine Drexler et le Prince de Monaco
Conservés dans un local à Riedisheim, les documents de la SHS ne sont pour l’heure pas consultables. C’est là que réside l’intérêt du centre de ressources patrimoniales : il vise à rendre les archives accessibles au plus grand nombre. « Quand on ouvrira, on pourra imaginer que les gens prennent rendez-vous avec nous et qu’on leur présente les documents qu’ils recherchent », informe Philippe Lacourt, vice-président de la SHS qui sera en charge du centre de ressources patrimoniales.
Ce projet, c’est une nouvelle jeunesse, le début de quelque chose qui va s’étoffer avec le temps.
Paul-Bernard Munch, président de la Société d’histoire du Sundgau (SHS)
Aussi, les chercheurs et étudiants seront les bienvenus. « C’est important que ce travail puisse être mis à disposition de ceux qui vont nous succéder. Il y a un tel péril sur le bâti ancien, je suis très heureuse de ce qui se passe là », insiste Sabine Drexler, « marraine toute trouvée » des lieux aux yeux de Paul-Bernard Munch. Et le parrain ? « Le Prince de Monaco ! », escompte le président de la SHS. Entre l’exposition envisagée par Trésors de Ferrette pour les 250 ans du mariage de Louise d’Aumont avec le prince Honoré IV de Monaco et l’inauguration du centre de ressources patrimoniales, le prince aura une double raison de venir dans la cité des Comtes en 2027.
« Un alignement des planètes »
Ouvrir un centre de ressources patrimoniales où seraient regroupées toutes leurs archives et plus encore ? La Société d’histoire du Sundgau (SHS) en rêvait depuis quelques années. Mais où ? La cité des Comtes s’est révélée évidente au moment du déménagement des services de la mairie au printemps 2024. « Jean-Jacques Kielwasser [le président de Trésors de Ferrette], m’avait dit que le bâtiment allait se libérer », se souvient Paul-Bernard Munch, le président de la SHS, emballé par le projet auquel il pense tout de suite à associer Marc Grodwohl, le fondateur de l’Écomusée. « Marc m’avait dit déjà en 2017 qu’il aimerait un jour réunir ses archives en un même endroit. J’avais gardé cette idée dans ma petite tête et je lui ai proposé. » Toutes les parties sont convaincues, y compris la municipalité qui espérait un projet à vocation culturelle et patrimoniale pour l’hôtel de ville historique. « Un alignement des planètes », comme le résume poétiquement Marc Grodwohl.
La cohabitation de deux associations
Avant la Société d’histoire du Sundgau, le maire de Ferrette a signé une semblable convention de mise à disposition de locaux avec Trésors de Ferrette. L’association qui gère depuis 2021 l’Espace muséal Re-Naissance au rez-de-chaussée du bâtiment, se voit, elle aussi, permettre d’occuper des locaux. En l’occurrence, l’ancien bureau du maire situé au premier étage. C’est dans cette petite pièce que les membres de Trésors de Ferrette, et son président Jean-Jacques Kielwasser, œuvrent à l’installation d’une bibliothèque historique. Des centaines de livres – propriétés de la commune, de Trésors de Ferrette ou de particuliers qui les ont mis en dépôt – habillent le meuble en bois. Le plus ancien ouvrage présenté date de 1474. On y trouve des textes de l’humaniste Beatus Rhenanus, l’acte de vente original du Château de Ferrette, une bible de 1683 ou encore Sundgäu signé du poète alsacien Nathan Katz.
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