, « Un choix politique » : pourquoi ces villes des Hauts-de-Seine coupent les caméras lors des conseils municipaux

« Un choix politique » : pourquoi ces villes des Hauts-de-Seine coupent les caméras lors des conseils municipaux

, « Un choix politique » : pourquoi ces villes des Hauts-de-Seine coupent les caméras lors des conseils municipaux

Faut-il filmer les conseils municipaux pour garantir la démocratie locale, ou ce dispositif alimente-t-il des tensions inutiles ? Dans les Hauts-de-Seine, la question divise. Près de la moitié des communes du département ont choisi de diffuser en direct leurs séances sur Facebook, YouTube ou sur leur site internet, à l’image d’Asnières-sur-Seine, où le maire Manuel Aeschlimann (LR) a instauré cette pratique dès 2008. « Nous retransmettons nos conseils municipaux en direct sur internet dans un souci de transparence démocratique des activités de la ville », soutient-il auprès d’actu Paris. Récemment, le sujet est revenu sur la table après la déroute du dernier conseil municipal de Boulogne-Billancourt, vendredi 14 mars 2025, où des journalistes ont été chahutés et empêchés de filmer. La municipalité avait abandonné la retransmission vidéo en 2008.

Trop coûteux, perturbateur pour le bon déroulement des débats, voire instrument de polémiques : autant de raisons invoquées par certaines municipalités pour justifier l’abandon de cette pratique, au grand dam de leur opposition.

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« Cela permettait de garder une trace »

L’argument financier est souvent avancé par les communes qui refusent de retransmettre leurs conseils municipaux en direct. En moyenne, ce dispositif coûterait entre 1 500 et 3 000 euros. Une goutte d’eau dans l’océan au regard des budgets municipaux, et une fausse excuse pour certains. À Fontenay-aux-Roses, la mairie dirigée par Laurent Vastel (UDI) a mis fin à la retransmission en cours de mandat, officiellement « pour faire des économies ». Une décision qui cache, selon Pauline Le Fur (PS), conseillère municipale d’opposition, un choix politique. « On pense qu’il a décidé d’arrêter les vidéos pour protéger son image, explique-t-elle, il s’énerve beaucoup et plusieurs de ses sorties sont limite ».

Faute de retransmission officielle, l’élue socialiste a pris le relais avec des capsules vidéo où elle résume et vulgarise les débats municipaux. « C’est un moyen d’inclure les habitants dans la vie politique locale », assure-t-elle. Depuis 2022, date à laquelle Laurent Vastel a fait le choix d’arrêter la retransmission en direct, la mesure n’a pas été remise à l’ordre du jour. « On n’en parle même plus, regrette Pauline Le Fur, c’est dommage, car cela permettait de garder une trace en plus des procès-verbaux ». Une pétition avait également été lancée préserver cette mesure.

Un outil pas toujours « valorisant » pour la majorité

Si tout citoyen peut assister aux conseils municipaux et filmer la séance, sa retransmission officielle et en direct relève donc d’une décision politique et doit être votée par les élus. À la discrétion des mairies, elle est perçue tantôt comme un outil de transparence, tantôt comme une source de tensions. Pour les communes qui ont choisi de « travailler sans filet », le direct peut être un exercice périlleux. « C’est un peu se mettre en danger », reconnaît Manuel Aeschlimann, qui avoue que « ce n’est pas toujours valorisant pour l’action de la majorité lorsque celle-ci est attaquée ou face à une polémique ».

Dernièrement, Colombes en a fait l’expérience : lors d’une séance diffusée en direct, plusieurs membres de la majorité ont quitté le conseil en pleine réunion. Un couac qui fait partie du jeu selon l’entourage du maire, Patrick Chaimovitch (EELV). « Du côté des élus, ça engendre parfois une certaine pression, mais qui est tout à fait assumée par leur mandature », nous confie un proche de l’édile écologiste. La ville doit aussi composer avec des problèmes techniques récurrents, notamment des dysfonctionnements de micros. Un détail aux yeux de la municipalité : « La démocratie n’est pas parfaite, son organisation non plus », relativise-t-elle.

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Un gage de transparence démocratique ?

Au-delà des considérations financières et techniques, la retransmission des conseils municipaux reste avant tout une question politique pour les 36 communes des Hauts-de-Seine. À Boulogne-Billancourt, où la mesure a été abandonnée il y a 17 ans, l’élue d’opposition Pauline Rapilly-Ferniot (EELV) plaide toujours pour son retour. Si l’argument financier a également été avancé par la commune aux mains de Pierre-Christophe Baguet (LR) – en retrait de ses fonctions et soutenu par de nombreux élus franciliens depuis le dernier conseil municipal – celui-ci craignait aussi « une mise en scène des débats ».

Une peur amplifiée par l’essor des réseaux sociaux, où les extraits de débats houleux peuvent être largement diffusés et commentés. « Le maire s’emporte souvent lors des conseils municipaux et il ne veut pas que ça se voit », glisse-t-elle.

Lors de la dernière séance, particulièrement mouvementée, Pauline Rapilly-Ferniot s’est retrouvée au cœur des tensions, accusée d’avoir attisé le désordre. Mais elle se défend : « Si ça avait été filmé, à aucun moment la version du maire n’aurait pu tenir ». Plus qu’un simple outil démocratique, la retransmission est perçue par de nombreuses communes comme un gage de transparence, mais aussi de protection pour l’ensemble des élus.

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