Sa venue était scrutée. Un de ces profils dont la presse raffole. Mais les flashs peuvent bien crépiter, Vincent Jeanbrun, le nouveau député Les Républicains [LR] de la 7e circonscription du Val-de-Marne, ex-porte-parole du parti et président du groupe à la région Île-de-France, ne se départit jamais de son flegme. Une qualité précieuse au vu des turbulences qui s’annoncent. Lorsqu’il pénètre dans la cour d’honneur de l’Assemblée, vers 15 heures, lundi 8 juillet, au lendemain du second tour des législatives, celui qui, pour quelques jours, est encore maire de L’Haÿ-les-Roses tient fermement la main de son épouse, Mélanie.
C’est ensemble qu’ils ont décidé d’affronter, la journée durant, les affres du dédale administratif auquel se confronte tout entrant : enregistrement des informations personnelles auprès des fonctionnaires dédiés, photographie officielle sur fond bleu ciel pour le trombinoscope du site Internet, service informatique et téléphonique, où sont délivrés tablette, ordinateur et portable professionnels, retrait des formulaires dévolus à la prise en charge des transports et à l’ouverture du compte bancaire La Poste pour les frais de mandat, déclaration au déontologue des fonctions et métiers exercés, topo concis sur le droit du travail en vue du recrutement des collaborateurs parlementaires…
Cette longue déambulation publique signe aussi le triomphe non pas d’un seul homme, mais d’un couple « fusionnel », selon les mots de Vincent Jeanbrun. On les découvrait il y a un an tout juste, lors des émeutes de juin 2023 provoquées par la mort du jeune Nahel. Tandis que le mari barricadait sa mairie pour la troisième nuit consécutive, sa femme et ses enfants étaient attaqués à 1 h 30 du matin à leur domicile. Une voiture-bélier lancée à toute vitesse contre la façade de leur maison, l’incendie qui menace.

La troisième fois aura été la bonne. Vincent Jeanbrun avait déjà été candidat aux législatives, en 2017 et en 2022. Ici dans sa mairie. © Ilan Deutsch
Sans hésiter Mélanie escalade le mur de 1,80 mètre de haut à l’arrière du jardin, enfants de 3 et 8 ans sous le bras, sans oublier leur chienne Savane. Mais la trentenaire ne peut éviter la chute. Une fracture multiple à la jambe droite l’a astreinte à une longue rééducation. La douleur est encore persistante mais les béquilles ont été rangées il y a à peine un mois.
« À l’hôpital, je lui ai dit que plus rien ne comptait à part le fait qu’elle soit en vie, que j’étais prêt à tout arrêter, raconte Vincent Jeanbrun. Mélanie m’a répondu : “Non. On ne les laissera pas gagner, on ne sera pas des victimes.” Elle ne parlait pas seulement des caïds et des gangs. Ça signifiait ne pas laisser gagner les forces du chaos, ceux qui cherchent la division. Elle avait raison. »
Il remporte son duel avec 545 suffrages d’avance
Devenu symbole de la brutalité contre les élus, sollicité un temps pour porter la liste LR aux européennes, l’auteur des « Deux France » (Albin Michel, 2024) n’a évidemment pas tenté la députation sans consulter son épouse. « Mon premier geste au soir de la dissolution a été d’appeler Mélanie et de lui demander ce qu’on devait faire. Elle m’a rétorqué : “Tu n’as pas le choix, il faut y aller.” »
Trois dimanches soirs plus tard, à la mairie de L’Haÿ-les-Roses, les résultats arrivent au compte-gouttes. Les mines sont renfrognées. Les premières estimations placent l’insoumise sortante Rachel Keke et le LR au coude-à-coude. Le calme du champion tranche avec l’agitation de l’assistance. « C’est pire que des tirs au but », souffle une femme. La défaite semble inéluctable. À 22 heures, pourtant, le miracle se produit. Jeanbrun remporte le duel avec 545 suffrages d’avance. Le nouveau député enlace sa femme et l’embrasse sous les cris de joie.
Mon premier combat sera de veiller à l’intelligence collective
Vincent Jeanbrun
Sa victoire n’est pas isolée. Dans cet hémicycle éclaté, où se font face 193 élus du Nouveau Front populaire, 165 représentants d’Ensemble ! et 143 lepénistes et leurs alliés ciottistes, le groupe LR à l’Assemblée, donné largement perdant est passé de 61 à 66 députés et apparentés. Et cela en dépit de la crise majeure provoquée par l’alliance de leur président, Éric Ciotti, avec le Rassemblement national [RN]. « Mon premier combat sera de veiller à l’intelligence collective, prévient Vincent Jeanbrun. Je pense que les LR, demain, devront choisir entre être un bloc qui s’oppose à tous ou une force de proposition dans l’hémicycle. » Une position que d’aucuns qualifieraient de macron-compatible, eu égard aux déclarations passées de l’édile et à l’absence de candidats Ensemble ! contre lui.
L’adjectif est repoussé par l’intéressé, qui reste flou sur ses intentions futures : « Il faudra travailler avec d’autres groupes politiques. Pas pour des postes, mais pour des projets. » Les siens touchent au logement et à l’éducation. Ses réflexions sur ces thèmes avaient d’ailleurs nourri en partie le programme de François-Xavier Bellamy et il s’apprêtait, après les européennes, « à proposer un plan pour réparer les quartiers et rétablir la République ». Est-ce un hasard si, sur son chemin, quelques instants plus tard, une militante se tournait vers sa voisine et proposait, badine, d’aller saluer « le futur ministre du Logement » ?

Premiers pas au Palais-Bourbon pour Dieynaba Diop (PS), 49 ans, qui a déjoué les pronostics dans la 9e circonscription des Yvelines. Paris Match / © Ilan Deutsch
Dieynaba Diop, l’une de ses opposantes au conseil régional d’Île-de-France, chargée notamment de l’emploi et de la formation professionnelle, goûterait peu de voir son rival Jeanbrun au gouvernement.
Arrivée en politique en 2008 pour les municipales aux Mureaux, cette prof d’histoire en lycée professionnel compte faire entendre sa gouaille sur l’éducation dans l’hémicycle. Ce 8 juillet à 14 h 30, encore étourdie par sa courte nuit, la socialiste se tient devant cette Assemblée où elle s’apprête à siéger également pour la première fois.
Un arbre de Noël à l’Élysée à 8 ans
Veste de tailleur rouge vermillon et robe longue noire, la nouvelle élue trépigne en attendant son « kit de bienvenue ». Le nécessaire tient dans un petit tote bag en coton, qui, même remis au cœur de l’été, a tout sauf le goût des vacances… À l’intérieur, l’épais règlement de l’Assemblée, une cocarde et l’écharpe tricolore, que jamais elle n’aurait imaginé ceindre un jour. Flash-back. En 1983, Dieynaba Diop a 8 ans lorsqu’elle entre pour la première fois dans un palais de la République, à l’occasion d’un arbre de Noël à l’Élysée. Fille d’un immigré sénégalais arrivé en France quinze ans plus tôt, elle y échange deux mots avec le président Mitterrand, dont son père est un inconditionnel soutien. Les caméras de FR3 ont filmé cette petite fille de la ville des Mureaux, quelques jours avant l’événement. Toute timide, elle imaginait alors l’Élysée « grand et illuminé ».
Ma circo, c’est une petite France, avec des grands ensembles urbains et des villages de 300 âmes sans commerces ni service public
Dieynaba Diop
Quarante ans plus tard, c’est sous les flashs des photographes, et par le grand escalier, qu’elle entre au Palais-Bourbon. Salle des Quatre Colonnes, la néodéputée mesure le chemin parcouru. « Mon père m’a dit qu’il était immensément fier et qu’il n’avait pas trop mal travaillé, sourit-elle, regard embué. Je pense à lui, à ma mère disparue, arrivée ici en 1973. C’est un beau symbole. »
Sa victoire, dimanche soir dans les Yvelines, avec 54 % des voix, en est un autre. Elle est la première députée de gauche de cette circonscription taillée pour la droite. La porte-parole du Parti socialiste [PS] sait aussi avoir bénéficié du « front républicain » face au candidat RN. « Ma circo, c’est une petite France, avec des grands ensembles urbains et des villages de 300 âmes sans commerces ni service public, qui ont voté RN. Pendant trois semaines, je suis allée partout et je continuerai. Dans les patelins, faut qu’il me voie ! Je ferai des permanences regroupées par petites localités tous les trois mois. »
Mais la méthode de terrain ne fait pas toujours recette. Dans le Nord, la digue Fabien Roussel a ainsi cédé face à la vague bleu marine dès le premier tour. La valise de Guillaume Florquin, le triomphateur du communiste, est bien légère ce 9 juillet. Seulement quelques vêtements, ses « affaires pour travailler, quelques dossiers ». Il se rend à Paris pour la première réunion du groupe RN. Sans même savoir s’il dispose d’un bureau à l’Assemblée.

En route pour les ors de la République. Guillaume Florquin (RN), 31 ans, a ravi à Fabien Roussel son siège de député de la 20e circonscription du Nord. À Saint-Amand-les-Eaux, le 8 juillet. © DR
Fort de 125 députés – contre 88 au soir du 9 juin –, le parti à la flamme n’a pas encore troqué ses précédents locaux contre une aile plus spacieuse du Palais-Bourbon. La décision sera prise lorsqu’un nouveau Bureau, l’autorité chargée de l’organisation interne, sera désigné en fin de semaine prochaine.
En attendant, Guillaume Florquin constitue son équipe : les députés ont le droit de recruter jusqu’à cinq personnes sur une enveloppe mensuelle d’environ 9 500 euros brut par mois. « Et puis je suis aussi à la recherche d’une permanence et d’un hébergement, détaille-t-il. En tant que député, j’ai droit à plusieurs formules : un appartement, un bureau-chambre au sein de l’Assemblée ou des nuits à l’hôtel en privilégiant ceux choisis par l’institution. »
Malgré leurs divergences, ces primo-députés sont animés d’une même ferveur
Le conseiller municipal de Saint-Amand-les-Eaux (Nord), 31 ans et déjà candidat en 2022, n’a pas eu le temps de fêter son exploit, pressé de se rendre à Hénin-Beaumont retrouver « Marine [Le Pen] et Sébastien [Chenu] », eux-mêmes reconduits dans leurs circos respectives. L’impétrant a dû attendre le matin suivant pour que les résultats consolidés certifient la donne. « On n’en revenait pas », confie cet ancien salarié d’un Ehpad, ex-collaborateur de Sébastien Chenu à la région des Hauts-de-France.
Le 2 juillet, le néophyte se rend brièvement à Paris pour sa rentrée anticipée avant de revenir sur le terrain soutenir ses camarades encore en campagne. Avec l’objectif d’obtenir une majorité absolue. En vain. Il désire à présent rejoindre la commission des Affaires sociales et plancher sur le financement « de la dépendance des personnes âgées » liée au papy-boom. Et, s’il ne dispose toujours pas d’une table de travail digne de ce nom, il a déjà en tête le totem qu’il veut y voir trôner : une plaque en acier avec la découpe de la tour abbatiale de Saint-Amand-les-Eaux, emblème local vieux de 400 ans.
Malgré leurs divergences, ces primo-députés sont animés d’une même ferveur : raviver l’exercice parlementaire et tordre le cou aux cassandres annonciatrices d’une Assemblée ingouvernable. Foi de débutant ou convictions profondes, ils ont un an pour faire leurs preuves. Le minimum constitutionnel garanti sans dissolution.
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