
Pour ses derniers vœux de président de la République, Emmanuel Macron a choisi le même cadre que celui de François Mitterrand le 31 décembre 1994, lorsqu’il prononça ces mots : « L’an prochain, ce sera mon successeur qui vous exprimera ses vœux. Là où je serai, je l’écouterai, le cœur plein de reconnaissance pour le peuple français qui m’aura si longtemps confié son destin et plein d’espoir en vous. Je crois aux forces de l’esprit et je ne vous quitterai pas. » Un plan serré sur fond de dorures et d’un pan de drapeau français. L’important, c’est l’intimité, le visage, le regard de celui qui a accompagné les Français pendant si longtemps.
Sur le départ, en retrait, Emmanuel Macron n’a pas à désigner de successeur. La République n’est ni une monarchie, ni une dictature. C’est le peuple qui choisit librement. Évoquer l’échéance à venir serait d’autant plus déplacé pour le candidat de la « Révolution », que le dégagisme qu’il incarnait restera comme une parenthèse dans une histoire politique qui s’impose à lui.
Dès le soir du 7 juillet 2024, François Hollande avait annoncé sa candidature pour 2027. « J’ai été élu en Corrèze, là où j’ai toujours cherché la légitimité des Français ». Exacte reproduction du passé, quand au lendemain de son élection à la présidence du conseil régional de Corrèze au printemps 2011, il officialisait sa candidature aux primaires du PS contre Dominique Strauss-Kahn, donné largement favori dans la course à la présidentielle.
Depuis son retour à l’Assemblée nationale, l’ancien président s’est imposé comme le leader naturel de la gauche sociale-démocrate. À l’automne 2024, Olivier Faure était éjecté de la direction du PS, remplacé par Carole Delga, puissante présidente de la région Occitanie ralliée à François Hollande. Héritière du potentat Georges Frêche qui tint tête à Martine Aubry et aux apparatchiks parisiens, elle partage avec Hollande un socialisme d’enracinement, proche de la base. Pour « monsieur 3 % », le rôle de challenger n’a rien d’un handicap. L’obsession de se représenter, qui lui échappa en 2017, ajoutant à sa détermination.
Sur sa gauche, l’increvable Jean-Luc Mélenchon est lui aussi candidat. Pour la quatrième fois. Le gourou talentueux, aux accents d’autocrate, complaisant avec l’islamisme et totalement foutraque sur l’économie, ne renoncera jamais à son irrépressible envie de pouvoir. Peu lui importe le sort des « petits et des sans-grade, des migrants et des miséreux ». Lui voyage en première classe et loge dans les beaux quartiers. Lui n’a jamais connu de labeur plus pénible que celui de député ou de sénateur, mais habile imposteur, il parvient une fois encore à s’imposer comme candidat à la présidentielle, à la tête d’une armée de convertis bas de plafond.
Le Pen, Bardella et… Chenu
Elle n’en avait pas vraiment envie. Après deux mois de vacances à l’été, convertie à la verveine et à la compagnie des 28 chats qui partagent son refuge, Marine Le Pen, « triple candidate à la présidentielle », se serait bien passée de la passe de quatre. Mais qui d’autre ? Envoyé au charbon en 2024, Jordan Bardella n’est pas vraiment enclin à enchaîner une deuxième gifle. Sébastien Chenu adoubé par l’entre-soi médiatico-politique parisien se voit déjà élu, mais il lui reste à se faire connaître par les Français qui ne vivent pas à Paris. Candidate donc, par devoir.
François Bayrou n’a jamais renoncé. Habilement, au lendemain des législatives de 2024, il a su profiter du désarroi des Républicains hostiles à l’alliance avec le Rassemblement national prônée par Eric Ciotti. Puisqu’Emmanuel Macron a dû se résoudre à abandonner un positionnement « central » pour se compromettre avec la gauche, Bayrou lui aussi s’est amendé en faisant un pas de côté sur sa droite. Les élus du groupe Liot, les centristes du groupe sénatorial d’Hervé Marseille, les orphelins de la droite… Oublié le MoDem, Bayrou a repris la bannière de l’UDF pour renouer avec l’héritage de Giscard et de Raymond Barre. Il sera donc candidat à la présidentielle. Lui aussi pour la quatrième fois.
Ne manquent plus qu’Arlette Laguiller et Robert Hue. À l’heure où nous imprimons, Dominique Voynet, députée du Doubs négocie avec Cécile Duflot. Mais la candidature de l’ancienne ministre de Lionel Jospin reste l’option la plus probable.
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