En septembre 1914, La Ferté-sous-Jouarre (Seine-et-Marne) fut l’un des théâtres les plus violents de la Bataille de la Marne. Une bataille décisive qui mit un coup d’arrêt à la progression allemande vers Paris, et dont les échos résonnent encore dans la ville, plus d’un siècle plus tard.
À l’occasion du 107e anniversaire de l’Armistice du 11 novembre 1918, la commune rendra hommage, ce mardi 11 novembre 2025, à tous les morts pour la France, français et britanniques, sur les lieux mêmes où se joua une partie du destin européen.
À l’été 1914, les forces françaises et britanniques subissent plusieurs revers en Belgique. Face à l’avancée des troupes allemandes, un repli stratégique est ordonné vers l’arrière. Les Allemands, dans leur progression, cherchent à contourner Paris par l’est, espérant prendre de vitesse les forces alliées et forcer une capitulation rapide.
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Bataille de la Marne : la victoire au prix du sang
Les 3 et 4 septembre, les Britanniques atteignent les abords de la Marne. La capitale n’est plus qu’à une quarantaine de kilomètres. Le commandement allié, dirigé par le général Joffre, décide alors d’engager une grande contre-offensive, afin de défendre Paris coûte que coûte.
C’est dans ce contexte que le front descend jusqu’en Seine-et-Marne, autour de Meaux et La Ferté-sous-Jouarre, où se joue un affrontement décisif.
Entre le 6 et le 10 septembre 1914, la région fertoise est secouée par des combats d’une intensité extrême. Les troupes du Corps expéditionnaire britannique (BEF), composées des Ier, IIe et IIIe Corps, avancent vers le nord-est.
Le 8 septembre, les Britanniques sont pris sous un tir particulièrement violent venu de La Ferté-sous-Jouarre et de la rive nord de la Marne, où les unités allemandes ont établi une tête de pont. Après plusieurs heures de bombardements, les Alliés reprennent la ville dans l’après-midi. Mais les ponts sur la Marne ont été détruits par l’ennemi.
Sous les obus, les sapeurs du Génie Royal britannique se lancent dans une mission audacieuse : construire un pont de bateaux pour permettre à leurs camarades de traverser le fleuve. Le 10 septembre, le IIIe Corps britannique franchit enfin la Marne et rejoint les autres divisions alliées déjà passées plus à l’est.
Les armées allemandes entament alors une retraite générale vers le nord et l’est, poursuivies par les forces françaises et britanniques.
Les 11 et 12 septembre, elles se replient sur les hauteurs de l’Aisne, où elles s’enterrent : la guerre de tranchées commence.
La Ferté-sous-Jouarre, un tournant de la Grande Guerre
Cette victoire, que la presse française qualifia de « Miracle de la Marne », mit fin à la progression de l’armée allemande vers Paris et empêcha une victoire rapide.
Pendant cette Bataille de la Marne, le Corps expéditionnaire britannique y laissa près de 13 000 hommes, dont 7 000 tués. Beaucoup d’entre eux, portés disparus, n’ont aucune sépulture connue. C’est pour eux qu’a été érigé, quelques années plus tard, le Mémorial britannique de La Ferté-sous-Jouarre, où sont inscrits 3 740 noms.
Le Mémorial, gardien de 3 740 noms
Le Mémorial britannique de La Ferté-sous-Jouarre fait partie des 22 mémoriaux érigés en France par la Commonwealth War Graves Commission. C’est l’un des plus imposants, puisqu’il rend hommage à 3 740 officiers et soldats du Corps expéditionnaire britannique tombés en 1914, lors des batailles de Mons, du Cateau, de la Marne et de l’Aisne, et dont les sépultures n’ont jamais été retrouvées.
Conçu par George H. Goldsmith, vétéran décoré du front occidental, le monument fut inauguré le 4 novembre 1928 par Sir William Pulteney, commandant du IIIe Corps du BEF en 1914, en présence du maréchal Foch. Le terrain, quant à lui, fut offert par Adrien Fizeau, ancien maire de Jouarre, en mémoire de son père, Hippolyte Fizeau, éminent scientifique, membre de l’Institut de France et de la Royal Society.
Construit en pierre blanche de Massangis, il est surmonté d’un sarcophage orné de trophées militaires, et entouré de colonnes portant les armoiries des quatre nations du Royaume-Uni.
Tout près du monument principal, le Mémorial du Génie Royal de la 4e Division rappelle le courage des sapeurs britanniques qui, les 9 et 10 septembre 1914, construisirent un pont de bateaux sous le feu ennemi pour permettre à leurs camarades de franchir la Marne.
Le Mémorial britannique demeure un haut lieu de mémoire, où les noms gravés dans la pierre continuent de faire écho au silence des soldats tombés pour la liberté.
En novembre 2021, à l’occasion de la fin des travaux de restauration du Mémorial, Pascal-Louis Caillaut, directeur français de la communication de la Commonwealth War Graves Commission, rappelait l’importance historique de la ville : « La Ferté-sous-Jouarre a eu un rôle primordial dans le tournant de la guerre. À la fin de l’été 1914, les grosses batailles ont fait des milliers de morts dont les soldats commémorés ici. »

107 ans après
Cette mémoire, les Fertois continuent de la faire vivre chaque année. Mardi 11 novembre 2025, le maire Ugo Pezzetta, le conseil municipal, le comité d’entente des associations patriotiques, les Anciens Combattants et veuves de guerre, et le comité de jumelage Harborough/Pays fertois, convieront les habitants à une matinée d’hommages.
Le programme débutera à 10 h 30 au Limon, avec l’inauguration d’une nouvelle stèle, avant de se poursuivre à 11 h au cimetière, sur les carrés militaires français et britannique. À 11 h 30, les participants se rassembleront devant le Mémorial britannique, puis à 12 h au Monument du Poilu.
Ces cérémonies, accompagnées par la Lyre briarde, les Angelines et les Jeunes Sapeurs-pompiers, feront dialoguer mémoire et transmission.
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DMJ Archives : Préservation de l’histoire locale en Île-de-France
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