
L’église de Saint-Germain-lès-Corbeil s’est offert une cure de jouvence. L’édifice, construit entre les XIIe et XIIIe siècles, vient d’être nettoyé grâce à un moyen technique typique du XXIe siècle : un drone équipé d’une perche haute pression. L’engin a survolé le lieu de culte de l’est de l’Essonne pendant plusieurs jours pour asperger ses différents pans extérieurs, clocher compris, d’un produit permettant d’éliminer la mousse et le lichen qui ont tendance à y proliférer, donnant un aspect de saleté.
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Une méthode moins chère et plus rapide
À la manœuvre : Mimoun Kalai, Essonnien de 40 ans, qui a créé il y a un an et demi KemiDrone, sa société spécialisée dans cette méthode de nettoyage de bâtiments. « Le but du drone, c’est de limiter le coût final pour le client », explique-t-il, préférant toutefois ne pas communiquer le montant total des travaux qu’il effectue, qui se chiffrent en milliers d’euros. Des tarifs qui restent toujours bien moindres que ceux qu’entraînerait la mobilisation d’une équipe de nettoyage avec échafaudage voire une nacelle.
La durée d’intervention passe quant à elle de « deux à trois mois » avec une méthode traditionnelle à seulement quelques jours avec le drone en l’occurrence seulement quatre pour l’église Saint-Vincent-Saint-Germain de Saint-Germain-lès-Corbeil. Désormais imbibés de ce produit asséchant biodégradable, les végétaux doivent à présent tomber d’eux-mêmes dans les trois prochains mois, au gré des pluies et des vents. La durée de « rémanence » (persistance des effets) est ensuite estimée à trois ans au maximum.
Avec sa grande précision et sa maniabilité, le drone a pu circuler tout autour de l’église, jusqu’au clocher, tout en évitant d’asperger les vitraux, des « pièces très fragiles ». Véritables joyaux d’une église classée monument historique, ils ont fait le tour du monde pour être exposés à New York ou encore Tokyo, précise Jacques Rachet, adjoint au maire (divers droite) en charge du cadre de vie et de l’urbanisme à Saint-Germain-lès-Corbeil, par ailleurs membre de l’association pour l’entretien de l’église Saint-Vincent-Saint-Germain. Mais avec le drone, « tout va plus vite et c’est fait beaucoup plus finement » qu’avec des méthodes classiques, note l’adjoint.
Inspiré par Athènes et les États-Unis
L’idée de cette entreprise est venue à Mimoun Kalai après un voyage en Grèce avec sa compagne : « On a visité Athènes et on a été impressionnés parce que tous les monuments étaient très bien entretenus », raconte-t-il. Désireux de « préserver le patrimoine à moindre coût », il cherche sur Internet des moyens abordables pour nettoyer les trésors architecturaux français. C’est là qu’il découvre la méthode du drone déjà très répandue aux États-Unis.
L’Essonnien décide alors de se lancer dans le secteur : il se forme au pilotage et investit pour créer sa société, en achetant notamment son fameux engin aérien conçu pour la pulvérisation auprès d’une entreprise basée en Normandie. Son modèle, un Titan, pèse environ 5 kg et est composé de quatre hélices, de radars de distances, d’antennes permettant d’affiner « au centimètre près » le positionnement de l’appareil en vol et, bien sûr, d’une batterie. En vol, le tout est relié au sol (comme la loi l’exige pour des raisons de sécurité) par un tuyau relié à une cuve et une pompe qui permettent de faire circuler le produit nettoyant jusque dans les airs, afin qu’il soit répandu par la perche à haute pression.
Depuis un an et demi, les commandes affluent et ce pour tous types de bâtiments : édifices patrimoniaux, immeubles, entrepôts, maisons de particulier. Avec son drone, Mimoun Kalai peut nettoyer presque n’importe quelle toiture ou façade et ce jusqu’à 50 mètres de haut, hormis dans les zones urbaines très denses avec des rues serrées (comme à Paris) où la maîtrise du drone devient trop délicate. En parallèle, son entreprise propose des services de thermographie, c’est-à-dire de survols de bâtiments afin d’identifier d’éventuelles pertes de chaleur.
L’entrepreneur est aujourd’hui en contact avec de nombreux artisans qui utilisent les mêmes techniques que lui dans toute la France. La plupart se sont lancés dans les dernières années et la personne qui l’a formé n’a elle-même que quatre ans d’ancienneté dans le milieu. « C’est un domaine en pleine expansion », confie-t-il. Si les perspectives financières semblent radieuses, il partage toutefois une appréhension : l’idée que face à ce secteur nouveau et en pleine expansion, une évolution de la législation ne vienne mettre en danger sa petite entreprise.
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