
C’est une histoire à tiroirs. Celle d’un tableau, de deux jeunes enfants juifs cachés à Houdan (Yvelines) pendant la Seconde Guerre mondiale mais aussi celui de la mémoire orale. Un tableau offert à la Ville de Houdan en 1994 a été retrouvé après avoir été oublié pendant trente ans.
Et sans le regretté Marcel Roumagnac, premier adjoint de Houdan pendant de nombreuses années et Isabelle Siméon en charge de la communication de la Ville, cette histoire n’existerait peut-être pas…
Un soir de janvier 2022 : le souvenir
« En janvier 2022, comme tous les ans, je suis passée chez Marcel Roumagnac pour lui présenter mes vœux pour la nouvelle année. Dans le fil de la discussion, il s’est souvenu d’un homme revenu à Houdan pour offrir un tableau à la mairie et raconter qu’il avait été caché avec son frère à Houdan pendant la Seconde Guerre mondiale », explique Isabelle Siméon.
Mais à ce moment-là, Marcel Roumagnac ne se souvient pas clairement de l’identité de cet homme revenu le 18 août 1994 à l’occasion du 50e anniversaire de la Libération de Houdan.
« Marcel se souvenait d’un homme gentil qui avait raconté son histoire et qui était reconnaissant envers Houdan », indique Isabelle Siméon.
Le tableau avait été exposé dans la salle des fêtes le temps des festivités puis bien rangé aux archives par Marcel Roumagnac. Une fois l’œuvre redécouverte, il a fallu près d’un an à Isabelle Siméon pour en retrouver son auteur : Philip Orenstein, qui a passé quelques années à Houdan au cours de la Seconde Guerre mondiale.
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L’été 1942, l’étoile jaune et les rafles
En effet, Philippe et Serge, deux enfants juifs ont été confiés à la demande de leur mère à la Croix-Rouge pour être mis à l’abri. De 1942 à la fin de guerre, ils ont vécu chez une famille houdanaise, les Trouvé, et ont été scolarisés dans la ville. Dès l’été 1942, les rafles de juifs s’organisent. Si Philippe, 4 ans et Serge 7 ans, échappent aux rafles, leur jeune cousin Maurice, 3 ans, est raflé à Paris alors que ses parents travaillent. Il n’est jamais revenu.
« Leur père était dans le Stalag XVIII C à Markt Pongau (Autriche). Il était Polonais, sans papier et avait traversé l’Europe pour arriver en France. Quand la guerre s’est déclarée, il s’est engagé dans la Légion pour obtenir une régularisation de ses papiers. Mais il a été arrêté sous le statut de prisonnier de guerre. »
La Houdanaise poursuit : « Leur mère était à Paris. Elle était violoniste professionnelle mais confectionnait des manteaux pour les Allemands. »
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1949, l’arrivée à New York
En 1949, parents et enfants réunis choisissent d’émigrer de peur d’un nouveau conflit. Ils partent aux États-Unis, à New York pour y rejoindre de la famille. Les enfants changent de prénom : Philippe devient Philip et Serge se prénomme désormais Stephen.
En un an, le jeune Philip âgé de 11 ans, apprend une nouvelle langue, poursuit sa scolarité. Comme son frère aîné Stephen, il devient physicien. Mais passionné par l’art, Philip se met à peindre avec ce qui lui tombe sous la main.
« Un jour Allan Kaprow, le père du happening, est allé lui rendre visite dans son atelier à la fin des années 50. Il lui dit : « Tu n’es pas un physicien, tu es un artiste ». »
À partir de ce moment, l’autodidacte se consacre à l’art. Il devient professeur d’art dès 1971, et il sera pendant 30 ans à l’université de Rutgers, dans le New Jersey. Son art se peaufine au fil du temps mais l’essence de son travail réside dans les années passées en France, et tout spécifiquement à Houdan dont il a vécu la Libération le 18 juin 1944.
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The Big Cheese, une histoire houdanaise
Des croix noires, on en retrouve beaucoup dans le travail de Philip Orenstein qui a recours à la bombe et aux pochoirs. Et pour cause, alors qu’il était enfant, il a croisé la Wehrmacht à plusieurs reprises. Des corbeaux viennent rappeler le Chant des Partisans. Ces symboles et 52 autres sont entremêlés dans l’œuvre offerte par le peintre en 1994 à la Ville : The Big Cheese.
Le tableau représente un paquebot, L’Île-de-France, construit en 1927. C’est sur ce bateau que la famille a embarqué pour rejoindre les États-Unis.
« Il s’appelle The Big Cheese à cause d’une boîte de brie à destinée à l’exportation. »
Une autre version de ce tableau, un ensemble de trois lithographies, a été exposée au Met (Metropolitan Museum of Art) à New York. D’autres œuvres de l’artiste y ont été présentées. La dernière exposition date de 2023.
En novembre 2024, par décision du maire de Houdan, Jean-Marie Tétart, le tableau a été enregistré au patrimoine de la commune. « Nous avons aussi pris la décision de restaurer le tableau », glisse Isabelle Siméon. Le service du patrimoine des Yvelines est également venu voir le tableau.
Aujourd’hui, une nouvelle page s’ouvre pour The Big Cheese et Houdan.
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