, Écomusée de la cartoucherie : l’héritage d’un patrimoine industriel et social dans le Val-d’Oise

Écomusée de la cartoucherie : l’héritage d’un patrimoine industriel et social dans le Val-d’Oise

, Écomusée de la cartoucherie : l’héritage d’un patrimoine industriel et social dans le Val-d’Oise

L’usine est toujours en activité et les visiteurs peuvent découvrir son histoire et son héritage quelques rues plus loin, à Survilliers (Val-d’Oise).

L’ancien musée-conservatoire de la Cartoucherie, inauguré en 2007, expose des machines, des munitions et des photos, témoignant d’un patrimoine industriel et d’un savoir-faire pyrotechnique.

Patrimoine industriel et social

Depuis son transfert à l’agglomération Roissy Pays de France en 2024, l’écomusée a à cœur de raviver les mémoires de l’environnement social et urbain créé par la Cartoucherie Française dans l’Entre-deux-guerres.

Survilliers ne serait pas la même sans la Cartoucherie

En 1903, le chimiste Charles Gabel et le fabricant de cartouches Georges Leroy fondent la Cartoucherie Française. À son ouverture, elle compte 10 ouvriers, un directeur et un contremaître.

La commune s’est transformée dès l’implantation de l’industrie au début du XXe siècle. « Aujourd’hui, la ville de Survilliers ne serait pas la même sans la Cartoucherie Française », explique Camille, médiatrice culturelle au service patrimoine de l’agglomération Roissy Pays de France.

Aucune entreprise n’avait jamais vu le jour dans ce secteur, à l’époque, essentiellement rural.

Douilles et cartouches

Très vite, l’activité se développe. « La production phare reste les douilles et les cartouches. » L’entreprise est très rapidement reconnue par ses pairs pour la qualité de ses produits.

Les femmes y occupaient une place prépondérante. 70 % des ouvriers étaient… des ouvrières. Elles étaient recherchées pour des qualités attribuées – à l’époque – à leur genre : la patience, la prudence et la minutie.

La Première Guerre mondiale marque l’essor de la Cartoucherie Française. Avec 2 000 ouvriers, l’usine est le premier employeur de la région. Ses ateliers tournent 7 jours sur 7.

« La Cartoucherie a rayonné sur le Val-d’Oise », affirme Camille.

Pendant l’Entre-deux-guerres, la Cartoucherie Française connaît son âge d’or. Elle diversifie sa production dans le domaine militaire et civil et met en place des avantages sociaux pour ses 1 400 travailleurs.

Âge d’or social et urbain

Entre 1929 et 1950, elle construit 200 logements ouvriers répartis dans différents quartiers de la ville, encore observables pour les visiteurs.

Chaque bâtiment comptait environ quatre habitations avec eau, gaz, électricité et fosse septique pour les sanitaires sur le palier. Ils étaient tous composés d’une cuisine et d’un jardin attenant privé et clôturé.

Le nombre de chambres pouvait varier selon la composition des familles. Les cloisons n’étaient pas fixes et ont évolué au cours du temps.

L’effectif des salariés étant supérieur au nombre de logements, des critères d’attribution s’imposaient : l’ancienneté, le mérite et l’ordre hiérarchique.

Ces règles de sélection s’appliquaient aussi pour les pavillons des chefs de service ou contremaîtres. La différence : leur logement comportait une salle de bains, symbole d’un luxe nouveau pour l’époque.

Pour ceux qui n’obtenaient pas de logements ouvriers, l’industrie proposait gratuitement une parcelle d’un jardin public. Les ouvriers pouvaient y réaliser leurs plantations.

Le développement social et urbain ne s’est pas arrêté là. Les ouvriers et ouvrières venaient pour la quasi-totalité des communes environnantes de Seine-et-Oise.

De Marly-la-Ville à Creil, en passant par Louvres ou Saint-Witz, l’usine prévoyait une navette pour faciliter les allers-retours de ses employés entre la gare de Survilliers et l’usine.

Modèle paternaliste

Sur un modèle paternaliste, le principal objectif pour l’entreprise était de s’immiscer dans la vie de ses salariés sur tous les plans.

En 1929, l’usine ouvre un réfectoire, encore ouvert aujourd’hui pour les employés de l’usine. Il servait aussi de salle des fêtes pour célébrer les grands événements de l’année comme Noël mais aussi les bals, la fête des anciens, la Sainte-Barbe ou les pots de départ en retraite.

Survilliers a aussi hérité d’associations sportives créées pour les employés, tel que son club de gymnastique.

Des crèches ont été ouvertes pour les mamans ouvrières.

Pour s’assurer de l’efficacité professionnelle de ses salariés, un médecin rendait visite à tout le personnel. Un cabinet dentaire, une imprimerie ou encore une bibliothèque ont aussi vu le jour.

Déclin et changement de voie

Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’usine ne produit quasiment pas. La pénurie de matières premières interrompt le travail.

Dans la seconde moitié du XXe siècle, la production ralentit. Concurrencée par les pays de l’Est de l’Europe, la Cartoucherie Française se réorganise.

Les employés, qui ne sont plus que 700, sont progressivement remplacés par des machines plus productives.

Son économie se tourne vers le tir de loisir. La commune a d’ailleurs hérité d’un club de tir sportif, fondé à cette époque. Les adhérents participaient à des compétitions dont certains amateurs ont foulé la scène mondiale.

En 1978, la Cartoucherie est rachetée par la société Gévelot qui a le projet de mutualiser quatre entreprises françaises de cartoucheries.

Au bout de deux ans, contrainte au dépôt de bilan, la Cartoucherie Française perd définitivement son nom.

En 1989, l’industrie entame un revirement. Désormais dénommée NCS (Nouvelle Cartoucherie de Survilliers), elle abandonne la production de douilles et cartouches pour se spécialiser dans la fabrication de générateurs de gaz airbag.

Elle intègre le groupe suédois Autoliv et devient jusqu’à aujourd’hui une entreprise pionnière dans le secteur de la sécurité automobile.

L’écomusée est ouvert en accès libre et gratuit pendant les horaires d’ouverture du musée. Il propose des visites guidées selon la programmation pour des individuels ou sur rendez-vous pour les groupes. Pour intégrer davantage l’histoire sociale et urbaine de la Cartoucherie, un parcours extérieur est présenté. Tout au long de l’année, l’écomusée ouvre ses portes pour accueillir ses visiteurs lors d’événements particuliers.Programmes des ouvertures et réservations : 06 11 84 46 47 ou [email protected]. Informations complémentaires : roissypaysdefrance.fr.

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