, Vincent Jeanbrun : « Éric Ciotti a signé les accords de Munich

Vincent Jeanbrun : « Éric Ciotti a signé les accords de Munich

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Il retourne au combat. Défait aux législatives en 2017 et en 2022, le maire de L’Haÿ-les-Roses, Vincent Jeanbrun, est de nouveau candidat dans la 7e circonscription du Val-de-Marne. Prêt à affronter l’Insoumise Rachel Keke, députée sortante, sur ce territoire qui a placé le parti de Jean-Luc Mélenchon en tête aux européennes, talonné par le Rassemblement national.

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Ce ne sera pas chose aisée. L’ex-porte-parole des Républicains, dépeint par Valérie Pécresse en « maire courage », belle gueule révélée aux Français lors des émeutes de l’été dernier après l’attaque de son pavillon par une voiture-bélier enflammée, croit en ses chances. Son slogan : « Ensemble pour la République ! » Une référence à la banderole déployée lors du grand rassemblement de l’Association des maires de France, le 3 juillet 2023, après les émeutes et l’attaque de son domicile. La coalition présidentielle s’est d’ailleurs affublée du même nom.

« Macron m’a repris l’idée ! » ironise-t-il, ce samedi 15 juin. Parc de la Roseraie, à l’occasion de la fête communale, le maire déambule, veste bleue et baskets blanches, au milieu des habitants et de leurs enfants qui profitent du château gonflable, des stands de tir à l’arc et de maquillage. La sono crache la chanson « Happy », de Pharrell Williams, se mêle aux cris des gosses qui foulent l’herbe coupée. Ici, dans sa ville qu’il a arrachée à la gauche en 2014, Vincent Jeanbrun est en terrain conquis.

« Il est attentif et combatif, malgré ce qu’il a vécu, loue Kadra, une habitante. Il est au-delà de la gauche et de la droite. »« J’aimerais le garder comme maire ! dit Samia. Il a fait beaucoup pour la ville et la sécurité. Ça va être son problème pour les législatives ! Certains vont hésiter à voter pour lui ! » Interdiction du cumul des mandats oblige, il serait en effet obligé de quitter son fauteuil de maire en cas de victoire.

Serrages de mains, bises et selfies

Mais, dans cette campagne, il joue la carte de l’élu local. Serrages de mains, bises, selfies et discussions sur les problèmes de liseron, la sécurité, la situation politique six jours après la dissolution de l’Assemblée par Emmanuel Macron et l’explosion de LR, son parti. « Alors, vous allez bien, monsieur le maire ? » lui demande-t-on. « Mieux que le pays », répond-il, las.

« Je suis cet enfant des HLM à qui la République a tout donné »Vincent Jeanbrun

Vincent Jeanbrun a acté la rupture avec Éric Ciotti, favorable à une alliance avec le Rassemblement national. Un comble pour ce gaulliste attaché à la digue séparant la droite républicaine de l’extrême droite. À ce titre, le tweet de LR aux accents xénophobes sur l’expulsion des Algériens dix jours avant les européennes l’a choqué, voyant là « la prémisse de la dérive ». « Éric Ciotti a signé les accords de Munich ! » griffe-t-il, inquiet de la montée des extrêmes, qu’il renvoie dos-à-dos. Face à ses ennemis, « l’extrême droite qui trie les citoyens en fonction de leur sang français et l’extrême gauche qui essentialise », Vincent Jeanbrun souhaite incarner « le camp de la République ».

« Je suis cet enfant des HLM à qui la République a tout donné », narre-t-il, déroulant le storytelling politique d’une enfance passée en bas des tours, jogging-baskets, au milieu des épaves traînant sur le parking. Un temps où les promesses d’élévation sociale avaient encore un sens avant de s’évanouir au profit du « à quoi bon ? » ; un temps où, dit-il en filant la métaphore, « l’ascenseur social ne fonctionnait pas trop, mais on pouvait encore prendre les escaliers ».

Rachel Keke a encouragé les émeutes. Elle n’est pas dans l’universalisme républicainVincent Jeanbrun

La boussole de ce fils d’une mère au foyer et d’un père chauffeur-livreur, c’est « la République, la liberté, l’égalité, la fraternité et la laïcité ». « La laïcité, c’est un point de divergence avec l’extrême gauche, ajoute-t-il. Dans notre circonscription, Rachel Keke joue beaucoup avec le communautarisme. Au départ, elle avait séduit avec sa belle histoire, celle d’une femme de ménage qui s’élève au rang de députée. Elle a été ensuite dans l’agressivité permanente, elle a encouragé les émeutes. Elle n’est pas dans l’universalisme républicain. » Le camp présidentiel n’ayant pas mis de candidat face à lui et l’assurant de leur soutien dès le premier tour, il espère rassembler largement. « Renaissance n’a pas refait les erreurs de 2022. Ils ont considéré que face à la menace de l’extrême gauche et de Rachel Keke, seul Vincent Jeanbrun pouvait gagner », confie un membre de son cabinet.

Défense du cadre de vie

Nulle mention de LR sur son affiche ou ses communiqués. L’étiquette LR, un boulet pour cette campagne ? « Je ne vais pas demander de voter LR dans ma circonscription, assume-t-il. Face à LFI et au RN, ce serait un vrai plus que toutes les forces puissent converger. Mais ma logique n’est pas le “en même temps”. » Vincent Jeanbrun juge sévèrement ce mantra macronien, qui a abouti, selon lui, à la dévitalisation des partis de gouvernement et à la montée des extrêmes, placés comme les seules forces d’alternance. Et déplore la faiblesse du pouvoir sur le régalien, quand, après les émeutes, le garde des Sceaux, Éric Dupond-Moretti, décide de distribuer des flyers pour rappeler les parents à leurs devoirs. « Une mesure forte », se vantait-il à l’époque. Comme un décalage béant.

« Je faisais partie de ceux qui n’étaient pas forcément défavorables à l’idée de travailler avec Renaissance, nuance-t-il autour d’un café crème. Je suis de droite et, dans ma ville, je rassemble des gens du MoDem et des anciens socialistes. Le rassemblement ne peut pas se faire autour de quelques débauchages, mais sur des valeurs. C’est une coalition de projet pour laquelle on doit se mettre autour de la table. » Comme un écho à la « fédération de projets » qu’Emmanuel Macron appelle de ses vœux.

L’édile veut prendre sa part dans la reconstruction d’une droite de gouvernement, au-delà de LR, mué en astre mort, percuté par la recomposition politique. Il dessine quelques priorités – l’ordre républicain, l’égalité des chances, le travail et la santé –, essaie de donner vie à un corpus idéologique, à une méthode. « Nous devons nous adresser à ces mères isolées qui ont du mal à joindre les deux bouts, qui veulent plus de justice sociale et qui peuvent voter pour l’extrême gauche. Et parler à ceux qui se sentent en insécurité et qui votent pour l’extrême droite », expose-t-il.

Mais comment retisser un lien de confiance quand la droite a tellement déçu à l’Élysée, entre suppression de 10 000 postes de policiers et enterrement du « non » au référendum de 2005 sur la Constitution européenne ? Faire en sorte que la parole en politique ne soit plus une langue morte, au-delà de sa rhétorique sur le « bon sens paysan », l’image d’une France couleur sépia et ses lamentations sur ces « jeunes qui regardent des débilités sur Internet » ? Quid de l’écologie, thématique qui semble délaissée par la droite ? « Il faut dépasser le stade du constat. On doit porter un discours sur la défense du cadre de vie, la lutte contre la pollution de l’air », reconnaît Vincent Jeanbrun.

Fin juin, un an après la fièvre de l’été 2023, il devait mettre dans le débat public une série de propositions sur les quartiers et la République. Les législatives anticipées ont bousculé les plans. Un travail qui l’a conduit à sillonner la France, à la rencontre d’élus de toutes étiquettes. Il en a tiré quelques propositions : facilitation des expulsions des logements sociaux pour les familles qui posent problème, plus de formation pour les enseignants, accents mis sur les fondamentaux à l’école… Son leitmotiv : la lutte contre « l’assignation à résidence ». Du Macron dans le texte, version 2017.



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