, (Série) Ces maires qui ont marqué la Seine-et-Marne : Jean-Jacques Fournier, le bâtisseur de Sénart

(Série) Ces maires qui ont marqué la Seine-et-Marne : Jean-Jacques Fournier, le bâtisseur de Sénart

Son nom est inévitablement associé à la ville nouvelle de Sénart. Sa carrière politique aussi. Mais Jean-Jacques Fournier est avant tout le maire « historique » de Moissy-Cramayel. Né dans la commune en 1936, comme ses parents et ses grands-parents, il grandit dans une famille plutôt bourgeoise, son grand-père ayant créé une entreprise de drainage agricole, qu’il a légué à ses deux fils, dont le père de Jean-Jacques Fournier, qui était lui-même conseiller municipal de la petite commune qui dépassait alors à peine les 500 habitants.

Un tournant au service militaire

Après le décès de son père vient l’heure du service militaire. C’est là qu’il rencontre quelques futures grandes figures de la gauche française qui vont le convertir politiquement. À son retour, après avoir refusé de prendre le relais de son oncle à la tête de « Fournier drainage », les relations avec sa famille se rafraîchissent sérieusement et il est approché par le docteur Bernard, futur maire de la ville, pour intégrer sa liste aux municipales, et se retrouve propulsé premier adjoint en 1965.

Jean-Jacques Fournier avec Guy Geoffroy, lors de l'inauguration du parking relais de Combs-la-Ville-Quincy
Jean-Jacques Fournier avec Guy Geoffroy, lors de l’inauguration du parking relais de Combs-la-Ville-Quincy ©GPS

Mais l’histoire sociale est en route en France, et les événements de mai 1968 vont directement influencer sa carrière politique. Alors que les ouvriers moisséens sont en grève et peinent à se nourrir, faute d’argent, Jean-Jacques Fournier propose à la municipalité de se porter garant auprès des commerçants de la commune en cas d’impayés. Une proposition qui déplaît forcément au maire en place, et qui scelle la rupture entre les deux hommes.

Une rupture puis la mairie

Adhérent de la gauche, Jean-Jacques Fournier est alors sollicité par Paul Raban, figure communiste de la commune pour monter une liste et faire basculer Moissy-Cramayel, jusqu’alors traditionnellement à droite. Un pari payant puisqu’il est élu maire lors des élections de 1971. Le début d’une grande aventure à la tête de Moissy-Cramayel, mais pas seulement…

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Car en 1973 arrive le décret instituant l’agglomération de Melun-Sénart. « Il avait déjà constaté l’évolution de la ville et savait que l’urbanisation arrivait au galop, se souvient Line Magne, maire actuelle de Moissy, et ancienne directrice générale des services du syndicat d’agglomération nouvelle (San) de Sénart. La vente des terrains pour construire le quartier des grès, à Moissy, l’avait déjà choqué. D’une part, les communes concernées par cette ville nouvelle n’avaient pas trop le choix, mais c’est surtout une idée qui le séduisait plutôt. C’était une idée de gauche, avec une dimension humaniste, bien loger les gens, avec des services, des transports… C’est une vision planificatrice qui lui a plu. Il y a vu aussi une opportunité de jouer un rôle majeur ».

Jean-Jacques Fournier avec son épouse, Line Magne, qui lui a succédé à la mairie de Moissy-Cramayel
Jean-Jacques Fournier avec son épouse, Line Magne, qui lui a succédé à la mairie de Moissy-Cramayel ©RSM77

Lui qui n’a jamais postulé à autre chose qu’à la mairie de Moissy -hormis une tentative timide pour entrer au Conseil général de Seine-et-Marne – profite en effet du projet de ville nouvelle pour se rapprocher de figures nationales, comme Paul Delouvrier, Christian Blanc, des préfets… Et c’est projet de Grand Stade à Sénart qui va le projeter dans la lumière, en 1991. En prévision de la coupe du monde de football en France, la France cherche en effet à construire son Grand stade. Et c’est Sénart qui va être choisi, le 8 février 1991 par le Premier ministre d’alors, Michel Rocard, un proche de Jean-Jacques Fournier, une décision confirmée par Pierre Bérégovoy, successeur de Michel Rocard, en 1992.

Le Grand Stade, il l’a très mal vécu

Line Magne

Mais l’arrivée d’Édouard Balladur à Matignon vient briser le rêve sénartais en 1993, ce dernier donnant sa préférence à Saint-Denis pour y bâtir le futur stade. « Il l’a très mal vécu, confirme Line Magne. Entre son engagement pour Sénart et tout le travail autour de ce projet de Grand Stade, il s’est beaucoup donné et il en a souffert. La décision de M. Balladur a été rendue en décembre 1993, et Jean-Jacques a été opéré d’un triple pontage coronarien en janvier 1994. Il est resté près d’un mois dans le coma. Je ne pense pas que ce soit un hasard… »

Un livre pour tout savoir

En 2013, Roland Puig, ancien journaliste de La République de Seine-et-Marne, publiait « Sénart, naissance d’une ville. Entretiens avec Jean-Jacques Fournier », préfacé par Michel Rocard, à l’occasion des 40 ans de la ville nouvelle de Sénart. Jean-Jacques Fournier, maire de Moissy-Cramayel et président du Syndicat d’agglomération nouvelle, retrace au cours de ces entretiens l’histoire de ce projet singulier, né de la volonté du général de Gaulle et mis en oeuvre par Paul Delouvrier.

Mais l’homme est solide, et surtout déterminé. Remis sur pied, Jean-Jacques Fournier tiendra sa revanche avec le projet Francilia, précurseur du Carré Sénart. « Sénart était la plus jeune, la cinquième des villes nouvelles voulues par l’État. L’intercommunalité fonctionnait plutôt bien à Sénart, mais il constatait petit à petit le désengagement de l’État, sur le plan financier surtout, poursuit Line Magne. Il avait en tête de trouver un moteur pour l’agglomération. Il avait été déçu que Melun quitte la ville nouvelle, et il s’était mis en tête de créer un centre pour Sénart, le cœur de la ville nouvelle. C’est un projet qu’il a mené avec François Tirot, qui était directeur de l’urbanisme à l’EPA (Établissement public d’aménagement, N.D.L.R.) ». Un projet au long cours, qui aura mis 15 ans à voir le jour, mais qui est aujourd’hui l’un des emblèmes de la ville nouvelle de Sénart. « C’est un projet de plusieurs années qui a engagé une véritable centralité pour cette agglomération. C’est une ambition de qualité pour laquelle il a fallu batailler », reconnaissait-il avec fierté lors de sa dernière cérémonie de vœux en 2014.

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Pendant 30 ans à la tête de Sénart, Jean-Jacques Fournier aura été de tous les combats, avec un charisme évident, un caractère parfois difficile à apprivoiser. Mais trente ans qui l’auront aussi usé, physiquement. En 2014, à 78 ans, Jean-Jacques Fournier a dit stop. Stop à la mairie de Moissy et à Sénart. Décédé sept ans plus tard, il restera comme celui qui a « fait » Sénart.

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