Dans les hauteurs de Suresnes, dans les Hauts-de-Seine, un étrange donjon néo-médiéval de 25 mètres domine Paris depuis le début du XXᵉ siècle. Derrière ses mâchicoulis et ses meurtrières se cache une histoire savoureuse d’anticléricalisme assumé.
En se promenant rue des Raguidelles, dans les hauteurs de Suresnes (92), on finit toujours par lever les yeux vers cette silhouette improbable qui tranche avec le reste du quartier. Ce donjon de 25 mètres à l’allure franchement médiévale a en réalité été construit en 1924 seulement. Il compte sept étages et se dresse sur l’un des points culminants de toute la ville. Une curiosité architecturale que les Suresnois connaissent bien, mais qui reste ignorée du reste de l’Île-de-France.
Pourquoi un donjon médiéval en banlieue parisienne ?
À cet emplacement devait initialement être édifiée une basilique, présentée comme la « petite sœur » du Sacré-Cœur de Montmartre à Paris. La logique géographique était limpide : Montmartre marque le point culminant à l’est de Paris, tandis que la colline de Suresnes occupe la même position à l’ouest. Deux basiliques en miroir, encadrant la capitale comme deux sentinelles divines. Un projet ambitieux, peut-être même un peu trop.
Selon la tradition locale, l’initiateur du donjon, Arthur Delaunay, était un anticlérical convaincu. Il souhaitait ériger un édifice de hauteur supérieure à celle de l’église monumentale initialement prévue sur le terrain mitoyen. Une version plus factuelle suggère qu’en tant qu’entrepreneur ayant été chargé du projet avorté de l’église, il aurait simplement réutilisé à son profit les matériaux déjà acheminés sur place, y compris des débris de l’ancienne enceinte de Thiers parisienne. La vérité est sans doute quelque part entre les deux, ce qui ne fait qu’alimenter la légende.
Que reste-t-il du projet de basilique ?
La chapelle Notre-Dame-de-la-Salette, juste à côté du donjon, n’est en réalité que le soubassement, la crypte, de la basilique jamais achevée. On imagine aisément la taille qu’aurait pu avoir cette construction si le projet avait abouti. La vue entre les deux bâtisses devait d’ailleurs revêtir une grande importance religieuse, puisque la tour a interrompu le projet en bloquant la ligne de vue vers Montmartre. Résultat : seulement la crypte fut construite, inaugurée en 1924, et c’est cette modeste chapelle que l’on voit aujourd’hui, coincée entre le donjon et les immeubles ordinaires de la rue.
Une tour habitée, avec vue sur la tour Eiffel
Construit en pierre de meulière, ce donjon carré reprend tous les codes de l’architecture médiévale : fenêtres étroites semblables à des meurtrières, mâchicoulis bordant le dernier étage. L’effet est saisissant, même de loin. Delaunay avait quatre fils et imaginait loger sa famille dans les cinq logements de la tour. Ses fils préférèrent habiter ailleurs, et les appartements furent vendus. Aujourd’hui encore, il est possible de passer la nuit dans le donjon, certains appartements étant proposés en location avec une vue imprenable sur Paris et la tour Eiffel.
Une balade perchée sur les hauteurs de Suresnes
Une fois le donjon repéré, difficile de ne pas prolonger la promenade. La rue des Raguidelles, légèrement en surplomb, offre un panorama sur le bois de Boulogne et jusqu’à Paris, et c’est le point de départ idéal d’une belle journée sur les hauteurs de Suresnes. Culminant à près de 162 mètres, le Mont-Valérien constitue un véritable belvédère naturel dominant toute la région. La promenade Jacques Baumel, aménagée à mi-pente, invite à faire le tour de la butte en une heure environ. Deux chemins s’offrent à vous : un chemin haut avec un panorama dégagé et un parcours sportif, et un chemin bas qui longe les taillis pour une vraie coupure avec la ville.
Au sud de la promenade se trouve le Mont-Valérien, haut lieu de la mémoire nationale, dédié à tous les morts de la guerre 39-45. La vaste esplanade surmontée d’une croix de Lorraine marque l’entrée de la crypte où reposent 16 combattants. Un parcours poignant permet de suivre le chemin parcouru par les quelque 1 000 patriotes qui y furent exécutés par les nazis. L’entrée est gratuite, les visites guidées se font sur réservation avec des horaires variables selon les saisons. À quelques pas de là, le cimetière américain de Suresnes accueille les sépultures de près de 1 600 soldats américains tombés pour la France. Seul cimetière d’Europe à associer les deux guerres mondiales, il offre un point de vue unique sur Paris et son entrée est également gratuite. En contrebas, la terrasse du Fecheray complète ce tableau avec un panorama exceptionnel sur la capitale, où la tour Eiffel, Montmartre et le Panthéon se dessinent à l’horizon.
Où déjeuner sur les hauteurs de Suresnes ?
Pour une pause gourmande après la balade, deux adresses nichées dans les hauteurs de Suresnes méritent le détour : Au Père Lapin, une table conviviale et historique aux airs de guinguette perchée, et le Bistro Là-Haut, pour un repas avec vue dans une atmosphère détendue.
Pour organiser votre visite, l’office de tourisme de Suresnes est joignable au 01 42 04 41 47 et propose des informations sur les balades et les sites à découvrir dans la ville. Pour s’y rendre, la gare de Suresnes-Mont-Valérien (ligne L du Transilien) ou la gare de Suresnes-Longchamp (tramway T2) sont les points d’accès les plus pratiques, tout comme les bus 160, 241, 360 et 563.
Ce bon plan s’adresse aux amateurs de curiosités insolites en Île-de-France, aux passionnés d’histoire et à tous ceux qui aiment dénicher dans la banlieue parisienne des trésors que même les Parisiens ne soupçonnent pas. On y va en famille, entre amis curieux ou en solo pour une journée bien remplie, loin de l’agitation du centre.
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