
Il y eut les échevins, les consuls, les syndics et il y a « Monsieur le maire », éminent personnage des communes. Il représente ses administrés auprès du pouvoir, du préfet, du gouvernement, de l’État et il représente le pouvoir au plus près des gens. Nommé ou élu, selon les régimes, le maire dans sa commune est un relais de pouvoir.
Au village, dites « Monsieur le maire » !
La Révolution française uniformise le territoire français par la création des communes. À la tête de la municipalité, le maire est à la fois un agent de l’État et le représentant local de sa commune. « Au début du 19ᵉ siècle, la population rurale est encore très éloignée des grands centres politiques et décisionnaires. Le maire incarne localement la représentation du pouvoir », rappelle l’historienne Corinne Marache, autrice de Les Petites Villes et le monde agricole. France, XIXᵉ siècle (Presses universitaires de Rennes, 2021).
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Pendant la majeure partie du 19ᵉ siècle, les maires sont nommés par un préfet ou un sous-préfet dans le cas des petites communes. « Le maire est nommé parce qu’il est un agent de l’État. Il est considéré comme fonctionnaire, mais il n’a pas de rétribution. C’est pourquoi il est aussi choisi pour son aisance – il doit pouvoir subvenir aux besoins de sa famille. […] Il doit être dans une situation économique, sociale et morale en capacité de représenter l’État et ne pas nuire à son image », explique l’historienne Gaëlle Charcosset, chercheuse au Laboratoire d’études rurales. Le maire est le plus souvent un grand notable, qui bénéficie d’une assise sociale et territoriale importante. Qu’il soit propriétaire foncier, notaire, médecin, industriel ou commerçant, le maire possède un vaste réseau et compte parmi les lettrés de son village. « Le notable est une personne qui, par sa surface sociale, maîtrise un territoire. Il s’impose à la population et l’administration prend conscience que si ce n’est pas cette personne qui exerce les fonctions, le dépositaire de l’autorité pourrait rencontrer l’opposition [de cette population] », souligne Gaëlle Charcosset.Au fil des régimes successifs, certaines communes voient naître des dynasties de maires. Le monde des maires est avant tout un milieu masculin, puisque les femmes sont exclues de la vie politique – les femmes deviennent électrices et éligible le 21 avril 1944. Vêtu d’un habit bourgeois, le maire du village est reconnaissable à son écharpe blanche ou tricolore qu’il porte durant les festivités. Il réunit le conseil municipal le plus souvent dans une maison louée ou directement chez lui. La plupart des communes n’ont en effet pas de mairie pendant une large partie du siècle.
Développer la commune, aider le village
Tout au long du 19ᵉ siècle, les maires de France participent à l’essor des communes. Leur rôle dépasse souvent le cadre de leurs fonctions officielles. C’est au maire que revient la charge d’entretenir les chemins vicinaux, de gérer la maison d’école, l’église et de s’assurer que la commune soit bien dotée d’un bureau de poste. L’objectif du maire est bien souvent de réussir « l’intégration nationale » de sa commune dans une France mosaïque, où le sentiment national n’est pas partagé uniformément. Certains maires de village jouent également un rôle sanitaire et hygiéniste à travers leur lutte pour éradiquer les fièvres ou leur volonté d’assèchement des marécages. Dans son roman Le Médecin de campagne, paru en 1833, Honoré de Balzac donne la voix à un maire et médecin qui affirme avoir transformé sa commune en l’espace de quinze ans. Certains maires n’habitent pas dans leurs terres et sont en double résidence, loin des tracas des villageois et villageoises. C’est alors leur régisseur qui fait office d’adjoint.La figure du maire, emblème de la notabilité, suscite tantôt l’admiration, la crainte ou le mépris de la part des classes populaires. Corinne Marache raconte que « certains maires n’hésitent pas, lorsqu’il le faut, à laisser de côté [leur aspect] lettré pour se rapprocher de ‘leurs’ paysans. […], à employer les langues vernaculaires pour bien se faire comprendre et, le cas échéant, à manier la charrue ou à essayer d’adopter des gestes qui peuvent les aider à se rapprocher de leurs concitoyens. »
Un symbole républicain à la fin du siècle
Sous la Troisième République, la loi de 1884 renforce la position du maire qui est désormais élu par l’équipe du conseil municipal. Le maire devient une incarnation symbolique des idées républicaines. Pour répondre aux lois Ferry, la construction d’écoles dans les villages se multiplie. Sur les façades et à l’intérieur des mairies, les devises républicaines et les bustes de Marianne permettent de rendre visible la République au village. Les fêtes républicaines, fanfares municipales et banquets rythment également la vie quotidienne de la commune qui prend l’apparence d’une République locale. Le maire est bel et bien une figure qui se construit tout au long du 19e siècle, à la charnière de la petite et grande patrie.
Pour en savoir plus
Gaëlle Charcosset est historienne, chercheuse au Laboratoire d’études rurales. Elle est l’autrice d’une thèse intitulée « Le politique au village. Histoire sociale de l’institution municipale, 1800-1940. arrondissement de Villefranche (Rhône) », sous la direction de Jean-Luc Mayaud à l’Université Lumière Lyon 2.Corinne Marache est historienne, professeur d’histoire contemporaine à l’université Bordeaux Montaigne.Ses publications :
- La Nature en révolution. Une histoire environnementale de la France, 1780-1870, co-écrit avec Jean-Baptiste Fressoz, François Jarrige, Thomas Le Roux, Julien Vincent, La Découverte, 2025Les Petites Villes et le monde agricole. France, XIXᵉ siècle, Presses universitaires de Rennes, 2021Les Élites et la Terre. Du XVIᵉ siècle aux années 1930, co-dirigé avec Caroline Le Mao, Armand Colin, 2010
Références sonores
- Lecture par Patrice Galbeau d’un extrait du Rouge et le Noir de Stendhal, paru en 1830, sur France Inter, 19 décembre 1983Lecture par Raphaël Laloum d’un extrait du Médecin de campagne d’Honoré de Balzac, chapitre premier, 1833Lecture par Chloé Rouillon et Raphaël Laloum d’un extrait du Journal de Villefranche du 1ᵉʳ novembre 1846Extrait du film Don Camillo de Julien Duvivier avec Fernandel, 1952Extrait de La Commune de 1871, documentaire réalisé par Cécile Clairval-Milhaud et Olivier Ricard, 1971Musique :
- « La fanfare municipale », chanson interprétée par Raoul De Godewarsvelde, 1968Générique : « Gendèr » par Makoto San, 2020

