Voir mon actu
Quasiment 200 ans après, la légende reste bien présente dans les mémoires locales à Maisse (Essonne). En juin 1827, Zarafa, la girafe offerte par Méhémet Ali, alors pacha et vice-roi d’Égypte, à Charles X, roi de France, aurait, au cours de son périple depuis le Soudan, fait étape dans la petite commune du Gâtinais de 2 800 habitants, en chemin vers sa destination, Paris.
À lire aussi
« Des indices concordants de son passage »
L’école élémentaire de la ville et un bar-restaurant, aujourd’hui fermé, rappellent par leur nom le passage dans la commune de la première girafe à être entrée en France.
« Il y a des indices concordants de son passage ainsi qu’une solide tradition orale, mais pas une certitude absolue », tempère néanmoins Thierry Citron, membre de l’association Maisse Histoire et Patrimoine.
D’après l’enquête de l’association retraçant le fil de cette histoire, le récit de l’arrivée de cette première girafe en France prend place en 1825, quand le gouverneur du Soudan, offre deux girafons femelles à Méhémet Ali.
À lire aussi
Un cadeau diplomatique atypique
Ce dernier décida de les offrir à son tour en guise de cadeau diplomatique : une ira au roi de France, l’autre au roi d’Angleterre. Rien que pour arriver à Alexandrie, les deux girafons ont voyagé 16 mois durant, parcourant 3 000 kilomètres.
Les deux animaux ayant été capturés non sevrés, leur alimentation est alors assurée par des chamelles ou des vaches. C’est dans la ville portuaire égyptienne que leur chemin se sépare. Ils ont alors un peu moins deux ans.
C’est le 30 septembre 1826 que le girafon destiné au roi de France a pris la mer à bord d’un bateau, accompagné de trois vaches pour son alimentation et de deux antilopes.

Arrivée à Marseille par bateau, elle suscite la curiosité
Le 23 octobre 1826, Zarafa et la ménagerie qui l’accompagne arrivent à Marseille après un peu plus de trois semaines de voyage, mais l’animal au long cou ne débarqua que 25 jours plus tard, le temps d’une quarantaine sanitaire et de préparer la remontée vers Paris.
C’est dans la cité phocéenne, où elle est régulièrement sortie des jardins de la préfecture en attendant les beaux jours, que le public se prend de passion pour cet animal inconnu, si bien que les gendarmes finissent par accompagner chacun de ses déplacements.
Pour mener avec l’animal au long cou, la traversée de la France jusqu’à la capitale, il est fait appel au naturaliste du Muséum national d’Histoire naturelle, Étienne Geoffroy Saint-Hilaire, originaire d’Étampes.
À lire aussi
Elle poursuivit son voyage jusqu’à Paris à pied et sous escorte
Arrivé à Marseille, le 4 mai 1827, il décide de privilégier la voie routière, à pied, pour la remontée plutôt que la voie maritime et établit un itinéraire de près de 900 kilomètres qui doit mener le convoi à Paris en 52 jours, repos compris.
Le départ a lieu le 20 mai 1827, le convoi est mené par les gendarmes suivis par les vaches qui devancent la girafe coiffée d’un chapeau et d’une robe imperméable aux couleurs de l’Égypte et de la France. Ses soigneurs égyptiens ne sont jamais loin d’elle. Étienne Geoffroy Saint-Hilaire, lui, ferme la marche à l’intérieur d’une voiture en raison de ses rhumatismes.
Partout sur son passage et au-delà, les enseignes des auberges, les relais de poste, des commerces, des places, des rues, des chemins, des ponts sont rebaptisés en son honneur.
Elle a été affublée du nom Zarafa qu’après son décès
Si aujourd’hui, elle est bien identifiée sous le nom de Zarafa, la première girafe arrivée en France n’a jamais été baptisée ainsi par ceux qui l’ont accompagné du pays massaï jusqu’à Paris. Zarafa signifie en arabe girafe.
Tout au long de sa remontée de la France, Geoffroy Saint-Hilaire, avait coutume de l’appeler le « bel animal du roi ».
Les curieux se rassemblent autour d’elle tout le long de son trajet
La « girafomania » qui s’est emparée du pays ne s’arrête pas là : des objets de toutes sortes sont créés à son effigie pour être ensuite vendus par milliers.
Jusqu’à son arrivée à Auxerre le 23 juin, le périple de Zarafa en France a été retracé par les historiens grâce aux divers documents conservés, attestant notamment de la foule qui se pressait pour voir cette bête extraordinaire hissée sur ses longues pattes.
Toutefois, le flou entoure le parcours du convoi de l’animal au pelage tacheté, entre son étape dans la ville bourguignonne et son apparition à Villeneuve-Saint-Georges six jours plus tard.
À lire aussi
Une bifurcation du convoi par l’Essonne pour éviter Fontainebleau
Étienne Geoffroy Saint-Hilaire avait initialement prévu de passer par Montereau et Fontainebleau, mais a-t-il respecté ses plans ou a-t-il choisi de changer d’itinéraire pour plus de tranquillité, sachant, de plus, qu’il était malade.
Pour l’association d’histoire locale, cette hypothèse d’un changement de parcours du convoi, renforce la probabilité que celui-ci ait remonté la vallée de l’Essonne, puis rencontré sa famille à Maisse, avant de retrouver les berges de Seine à Corbeil pour rallier Paris.
Il est natif d’Étampes où se trouvent son épouse et les siens. Quoi de plus logique pour lui que de bifurquer vers ceux qui lui sont chers et de se soustraire par la même occasion aux foules qui risquent de perturber la remontée finale de Zarafa sur la route où il était attendu.

La girafe aurait passé une nuit à l’auberge Saint-Éloi
La girafe se serait ainsi arrêtée à l’auberge Saint-Éloi, dans la Grande Rue, pour une halte d’une nuit.
« Il y avait dans cette auberge un anneau disposé assez haut pour accrocher l’attelage de la girafe. Malheureusement, il a été enlevé par des propriétaires ignorants l’héritage qu’ils avaient acquis », relate Thierry Citron.
L’auberge Saint-Éloi a été rebaptisée l’hôtel-restaurant la Girafe dès la fin du 19ᵉ siècle. Depuis, la légende du passage de Zarafa est entretenue de génération en génération.
À lire aussi
Un chemin de la girafe a existé à Ballancourt-sur-Essonne
« C’est loin d’être un souvenir oublié pour les habitants de notre ville, si bien que l’école a été renommée école de la girafe il y a 32 ans », sourit Thierry Citron.
Un autre indice qui indiquerait que le convoi de Zarafa, aurait bien continué à longer l’Essonne après la halte à Maisse, se situe à Ballancourt-sur-Essonne où il a longtemps existé un chemin de la girafe.
« Bien qu’elle soit devenue la rue Ampère, il est attesté que cette voie a bien été nommée chemin de la girafe », souligne le bénévole de Maisse Histoire et Patrimoine.

Une gravure représenterait son passage à La Ferté-Alais
Selon lui, il existe également une gravure représentant la girafe passant à La Ferté-Alais, détenue par la célèbre famille Carnot, dans le château de Presles, à Cerny.
« Un des membres de la famille que j’ai rencontré m’a attesté avoir vu cette gravure. Il est malheureusement décédé et ceux encore en vie ne savent pas où elle peut se trouver dans leurs collections », regrette Thierry Citron.
Sans preuve formelle, des doutes subsistent quant au passage de Zarafa à Maisse. Il se raconte ailleurs qu’elle serait bien passée par la Seine-et-Marne, faisant même étape à Chenoise.
Ce qui est certain, c’est bien l’arrivée cortège de la girafe et d’Étienne Geoffroy Saint-Hilaire au Jardin des Plantes à Paris, le 30 juin 1827, avec onze jours d’avance.
De nombreux Parisiens se pressent au Jardin des Plantes pour la voir
Le roi Charles X attendra le 9 juillet que la girafe soit conduite au château de Saint-Cloud pour enfin voir ce cadeau insolite venu de la brousse, dont il a suivi le périple jusqu’à la capitale.
Retournée dans la ménagerie du Jardin des Plantes, Zarafa suscite un engouement sans précédent. Les Parisiens s’y pressent pour l’apercevoir. Rien que sur la période estivale, plus de 600 000 tickets sont achetés aux guichets pour la voir.
L’autre girafon offert par le pacha au souverain britannique, George IV, ne connut pas le même destin, mourant seulement quelques jours après son arrivée à Londres.

La star du Muséum d’Histoire Naturelle de La Rochelle
Zarafa, elle, quitta le monde en janvier 1845 des suites d’une tuberculose bovine, quelques mois après la disparition de l’autre héros de cette épopée, Étienne Geoffroy Saint-Hilaire.
Naturalisée, elle a été transférée au Muséum d’histoire naturelle de La Rochelle en 1931 où elle est encore exposée aujourd’hui.
Malheureusement, comme l’explique le Muséum, cette espèce Giraffa camelopardalis « est de nos jours menacée d’extinction, avec moins de 2 000 individus présents dans un milieu naturel ».
Suivez toute l’actualité de vos villes et médias favoris en vous inscrivant à Mon Actu.
Pour conclure, DMJarchives.org incarne une avancée majeure dans la préservation de l’histoire locale en Île-de-France. Grâce à cette plateforme, chacun peut accéder à un vaste fonds d’archives numériques, allant des photographies aux documents écrits, en passant par les versions historiques de sites web locaux. L’engagement de DMJ Archives à protéger et à partager ces trésors culturels et patrimoniaux permet non seulement de redécouvrir le passé de chaque territoire, mais aussi d’enrichir notre compréhension collective de l’évolution de la région. En offrant un accès libre et organisé à des centaines de milliers d’archives, DMJ Archives se positionne comme un outil indispensable pour les chercheurs, les étudiants, et les passionnés d’histoire locale. Que vous soyez en quête de renseignements précis ou simplement curieux de découvrir l’évolution des villes de l’Île-de-France, DMJarchives.org est la ressource par excellence pour explorer cette mémoire collective numérique. En somme, DMJarchives.org ne se contente pas de sauvegarder le passé; il le fait revivre, contribuant ainsi à la transmission du patrimoine historique à toutes les générations. N’hésitez pas à visiter DMJarchives.org et à plonger dans les archives pour découvrir l’histoire fascinante de chaque territoire francilien.

