Dix ans après les attentats du 13 novembre 2015, certaines plaies se pansent encore. À Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), l’immeuble à l’angle du 48, rue de la République et de la rue du Corbillon en était une béante. Mais en cet automne 2025, les engins de chantier s’élancent enfin pour offrir un nouveau souffle à cette parcelle bien abîmée par la vie. L’insalubrité avait profondément infesté chacun des étages des cinq bâtiments mais l’assaut donné par les forces de l’ordre le 18 novembre 2015, porta le coup le plus fatal.
Les murs du bâtiment C forment aujourd’hui un tas de gravats. Cela est néanmoins tout récent. Longtemps, l’immeuble de la rue de la République est resté la gueule cassée de l’artère commerçante du centre de Saint-Denis, à quelques encablures de la basilique et de la mairie. La scène de guerre où les unités d’élite ont mis fin à la cavale des deux terroristes, Abdelhamid Abaaoud et Chakib Akrouh, est rasée. Elle doit laisser la place à un renouveau afin d’accueillir décemment, enfin, les Dionysiens. Les bâtiments D et E n’existent plus non plus et le B devrait connaître le même sort incessamment. Un timing maîtrisé par la municipalité qui a fait de cet immeuble la référence de l’habitat indigne nécessitant l’intervention publique. « On a voulu marquer le coup, juste avant les commémorations du 13-Novembre », précise le maire, Mathieu Hanotin (PS), lors d’une visite de chantier jeudi 6 novembre 2025.
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Lutter contre les marchands de sommeil
L’immeuble de la rue de la République est représentatif « des longueurs des procédures pour lutter contre l’habitat indigne », selon Mathieu Hanotin, rapporteur de 24 propositions visant à renforcer les outils d’action des collectivités dans la lutte contre cette problématique de politique publique. Une loi a d’ailleurs été votée dans ce sens en avril 2024 afin de prévenir la dégradation de l’habitat, accélérer la réhabilitation de l’habitat dégradé et lutter contre les marchands de sommeil. Dont le plus célèbre se nomme Jawad Bendaoud et avait hébergé Abdelhamid Abaaoud et Chakib Akrouh dix ans plus tôt. « Si on avait eu cette loi avant, le bâtiment aurait pu être traité beaucoup plus tôt », souligne l’élu, rappelant que l’histoire de l’insalubrité de cet immeuble remonte « à plus de 30 ans ! ».

Entre les arrêtés successifs du préfet de Seine-Saint-Denis pour interdire des appartements à l’habitation -le premier remonte à 1983- et les arrêtés de mise en sécurité dès 1999, rien ne semblait y faire. Les deux incendies de 2008 et de 2012 montraient le manque d’entretien dramatique. L’arrêté préfectoral d’insalubrité irrémédiable, pris en 2019 et confirmé par jugement en 2022, pointe aussi le temps long qu’il a fallu avant de voir les premières pelleteuses se mettre en branle. « La procédure d’acquisition a été particulièrement complexe », ajoute Sylvie Froissart, directrice générale adjointe de Soreqa, l’aménageur public désigné pour racheter et démolir les bâtiments. « Nous nous sommes heurtés à des résistances. La dernière phase d’expropriation a eu lieu en 2022 », explique-t-elle en référence à la longue bataille juridique entamée avec les propriétaires qui contestaient deux arrêtés d’insalubrité irrémédiable. La justice a finalement tranché en faveur de la ville en octobre 2022. Certains propriétaires refusaient en outre de céder leurs biens immobiliers aux prix proposés par la Soreqa. Une négociation amiable a finalement permis de racheter plus de la moitié de l’immeuble. Une procédure d’expropriation a permis à l’aménageur public de mettre la main sur le reste des appartements.
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Fin des travaux d’ici 2030
La gravité de la dégradation du bâti ne permettait pas une réhabilitation privée, rappelle la municipalité qui prévoit désormais de reconstruire d’ici 2030 un immeuble de 17 logements intermédiaires, contre les 38 « cages à lapin » qui existaient auparavant. Exit aussi les six commerces d’autrefois, deux nouvelles boutiques plus spacieuses seront érigées. Enfin, un cœur d’îlot végétalisé doit voir le jour dans cette cour où la nature avait eu le temps de reprendre ses droits. Au niveau financier, il faut compter environ 220 000 euros par logement dont 140 000 euros versés par la ville, grâce notamment à l’Agence nationale de renouvellement urbain (Anru).

Pour rappel, à Saint-Denis, près de 1 000 logements sont voués à la démolition du fait de leur vétusté trop avancée. Pas moins de 90 enquêtes pénales sont en cours contre les marchands de sommeils de la ville, où la réalisation de diagnostic structurel va être imposée par la municipalité. « C’est une priorité de tarir le robinet de l’habitat indigne », assure Mathieu Hanotin dont les mots rebondissent sur les immeubles de la rue du Corbillon, aux fenêtres murées en attendant leur tour pour être démolies.
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