
C’était il y a 80 ans. Les 28, 29 et 30 août 1944, les Alliés libéraient la Marne de l’Occupant nazi. L’ancien rédacteur en chef du journal l’Union et spécialiste du XXe siècle Hervé Chabaud revient pour France Bleu Champagne-Ardenne sur ces trois jours historiques.
Épernay, le 28 août
La Libération de la Marne commence le 28 août 1944. Guidés par la Résistance locale, les hommes de la IIIe armée américaine, dirigée par le général George Patton, entrent dans Sézanne, Montmirail et Épernay. Dans la capitale du champagne, ils pénètrent « essentiellement depuis la route de Sézanne, pour aller vers le centre » de la commune, explique Hervé Chabaud. « C’est là qu’il va y avoir l’essentiel des progressions. Mais il y a également d’autres troupes, qui arrivent depuis Dormans le long de la Marne, qui vont parvenir à s’infiltrer par les petits villages, et permettre finalement de prendre en tenaille une partie de la ville ».
De leur côté, les Allemands « essaient de procéder à des tirs d’artillerie ou de viser des colonnes Alliées en progression. Épernay est un peu dans une cuvette, et lorsque vous arrivez de la route de Dormans ou de Sézanne, vous pouvez très bien être vus », précise l’ancien rédacteur en chef de l’Union. Effectivement, « il y a des échanges » de tir et de nombreuses familles « profitent des caves de champagne pour se mettre à l’abri ». Protéger les civils, une priorité lors de la Libération d’Épernay, explique par ailleurs « que les progressions sont extrêmement contrôlées, maîtrisées et qu’il y a peu d’erreurs commises ».
Mais les Allemands ne s’attaquent pas qu’aux hommes, ils ont aussi une autre stratégie, poursuit Hervé Chabaud : « Ils essaient de détruire un maximum de ponts, et le pont sur la Marne est détruit. Mais dans le même temps, il y a des unités très mobiles du génie américain qui sont en capacité, en l’espace de 24h voire quelquefois moins, de reconstruire une passerelle ou un pont provisoire pour faciliter les franchissements. Ce qui sera le cas à Épernay. »
Châlons-en-Champagne, le 29 août
Les Alliés entrent ensuite dans Vitry-le-François et Châlons-en-Champagne dès le 29 août 1944. La Libération de la commune, alors appelée Châlons-sur-Marne, « a été préparée par un certain nombre de Résistants réunis dans le garage de la police dès le 27 août », explique Hervé Chabaud. L’objectif était de « voir comment l’organisation de la Libération pouvait être faite, quelle assistance pouvait être apportée aux Alliés et aux Américains en particulier, quels étaient les lieux les plus propices pour faire des points d’accrochage ».
Ces accrochages ont lieu « le long du canal », poursuit le spécialiste du XXe siècle, « et la ville va être libérée avec l’arrivée des troupes américaines qui vont passer par la porte Sainte-Croix, redescendre la rue Carnot pour rejoindre le centre-ville, l’hôtel de ville et d’autres qui vont arriver par la rue Léon Bourgeois avec le même objectif. »
La Libération de Châlons-en-Champagne, qui a fait une dizaine de victimes militaires, a été marquée par « la sévérité des Résistants à l’encontre de ceux qui étaient prêts à commettre des exactions, à régler des comptes », ajoute Hervé Chabaud. « Lorsqu’on arrête des gens considérés comme suspects ou d’anciens collaborateurs, on les met en prison et on les juge. Il n’est pas question de les liquider, malgré une tentation forte au regard de la dureté de la période de l’Occupation. » Quant aux civils, ils se mettent sur leur 31 : « On met la belle robe à la fille, certains hommes sortent le costume… Il y a vraiment une volonté de faire honneur aux Libérateurs et de témoigner de son patriotisme à la France. »
Reims, le 30 août 1944
Après Épernay et Châlons-en-Champagne, c’est le 30 août 1944 que l’heure de la Libération sonne pour Sainte-Menehould et Reims. Une opération là aussi « préparée véritablement dès la veille » dans la Cité des Sacres, explique Hervé Chabaud, car « les Américains veulent absolument essayer de préserver des ponts de manière à pouvoir faire passer leur matériel lourd ». Si les Allemands parviennent à détruire partiellement le pont Huon et à « faire sauter le pont de Vesle, le pont de Fléchambault va être sauvé par les Résistants rémois, ce qui va permettre dès le lever du jour à des blindés lourds en provenance du secteur du quartier de la Maison-Blanche de pouvoir entrer au cœur de la cité. »
Les Résistants rémois, qui n’ont « que 98 mitraillettes pour défendre toute la ville », « vont être en capacité tout de même d’avoir une action intéressante », souligne Hervé Chabaud. « Pierre Boucher, le commandant des Forces françaises de l’intérieur (FFI) pour le département de la Marne, va entrer dès 6h du matin » dans la ville, et « observer un certain nombre de progressions américaines, notamment sur le secteur de la place d’Erlon d’où les Allemands se replient. Cela permettre aussi à la Résistance de contrôler et d’empêcher que les ponts de Vitry et de Cernay soient détruits, mais également que le pont de l’avenue de Laon ne soit pas détruit lui non plus, » conclut-il.** La Libération de Reims, le 30 août 1944, a officiellement fait 14 victimes.
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