, Des années Chirac aux affaires judiciaires… Jean Tiberi, une vie consacrée à Paris

Des années Chirac aux affaires judiciaires… Jean Tiberi, une vie consacrée à Paris

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L’ancien maire de Paris est mort ce mardi 27 mai à l’âge de 90 ans. Longtemps pilier de la droite dans la capitale, son étoile a pâli avec ses nombreux démêlés judiciaires, en dépit d’un bilan plutôt positif à l’Hôtel de ville.

Une page se tourne dans l’histoire politique de Paris. L’ancien maire de la capitale Jean Tiberi est mort ce mardi à l’âge de 90 ans. Figure de la droite pendant des années, ce très proche de Jacques Chirac est devenu l’un des symboles des affaires politico-judiciaires de ces dernières décennies.

Né en 1935 dans le 5e arrondissement, qu’il va diriger pendant plus de deux décennies, celui qui est né de parents corses se lance dans la politique alors qu’il n’a que 15 ans, en adhérant au Rassemblement du peuple français (RPF), le mouvement lancé par Charles de Gaulle.

Jacques Chirac pour mentor

Après être devenu magistrat, il rentre au conseil municipal de Paris en 1965. C’est le début d’une ascension fulgurante, porté notamment par Jacques Chirac, étoile montante de la droite.

Devenu député de Paris en 1973, Jean Tiberi rejoint trois ans plus tard le mouvement lancé par le futur chef de l’État. Pour le remercier, son ami glisse son nom à Valéry Giscard-d’Estaing quand il devient Premier ministre. De quoi lui permettre en 1976 de devenir secrétaire d’État à l’Agriculture dans une France où les agriculteurs restent très nombreux.

Quand Jacques Chirac devient maire de Paris en 1977, il devient son plus proche collaborateur. Au patron de la capitale déjà tourné vers la conquête de l’Élysée les prestigieuses réceptions dans les salons de l’Hôtel de ville, à son premier adjoint les mains dans le cambouis.

C’est Jean Tiberi, dans l’ombre, qui œuvre notamment à l’ouverture du Forum des halles pour remplacer les anciennes halles de Paris et qui travaille à la lutte contre les déjections canines avec le développement des moto-crottes dans les rues de la capitale.

Les clefs de l’Hôtel de ville

À la faveur de la victoire de Jacques Chirac à l’Élysée, le nouveau président fait le ménage dans la droite parisienne pour lui permettre de devenir à son tour maire de la capitale.

Exit Jacques Toubon, alors ministre de la Culture et maire du 13e arrondissement, qui se serait pourtant bien vu récupérer le poste. Après une campagne éclair, Jean Tiberi emporte largement 14 arrondissements sur 20 à Paris en 1995. Le score est beau mais moins que celui de Jacques Chirac qui avait réussi à emporter à deux reprises tous les arrondissements.

Désormais numéro un de la capitale, le nouveau maire planche sur la réduction de la dette parisienne et lance de nombreux projets novateurs pour l’époque, de l’augmentation des couloirs de bus à l’ouverture des voies sur berge le dimanche aux piétons en passant par la création des premières pistes cyclables. Dans son sillage, comme son ombre, on croise alors presque toujours son épouse Xavière Tiberi.

Des affaires en pagaille

Mais très vite, les nuages judiciaires s’amoncellent au-dessus de sa tête. Jean Tiberi est mis en cause dans de nombreuses affaires comme le financement occulte du RPR, des appartement de la Ville loués à ses enfants Hélène et Dominique à des prix défiant toute concurrence, ou encore pour le détournement des procédures d’attribution de logement HLM…

Quant à son épouse, elle est soupçonnée d’avoir bénéficié d’un emploi fictif au conseil départemental de l’Essonne. Mais c’est surtout l’affaire des faux électeurs du Ve arrondissement qui choque le plus.

Deux ans après son élection à la mairie de Paris, la justice le soupçonne d’avoir organisé dès 1989 un système qui a permis à des électeurs qui n’étaient pas inscrits dans l’arrondissement qu’il dirigeait de voter en sa faveur. En échange, ces faux électeurs pouvaient obtenir des places en crèche, des logements sociaux ou encore un poste dans les effectifs de la mairie.

Un putsch raté qui facilite la victoire de Delanoë

L’affaiblissement du maire de Paris dans son propre camp pousse Jacques Toubon à retenter sa chance, menant un putsch contre lui. Si la manœuvre échoue, elle divise profondément la droite. Pourtant patron de la fédération RPR de Paris pendant 15 ans, Jean Tiberi est exclu du parti. Désormais auréolée d’une réputation sulfureuse, la droite lui préfère désormais Philippe Séguin pour garder la mairie aux municipales de 2001.

Mais le maire de Paris croit toujours en ses chances et se représente en dissident de la droite. Las. C’est finalement Bertrand Delanoë, chef de l’opposition municipale depuis 1983 mais inconnu du grand public, qui l’emporte.

Le coup est rude pour lui qui peut se consoler en restant maire du Ve arrondissement en 2001 puis en 2008. Mais à peine un an plus tard, Jean Tiberi exclu de la permanence politique qu’il occupait depuis des années, faute d’avoir payé le loyer qu’il devait à la Mairie de Paris.

Tentative de propulser son fils

Son étoile a certes pâli mais les liens avec sa famille politique restent importants, au point que son fils Dominique, l’un de ses adjoints à la mairie, se voit proposer un poste de contrôleur général au ministère de l’Économie par la locataire Bercy de l’époque Christine Lagarde.

Si elle finit par reculer, Dominique Tiberi se verrait bien marcher dans les pas de son père en récupérant la mairie du Ve arrondissement. Mais Nathalie Kosciuzko-Morizet, alors cheffe de file de la droite pour les élections municipales à Paris, met son veto. Pas question pour elle qui tente de jouer la carte de la modernité de s’abîmer avec un nom qu’elle juge sulfureux. C’est finalement sa candidate Florence Berthout qui l’emporte en 2014.

Jean Tiberi quitte alors officiellement la vie politique. Mais aux alentours du Sénat, à quelques encablures de son domicile tout comme sur les marchés de son arrondissement, l’ancien maire continue de serrer des mains. En 2017, il soutient officiellement la candidature de François Fillon à la présidentielle.

Drapeaux en berne

Mais dans le camp du candidat LR, on se garde bien de mettre en avant cette proximité, jugeant son CV judiciaire trop chargé. Après de nombreux rebondissements, Jean Tiberi a été condamné définitivement en 2015 à 10 mois de prison avec sursis, 10.000 euros d’amende et 3 ans d’inégibilité dans le cadre de l’affaire des faux électeurs.

Quant à son épouse Xavière Tiberi, toujours omniprésente à ses côtés, elle bénéficie finalement d’un non-lieu dans le cadre de l’affaire des emplois fictifs du conseil départemental de l’Essonne.

Ces dernières années, ses apparitions étaient devenues plus rares sans l’empêcher d’assister en 2019 à l’hommage rendu sur le parvis de l’Hôtel de ville aux sapeurs-pompiers après l’incendie de Notre-Dame.

À l’annonce de son décès, la maire de Paris Anne Hidago a « salué la mémoire d’un homme qui a consacré une part immense de sa vie à Paris ». Les drapeaux de « tous les équipements municipaux » seront mis en berne en sa mémoire.

Marie-Pierre Bourgeois

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