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« L’eau n’est pas une marchandise mais une ressource naturelle importante », martèle François Morton, maire (DVG) de Guyancourt (Yvelines), évoquant ce besoin vital qui « doit rester abordable ».
Abordable… pas pour tous. Parmi les plus gros consommateurs de la ville de Guyancourt, les logements sociaux. 17 640 m3 par an sont consommés dans une résidence CDC Habitat, 10 735 m3 au sein de 1 001 vies habitat ou encore 7 756 m3 par an dans une résidence Versailles Habitat.
« Certains logements sociaux n’ont qu’un seul compteur à l’entrée de l’immeuble. Ils payent le m3 au prix le plus élevé proposé. C’est scandaleux ! », s’exaspère le maire de Guyancourt.
Pour les personnes seules ou aux faibles revenus
L’édile souhaite instaurer une tarification sociale de l’eau pour que les premiers m3 correspondant aux besoins vitaux soient les plus faibles possibles pour les personnes seules ou aux revenus modestes.
« Nous avons évalué cette volumétrie à environ 15 ou 20 m3 par an. C’est une mesure de solidarité qui pourrait être financée par les principaux consommateurs. »
« Les tarifications des syndicats sont devenues progressives. De 0 à 120 m3, les gens payent le même prix. Sur cette tranche-là, il serait possible d’effectuer la tarification sociale voulue pour les petits revenus et consommateurs seuls », poursuit Christian Grande, conseiller municipal en charge du dossier de l’eau.
Les logements sociaux
Ces élus souhaitent que chaque appartement possède son compteur. Pour appuyer sa volonté, le maire évoque le cas des Hauts-de-Seine (dép. 92). « Comme elle a fait avec le Sedif (Syndicat des eaux d’Île-de-France), nous le demandons au syndicat Hydreaulys. Ce qui est possible ailleurs ne le serait pas à Guyancourt ? », s’interroge le maire.
« Une opacité » qui interpelle
Décidément, l’eau est source de défi. Elle est gérée en délégation de service public (DSP), choix de Saint-Quentin-en-Yvelines, et assurée par des groupes privés. Le syndicat Aquavesc s’occupe de la distribution de l’eau et Hydreaulys gère l’assainissement. Ils délèguent le travail à des prestataires privés : l’un pour la distribution à la Seop. Le contrat est en cours depuis janvier 2015 pour une durée de 12 ans. Pour l’assainissement, c’est la Sevesc, avec un contrat passé en mars 2014 pour une durée de 15 ans. Ces deux prestataires sont des filiales du groupe Suez. « Ces contrats représentent des millions d’euros. Suez se rémunère avec la prestation mais il faut ajouter des frais annexes, des frais de siège par exemple. Suez a une multitude de filiales. Les prix de transfert sont onéreux. Les administrés subissent cette opacité, qui nous interpelle », souligne Christian Grande.
Le maire de Guyancourt, ses homologues de gauche de Magny-les-Hameaux, Coignières et Trappes mais aussi le collectif eau de Saint-Quentin-en-Yvelines sont vent debout pour passer d’une délégation de service public à une régie publique de l’eau.
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« Les consommateurs payent l’eau perdue »
La ville de Guyancourt revendique les avantages d’une gestion publique de l’eau, notamment un coût moindre. « On estime pour les ménages une diminution d’environ 25 % d’économies sur les factures d’eau », poursuit l’édile.
Ces économies permettraient davantage d’investissements pour entretenir les réseaux. En 2023, rien n’a été remplacé sur la ville.
« À Guyancourt, il y a un manque d’entretien des réseaux de distribution d’eau. On le constate : il y a des canalisations qui cassent. Il faut donc les réparer, casser la voirie, puis la refaire. Nous constatons des fuites à répétition. Entre 2019 et 2020, ces fuites représentaient 20 % de plus et ce sont les consommateurs qui payent cette eau perdue. »
« Pour les canalisations de distribution d’eau, il faudrait à peu près 120 ans pour renouveler le réseau de Guyancourt. Pour l’assainissement, il faudrait 300 ans. Ces chiffres vont au-delà de la propre durée de vie d’une canalisation qui est de 80 ans. Les canalisations de Saint-Quentin-en-Yvelines ont environ 50 ans. Elles vont donc se dégrader et nous avons un mur de dépenses devant nous qui n’est pas anticipé », redoute Christian Grande.
Seule commune à voter contre la délégation de service public
Suite à plusieurs mobilisations et vœux émis en conseil municipal, les militants ont obtenu la mise en place d’un groupe de travail au sein du syndicat Hydreaulys. Il n’a pas donné les fruits escomptés. « Le 30 janvier dernier, le syndicat est resté sur son choix : la délégation de service public. Nous étions la seule commune à voter contre », se remémore Christian Grande qui a pu participer au groupe de travail.
Toutefois, les appels d’offres vont être lancés en 2025.
« Nous espérons pouvoir participer à la rédaction du cahier des charges. »
« On espère faire prendre conscience à nos collègues maires l’intérêt commun. On ne va pas lâcher », prévient François Morton.
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