, Yvelines : écarté, ce grand champion était indésirable sur le passage de la flamme olympique

Yvelines : écarté, ce grand champion était indésirable sur le passage de la flamme olympique

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Il était le grand absent du passage de la flamme olympique à Mantes-la-Ville (Yvelines), ce mardi 23 juillet 2024. Le nom de Patrick Lefoulon, médaillé d’argent en kayak aux Jeux olympiques de Los Angeles (États-Unis) en 1984, s’imposait sur le papier comme une évidence quand il a été annoncé que la commune mantevilloise serait sur le trajet de la flamme dans le département.

De par son passé sportif, son engagement pour la collectivité (élu au conseil municipal entre 1995-2014) et ses années au service de la santé de la population locale, le docteur Lefoulon ne pouvait qu’être choisi pour se trouver parmi relayeurs.

La municipalité rétropédale

Le kayakiste de l’AS Mantaise a été finalement écarté, alors même qu’il avait été approché à l’automne 2023 par la municipalité pour être de la fête. La déception a donc été d’autant plus grande.

Patrick Lefoulon ne s’est même pas mêlé à la foule des spectateurs ce 23 juillet 2024. Certains disent que Pierre Bédier, le président du Département, aurait posé lui-même son véto à sa participation au relais. Un vieux contentieux opposerait les deux hommes.

Le 11 octobre 2023, l’affaire semblait pourtant entendue. Le médecin avait été contacté directement par le maire mantevillois Sami Damergy pour se voir proposer d’être un acteur de ce moment historique.

« J’avais répondu que ce serait un honneur, et sans conditions, quand bien même nous ne partagions pas les mêmes idées politiques. Le directeur de cabinet du maire m’a rappelé dix jours plus tard pour me dire que finalement je ne faisais plus l’affaire… »

Patrick Lefoulon
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Volontaire dans l’organisation malgré tout

La Ville avait présenté sa défense à l’époque, affirmant que la décision venait « du comité d’organisation des Jeux olympiques (Cojo) ». Déçu, Patrick Lefoulon l’a été à double titre. Il était en effet également sur une première liste élargie de champions dont le nom avait été coché pour participer au relais de la flamme à Paris, le 15 juillet 2024. Il n’a là aussi pas été retenu.

Le kayakiste sera pourtant bien de Paris 2024. Dans la peau d’un volontaire, à Vaires-sur-Marne (Seine-et-Marne), où se disputeront les épreuves de canoë-kayak et d’aviron. Il sera chargé de l’accueil des délégations étrangères sur le site.

Lefoulon
Bernard Brégeon et l’Yvelinois Patrick Lefoulon (à gauche) sur la deuxième marche du podium de l’épreuve de kayak biplace (1 000 m) des Jeux olympiques de Los Angeles (États-Unis) en 1984. Le titre était revenu aux Canadiens. Les Australiens avaient décroché le bronze. ©Photo fournie par P. Lefoulon

Patrick Lefoulon en bref

• Né le 6 mai 1958 à Mantes-la-Jolie. Marié, quatre enfants

• Club : AS Mantaise (depuis 1972). Année de retraite sportive : 1984.

• Profession : médecin généraliste.

• Engagement sportif : vice-président de la section canoë-kayak de l’AS Mantaise depuis 1997 ; membre du comité fédéral de la Fédération française de canoë-kayak (1984-1988) et du conseil d’administration du CNOSF (1984-1992) comme représentant des athlètes de haut niveau.

• Engagement politique : ancien conseiller municipal et adjoint au maire à Mantes-la-Ville (1995-2014).

> SON PALMARÈS

• Jeux olympiques
1984 : médaille d’argent en kayak biplace (1 000 m).
1980 : demi-finaliste en kayak monoplace (500 m) et finaliste (6e) en kayak quatre places (1 000 m).

• Championnats du monde
1982 : médaille d’or en kayak biplace (10 000 m).
1981 : finaliste (4e) en kayak monoplace (500 m).

• Championnats de France
13 titres élite en carrière.

Sommet de carrière

Patrick Lefoulon préfère aujourd’hui se souvenir des belles choses, et donc de ce 11 août 1984, sur « la mer d’huile » du lac Casitas, à deux heures de route de la « cité des anges ».

Le sociétaire de l’AS Mantaise atteignait ce jour-là, à 26 ans, le sommet de sa carrière en décrochant l’argent olympique en kayak biplace (K2) sur 1 000 m avec son partenaire Bernard Brégeon (AC Boulogne-Billancourt), de quatre ans son cadet.

« La médaille de l’accomplissement, la récompense de douze années de sacrifice pour mon sport. »

Patrick Lefoulon

Un moral au plus bas avant Los Angeles

Cette course, d’une vie, sera sa dernière au très haut niveau. L’étudiant en médecine, père pour la seconde fois trois mois plus tôt, tourne là la page d’une immense carrière. Remplaçant aux JO de Montréal (Canada) en 1976, puis finaliste sur K4 (1 000 m) à Moscou (URSS à l’époque) quatre années plus tard, il deviendra en 1982 le premier champion du monde de l’histoire du kayak en ligne français. C’était à Belgrade (Yougoslavie à l’époque), sur la distance du 10 000 m (non olympique), en K2, déjà avec Bernard Brégeon.

En débarquant aux États-Unis à l’été 1984, Patrick Lefoulon n’en mène pourtant pas large. « Psychologiquement », il est au plus bas. Le natif de Mantes-la-Jolie sort d’un hiver 1983-1984 difficile. Une blessure à une épaule, dont il sera opéré fin 1983, lui a pourri la vie. Son retour sur les bassins n’est pas une sinécure, loin de là.

« Je n’étais pas du tout compétitif sur les courses préparatoires, mais les coachs m’ont gardé leur confiance. »

Patrick Lefoulon

« On est monté en puissance »

Loin de l’effervescence de Los Angeles et de la cérémonie d’ouverture, à laquelle ils n’ont pas assisté, Patrick Lefoulon – « à l’arrière, comme toujours » – et Bernard Brégeon (qui sera aussi médaillé de bronze en K1 sur 500 m) vont pourtant faire des étincelles. « Notre bateau s’est amélioré franchement. De la série à la finale, on est monté en puissance. »

Les images de cette finale olympique longue d’environ 3 minutes et 30 secondes circulent toujours sur YouTube. On ne fait longtemps qu’y apercevoir le duo tricolore, placé à la ligne d’eau n° 4. Dans le coup pour une médaille de bout en bout, les Français portent leur effort dans l’emballage et s’échappent, derrière les Canadiens, vice-champions du monde en titre, déjà trop loin.

« Une médaille presque inespérée »

Qu’a ressenti Patrick Lefoulon en passant la ligne ? « Je ne réalise qu’à ce moment-là. On me voit taper du poing sur le bateau pour dire : Ce n’est pas vrai ! Je n’y crois pas. »

« D’où je venais, cette médaille était presque inespérée en arrivant aux JO. »

Patrick Lefoulon

À sortie de l’eau, il ira téléphoner à sa mère et à son épouse. « L’organisation était incroyable. Il y avait des cabines sur le site pour les athlètes. » Sur le podium, Patrick Lefoulon savoure. Que de chemin parcouru depuis ce jour de 1971 où il a pris place pour la première fois dans un kayak, déjà à l’ASM, son club de toujours. Un sport qu’il assure avoir découvert « par hasard grâce à un voisin ». « J’ai tout de suite accroché. Et les résultats sont venus… »

Lefoulon
Patrick Lefoulon dans ses œuvres sous les couleurs de l’AS Mantaise. ©Photo fournie par P. Lefoulon

« Inoubliable » cérémonie de clôture

Avant de quitter Los Angeles à l’été 1984, il se mêlera à la cérémonie de clôture. « Inoubliable et sympathique, résume-t-il. J’ai pu échanger quelques mots avec Edwin Moses. Quel charisme ! »

L’athlète américain a remporté quelques jours plus tôt sa seconde médaille d’or sur 400 m haies, huit ans après celle décrochée à Montréal. Une authentique star à l’époque et une légende vivante de son sport, invaincu de 1977 à 1987 (122 victoires consécutives) dans sa course de prédilection.

Le champion devient médecin

Patrick Lefoulon n’a pas longtemps profité de la lumière olympique. « À peine descendu de l’avion, j’ai pris un train pour l’Auvergne. Je me suis enfermé trois mois dans une maison avec ma famille pour potasser mes examens. » Il obtiendra sa thèse en 1987.

Le docteur Lefoulon exercera d’abord en Seine-et-Marne, avant de faire son « retour aux sources ». En 1997, il installe son cabinet dans le centre commercial des Merisiers, à Mantes-la-Ville. Une commune où, depuis 1995, il est aussi élu. Le socialiste, qui deviendra plus tard premier adjoint, ne quittera le conseil municipal qu’en 2014.

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Un incendie ravage son cabinet médical en 2022

Depuis l’été 2022, Patrick Lefoulon est installé au centre médico-social du Lac, à Mantes-la-Jolie. Contraint et forcé, la mort dans l’âme. Au mois de mars précédent, son cabinet des Merisiers avait été ravagé par un incendie. À deux ans de la retraite, il se dit alors « anéanti ».

Tout ce qui trouvait dans son local a été détruit ou presque, y compris de nombreuses photos de sa vie d’avant comme kayakiste de haut niveau. Sa médaille et son diplôme olympiques, heureusement, étaient en sécurité ailleurs. Ses trésors l’accompagneront prochainement à Annecy (Haute-Savoie), où il a décidé d’aller s’installer pour profiter de sa retraite avec son épouse. « Bientôt », sourit-il.

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