, Yvelines : une association d’histoire locale témoigne pour les victimes de la Seconde Guerre mondiale

Yvelines : une association d’histoire locale témoigne pour les victimes de la Seconde Guerre mondiale

L’association Histoire et Mémoire du Perray-en-Yvelines vient de vivre une première d’ampleur. Son président, Patrick Béguin a témoigné devant la Commission d’indemnisation des victimes de spoliation antisémite (CIVS). Un organisme, créé en 1999, qui est placé sous l’autorité du Premier ministre.

Et pour cause, l’association a fourni un travail de fourmi au cours de deux expositions gratuites et ouvertes à tous, mais aussi d’un livre. Elle a raconté les histoires de René Bondon, résistant devenu maire, d’Ernest Bonamy à la tête de la mairie pendant l’Occupation ou encore de la famille Garfunkel dont le chef de famille était le médecin apprécié de nombreux sud-yvelinois. C’est pour cette famille, plus précisément ses descendants, que Patrick Béguin s’est présenté devant la commission vendredi 29 mai 2026 à Paris.

Irène, Mary et Bernard Garfunkel en octobre 1937.
Irène, Mary et Bernard Garfunkel en octobre 1937 au Perray-en-Yvelines. ©Archives

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Des démarches entreprises en 2023

« Le docteur Israël Garfunkel avait deux frères cadets : Oscar et Joseph qui ont émigré aux États-Unis en 1947-1948, juste après la Seconde Guerre mondiale », explique Patrick Béguin. Pendant le conflit, Oscar a survécu au ghetto en Lettonie, pays de naissance de la famille. Son autre frère, Joseph s’est exilé en Sibérie mais y a perdu sa femme et sa fille. De cette fratrie de sept enfants, ils ont été les seuls survivants. « Les cinq enfants dont Israël Garfunkel sont morts dans la Shoah », pointe Patrick Béguin.

Avant de décéder au Perray-en-Yvelines, « Israël Garfunkel a rédigé un testament, faisant de son frère Joseph son héritier. C’est la fille d’Oscar qui a saisi la commission. Elle n’avait rien à y gagner », pointe Patrick Béguin. Cette démarche s’inscrit dans une volonté de reconnaissance.

« J’avais été contacté par la commission lors de la première exposition dédiée à la vie au Perray sous l’Occupation, en 2024. La Commission souhaitait obtenir des éléments pour nourrir le dossier. J’avais pu fournir des photos de la famille que nous avait léguées Odette Pachot (voisine de l’époque que le Dr Garfunkel a fait naître, ndlr). Nous avions aussi le reçu du poste de radio que la famille s’était vue confisquée »

Patrick Béguin

Selon l’ordonnance du 13 août 1941, il était interdit aux familles juives de posséder un récepteur radio. Elles devaient le déposer auprès des autorités.

Après la deuxième exposition, présentée en avril 2025, et la parution du livre Le Perray 1940-1948 : de l’Occupation à la Libération, il a été demandé à Patrick Béguin de venir témoigner.

Les Garfunkel : 10 dates clés

→ 1923 : Israël Garfunkel quitte sa Lettonie natale pour faire ses études de médecine à Paris.

→ 1930 : naissance du premier enfant du couple, Bernard. Irène naît en mars 1936.

→ 1935 : Israël Garfunkel est diplômé en mars. Il s’installe au Perray-en-Yvelines.

→ 6 septembre 1939 Israël Garfunkel est mobilisé d’abord comme infirmier militaire à l’hôpital du Val de Grâce, à Paris. Il part ensuite à Châteauroux (Indre), affecté au 99e régiment d’infanterie. Il passe ensuite par L’Isle-Jourdain (Gers) puis Poitiers (Vienne).

→ 15 juillet au 31 octobre 1941 : la préfecture de Seine-et-Oise suspend l’autorisation d’exercer du docteur Garfunkel.

→ 15 mars 1942 : Israël, Mary et les enfants Irène et Bernard sont déchus de la nationalité française. Le médecin doit porter l’étoile jaune.

→ 28 septembre 1943 : aux alentours de 6 h du matin, toute la famille est arrêtée par la Gestapo.

→ 30 septembre 1943 : deux jours après l’arrestation, le maire du Perray, Ernest Bonamy, écrit à Pierre Laval, vice-président du conseil des ministres, et à l’ambassadeur français auprès des forces d’Occupation pour sauver la famille. En vain.

→ 7 octobre 1943 : la famille est contrainte de monter dans un train en direction d’Auschwitz au départ de Bobigny. Le trajet difficile dure plusieurs jours. Le 10 octobre 1943 Mary, Irène et Bernard sont conduits aux chambres à gaz. Israël Garfunkel est

→ 17 mai 1945 : Israël Garfunkel rentre en France. Il est très malade. Quelques mois plus tard, le rescapé met à ses jours le 29 décembre 1946.

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HMPY et les Garfunkel, un lien indéfectible

Dans son témoignage, Patrick Béguin est revenu sur l’histoire de la famille Garfunkel, de son installation au Perray-en-Yvelines jusqu’à leur arrestation par la Gestapo à l’aube du mardi 28 septembre 1943. Israël, son épouse Mary et leurs deux enfants Irène et Bernard sont conduits à la prison de Rambouillet avant d’être transféré au camp de transit à Drancy.

C’est en parallèle un autre fil rouge qui est présenté par Patrick Béguin, celui qui lie l’association HMPY et la famille juive. « Notre fondateur, le Dr Alphonse Marest est le médecin venu de l’hôpital de Rambouillet s’installer au Perray, le 2 février 1946 en remplacement du Dr Garfunkel trop affaibli pour reprendre sa pratique » a rappelé devant la commission Patrick Béguin.

Et de poursuivre : « Alphonse Marest est resté 39 années médecin du Perray, successeur à part entière d’Israël Garfunkel, très engagé dans la vie sportive locale comme dirigeant de l’Étoile Sportive du Perray. » Une association à laquelle Israël Garfunkel avait contribué à créer en 1937.

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Un autre témoignage

Les deux expositions avaient aussi permis à l’association d’entrer en contact avec André Convers qui a aussi apporté son témoignage devant la commission. « Ses parents partis en exode avaient rencontré le docteur Garfunkel à Poitiers où il était mobilisé en 1940 », précise Patrick Béguin. Le couple originaire de Versailles a gardé contact avec la famille du Perray-en-Yvelines.

De retour dans les Yvelines, le docteur Garfunkel et son épouse Mary avaient pris la décision de mettre leurs enfants, Irène et Bernard, à l’abri au sanatorium de Bullion, l’actuel hôpital de pédiatrie et de rééducation. « La mère d’André Convers assurait les déplacements d’Irène entre son école pour jeunes filles à Versailles et Bullion pendant l’Occupation. Il semble d’ailleurs qu’elle se soit occupé d’autres enfants », pointe Patrick Béguin.

Si André Convers est né après la Seconde Guerre mondiale, il a pu raconter des souvenirs. « Il se rappelle que ses parents, quand ils passaient au Perray, s’arrêtaient devant la plaque commémorative posée devant l’ancienne résidence de la famille Garfunkel », glisse le président de l’association Histoire et Mémoire du Perray-en-Yvelines.

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Les descendants des Garfunkel bientôt au Perray ?

Les témoignages apportés par Patrick Béguin et André Convers, les photos et les documents ont constitué des éléments de réflexion pour la commission.

« Ce que je sais aujourd’hui, c’est que la commission a choisi l’indemnisation telle qu’elle a été formulée entre 45 000 € et 78 000 €. C’est une proposition faite au Premier ministre »

Patrick Béguin

Seul le Premier ministre peut valider le versement de cette somme. Une somme que les trois cousins, descendants d’Israël Garfunkel se partageront.

Ces montants sont calculés sur l’estimation des biens détenus. « Le nombre de pièces de l’appartement du Perray, la Renault Celtaquatre de 1936, le récepteur TSF font partie des éléments pris en compte. Mais ce n’est en aucun cas une réparation morale », ajoute le Perrotin.

Si rien n’est pour le moment prévu, Patrick Béguin « aimerait que la famille descendante des Garfunkel vienne au Perray-en-Yvelines ».

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