« Rédige-moi un programme électoral qui me permettra d’apporter des propositions nouvelles face aux maires sortants et de répondre aux attentes de la population. » Ce prompt, que nous avons soumis au moteur de recherche gouvernemental compar : IA en compagnie de Fabien Aufrechter, le maire de Verneuil-sur-Seine (Yvelines), peut sembler étonnant, voire donner des sueurs froides. Il est pourtant tout à fait envisageable que certains candidats aux suffrages en mars 2026 puissent être tentés d’avoir la même idée.
Quels usages, quelles limites ?
À quelques mois des élections municipales 2026, Fabien Aufrechter, lui, n’a aucun doute sur le sujet. Il faut dire que l’intéressé est un expert. Directeur stratégie et innovation chez Vivendi, il a été directeur web 3.0 pour le même groupe.
Sa certitude : l’intelligence artificielle (déjà massivement utilisée) sera de la partie, et sans doute plus fortement encore pour les élections présidentielles. Si des candidats se servaient bien des chatbots conversationnels, quels usages en feront-ils ? Quelles limites se fixeront-ils ? Et, surtout, feront-ils preuve de transparence envers les électeurs ?
À lire aussi

« Archi bluffant »
Si les propositions restent tout de même assez génériques et bateaux, ça reste quand même « archi bluffant », concède Fabien Aufrechter. En trente secondes, la version bêta du premier comparateur francophone d’IA conversationnelle nous soumet deux modèles (A et B) de programme électoral pour sa commune. L’un proposé par Mistral AI et le second par Meta. Intuitif, ce dernier donne accès à onze modèles d’IA, dont Command R de Cohere, Gemma 2 9B de Google ou encore le Chinois Yi 1.5.
« Avec cette élection municipale, ce sera la première fois que nous aurons une campagne qui intégrera de manière grand public et gratuite des contenus générés par l’IA. »
À quoi ressemble un programme électoral fabriqué par l’IA ?
Globalement, les deux propositions se valent. Mistral AI, par exemple, nous propose « un projet ambitieux, ancré à gauche, pour une ville plus juste, verte et participative », distingue cinq grandes thématiques (logement, justice sociale, écologie, services publics et éducation), fixe des objectifs, et établit de nouvelles propositions et moyens d’action.
Un rapide sondage permet ensuite d’évaluer la pertinence des réponses, d’utiles à superficielles, puis de mesurer l’impact énergétique de la conversation en Watt.
« Pour l’instant, c’est très mauvais. Tout est très générique et il n’y a rien de très bon. Mais plus on affine le brief, plus c’est pertinent. Ça peut donner des idées à quelqu’un qui veut se lancer et ne sait pas structurer un programme, même s’il y a des bêtises. »
À lire aussi

L’IA plus qualifiée « que tous les bouquins de droit administratifs »
Au-delà de la partie purement textuelle, l’IA pourrait également servir à former les candidats, probablement les moins expérimentés, sur l’histoire d’une commune, son passé ou la gestion d’une collectivité.
Fabien Aufrechter, qui explique avoir « lu énormément » et suivi « beaucoup de formations » avant de briguer le fauteuil du maire en 2020, reconnaît que l’IA peut donner quelques billes.
« Aujourd’hui, avec ChatGPT, Mistral AI et autres, c’est plus facile de comprendre ce qu’est le fonctionnement, l’investissement, les leviers fiscaux, ce que fait l’Interco… L’IA est sans doute déjà plus efficace, qualifiée et didactique que tous les bouquins de droit administratifs. »
Le fléau des deepfakes et fake news : un danger imminent
Pour Fabien Aufrechter, l’intelligence artificielle doit rester un outil à utiliser à bon escient. Elle n’est pas « une source fiable » et ne pourra pas non plus « se substituer à l’intelligence contextuelle et locale », juge-t-il. « L’IA reste imparfaite, il faut avoir une sacrée intelligence humaine à y associer, sinon ça peut conduire à des erreurs », alerte également l’édile.
La menace, aussi, est de voir pulluler bon nombre de contenus trafiqués, comme des vidéos ou des images, visant à déstabiliser un candidat. Plus qu’un risque, un danger imminent !
« On sait très bien qu’on aura des candidats qui feront face à des deepfakes et des fake news générés par l’IA, propulsés par la data et les algorithmes. Ça permettra de nuire à des gens et de flouter la ligne entre la réalité et le mensonge. »
À lire aussi

Comment faire pour sécuriser l’usage de l’IA ?
Les versions gratuites, bien qu’impressionnantes, sont à prendre avec des pincettes. « Il y a plein d’erreurs ou de trucs pas logiques, mais sur une version payante, ça marche très fort », affirme l’édile. Sur des IA payantes et abordables, « c’est rock’n’roll, je suis incapable de faire la différence », admet-il.
« On peut imaginer que certaines affiches de campagnes seront générées par des IA », imagine-t-il aussi, ce qu’on a déjà pu voir notamment avec Juliette de Causans, candidate de la liste Écologie au centre, qui avait retouché ses photos de propagande électorale pour les élections européennes.
« La limite, ce n’est pas l’IA, mais l’imagination dans ce qu’elle a de plus positif et négatif. »
Dans une volonté de sensibilisation, l’édile appelle surtout à vérifier l’authenticité d’un contenu, à définir les limites de l’utilisation de l’IA. Quant à sécuriser son utilisation, « on ne peut pas », tranche Fabien Aufrechter.
« Non seulement je peux faire passer une photo pour une IA alors qu’elle ne l’est pas, mais je peux aussi faire passer pour vraie quelque chose qui a été généré par une IA. C’est là que ça devient complètement dingue. »
Pour la sénatrice Ghislaine Senée, l’émergence d’une « nouvelle forme de campagne politique »
Contactée par 78 actu, Ghislaine Senée, sénatrice des Yvelines et ancienne maire d’Évecquemont (Yvelines), ne peut pas exclure l’usage de l’IA dans la campagne à venir, elle qui a publié en mars 2025 un premier rapport parlementaire relatif à l’IA et spécifiquement centré sur le secteur des collectivités locales.
« On peut imaginer que certains candidats, en particulier les petites listes qui n’ont pas de gros budgets, puissent faire appel à l’IA pour rédiger un discours, créer un tract, retravailler la mise en page de documents, monter un programme, énumère la parlementaire. Mais il faut que ça soit humainement incarné. »
SI Ghislaine Senée voit avec l’irruption de l’IA l’émergence « d’une nouvelle forme de campagne politique », elle temporise sur l’efficacité réelle de la technologie.
« Il y a quand même très peu d’algorithmes capables de faire de la création, l’IA va essentiellement générer des mesures issues du passé. Si on ne connaît pas bien sa ville et son territoire, il y a peu de chance que l’usage de l’IA fonctionne. »
À lire aussi
Attention aux retours de bâtons
Que pourrait-il se passer si un électeur ou un adversaire apprenaient qu’un candidat a fait usage de l’IA de manière excessive ? « Si une équipe et liste adversaire s’aperçoivent de ce manque de transparence, je pense que ça peut torpiller une campagne », souligne la sénatrice.
« La question de la transparence et de l’implication citoyenne est indispensable pour encadrer l’usage de l’IA. Dès lors qu’il y a un risque de nuire et ternir une réputation, il faut que le législateur s’en saisisse. »
Des candidats virtuels dans les Yvelines ?
Plus excessivement encore, Fabien Aufrechter et Ghislaine Senée se rejoignent sur un point : on peut tout à fait imaginer qu’un candidat puisse être une IA. « Ça ne serait pas de la science-fiction de présenter un pur avatar, car technologiquement, ça marche, même si les municipales ne sont sans doute pas les plus concernées », observe Fabien Aufrechter, qui avait fait le buzz en 2024 en se servant d’un deepfake pour présenter ses vœux à des fins de sensibilisation.
« La technologie est neutre, elle peut être bonne ou mauvaise, tout dépend ce qu’on en fait, conclut le maire de Verneuil-sur-Seine. Il faut que l’on s’éduque sur ces sujets pour éviter que ça devienne dangereux ».
Personnalisez votre actualité en ajoutant vos villes et médias en favori avec Mon Actu.
En résumé, DMJarchives.org se positionne comme un gardien vigilant de l’histoire locale en Île-de-France, offrant un accès sans précédent à une multitude de trésors d’archives numériques. Avec un engagement ferme envers la préservation de la richesse culturelle et patrimoniale de la région, DMJ Archives redonne vie aux documents historiques disparus, les rendant accessibles à tous. Grâce à une organisation méticuleuse par territoire, cette plateforme permet une plongée immersive dans l’histoire de chaque ville et commune francilienne. De la reconstitution des sites internet locaux à la compilation d’une photothèque riche en images digitales, en passant par la mise à disposition de documents variés, DMJarchives.org constitue une ressource inestimable pour les chercheurs, les étudiants et les habitants de la région. En somme, en archivant méticuleusement ces témoignages du passé, DMJarchives.org s’érige en véritable gardien de la mémoire collective de l’Île-de-France. Explorez cette précieuse plateforme pour découvrir et redécouvrir les trésors cachés de la région, archivés pour les générations futures.

