, « Un potentiel évident » : à Paris, ce quartier passé de symbole de la crise du crack à « nouveau Brooklyn »

« Un potentiel évident » : à Paris, ce quartier passé de symbole de la crise du crack à « nouveau Brooklyn »

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« C’est le Brooklyn de Paris ». À travers l’objectif de l’appareil de Vincent Migrenne, photographe et habitant du 18e arrondissement de Paris depuis une trentaine d’années, la vision du quartier de La Chapelle est infiniment positive. Attablé à un bistrot historique du nord de la capitale, il boit goulûment son verre et livre avec avidité ses bonnes adresses du coin. Cantine cachée, « meilleurs bagels de Paris » et piscine avec un toit rétractable, rien n’échappe à ce drôle de personnage, dont les clichés ont illustré le Guide des Grands Parisiens, sorti le 7 juin dernier.

En sous-texte, son message est bien plus profond qu’un condensé de bons plans : depuis dix ans, ce quartier longtemps associé aux crises migratoires et au crack, entame une renaissance spectaculaire. Après la période du Covid, celle-ci a même connu une accélération fulgurante. « Ça n’est plus un quartier laissé à l’abandon. C’est le vrai Paris populaire, pas celui des musées du 5e », assène-t-il.

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La Halle Pajol, cœur battant du quartier

Les braises sont pourtant encore fumantes. « No-go zone » interdite aux femmes, évacuations de campements, « plan crack », prostitution, insalubrité, le 72ᵉ quartier administratif de la capitale a régulièrement défrayé la chronique ces dernières années. 

Mais, à en croire ses habitants, un souffle nouveau est arrivé du sud et remonte progressivement jusqu’à la Porte de La Chapelle. La réhabilitation de la Halle Pajol a, en ce sens, été un jalon majeur du changement. « Il faut la voir un vendredi soir d’été. Il y a les plus grandes parties de foot du 18e, avec une mixité extraordinaire », vante Vincent Migrenne.

La Chapelle, Paris, juillet 2024.
La Chapelle, Paris, juillet 2024. (©AD / actu Paris)
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L’ancien entrepôt de la SNCF, désormais en bois et en acier, abrite notamment une auberge de jeunesse. « Cela a amené un public différent dans le quartier, se réjouit encore le photographe. J’ai vu, une fois, débarquer l’équipe de hand de Montélimar, c’est génial ! » 

Les « meilleurs bagels de Paris » dans un « lieu hors du temps »

Les loyers peu chers de la Halle rachetée par la Ville ont aussi attiré des gros poissons. C’est notamment à cette époque que Marc Grossman, considéré comme l’un des « papes de la cuisine healthy » à Paris, ouvre sa troisième adresse, Bob’s Bake Shop, rue Pajol.

Ce qui devait d’abord être une cuisine centrale pour ses deux premiers points de vente, va finalement rencontrer un succès presque immédiat, au point d’être aujourd’hui un spot prisé. « Ça n’était pas évident au départ, du fait de sa réputation, mais aujourd’hui le quartier nous correspond parfaitement. Il a évolué au fil du temps et nous avons suivi sa transformation. Je crois aussi que, d’une certaine manière, nous avons été un accélérateur. Et son potentiel est aujourd’hui évident », juge le restaurateur américain. 

Avec son adresse ouverte en 2006, Bob’s Juice Bar, ­l’Américain Marc Grossman (à droite) cassait les codes, en important dans la capitale une cuisine saine et légère, inventée dans le New York branché.
Avec son adresse ouverte en 2006, Bob’s Juice Bar, ­l’Américain Marc Grossman (à droite) cassait les codes, en important dans la capitale une cuisine saine et légère, inventée dans le New York branché. (©AD / actu Paris)

À sa terrasse, il n’est pas rare d’entendre des clients parler anglais, autour d’un ordinateur et d’un café latte. Le bagel store est aussi un point de rencontres pour les habitants du quartier. « On a vu des couples se former, puis devenir parents », sourit le directeur opérationnel de Bob’s, Romain Mauffroy Touitou. Le maire du 18e, Éric Lejoindre (PS), a d’ailleurs longtemps vécu dans une rue voisine. « On le voyait passer presque tous les matins et amener ses enfants à l’école », ajoute le commerçant. 

Du changement jusque dans les écoles

Caroline et son conjoint ont emménagé dans le quartier il y a un peu plus de 15 ans. « J’étais enceinte de mon premier enfant », retrace-t-elle. C’est une témoin privilégiée de l’évolution de La Chapelle. « Mon aîné était le seul enfant de CSP+ à l’école à l’époque, mais aujourd’hui, j’ai trois enfants et la tendance est différente pour les derniers. » 

Vincent Migrenne s’enthousiasme : « C’est un monde où l’enfant du sans-papier est à l’école avec celui du CSP+ ». 

Le parc Charbon, derrière La Porte de La Chapelle.
Le parc Charbon, derrière La Porte de La Chapelle. (©Vincent Migrenne)

Comme le photographe, Caroline Buire défend l’image de son quartier et évoque une forme de « désinformation » dans les médias et sur les réseaux sociaux : « avec plusieurs femmes du quartier, on a été assez étonné quand on a vu sortir les articles sur les no-go zone. Bien sûr, mes enfants ont vu certaines choses que j’aurais préféré leur éviter, mais il y a un esprit village ici, beaucoup de solidarité et d’entraide. »

À quelques pas de la Halle Pajol, la rue Riquet s’est également métamorphosée. « Autrefois, tu y passais vite, se souvient Vincent Migrenne. Alors que maintenant, c’est truffé de bars à vins et autres pépites. »

Gentrification « contrôlée »

Ancien quartier d’entrepôts, La Chapelle vit donc, comme le reste du 18e avant elle, ou certaines grandes villes de Seine-Saint-Denis (Pantin, Montreuil, etc), une gentrification. Mais de l’avis des personnes interrogées par actu Paris, elle serait, pour l’heure, « contrôlée ». 

« Au marché de l’olive (le marché couvert de La Chapelle), tu peux trouver un fromage hors de prix. Et, juste à côté, il y a un primeur vraiment pas cher. Il y a multiculturalité extraordinaire, aussi. Tu as le microquartier de Little Soudan, le temple Ganesh, une petite communauté tibétaine aux jardins d’Éole, des afghans, des américains chez Bob’s, l’auberge de jeunesse », énumère Vincent Migrenne.

L'été, le temple Ganesh organise une grande fête hindoue.
L’été, le temple Ganesh organise une grande fête hindoue. (©Vincent Migrenne)

Même s’il reste des « zones mortes », comme près de la rue des roses, le souffle pousse jusqu’au nord du quartier, notamment à l’approche des Jeux olympiques 2024.

Des projets structurants, tels que l’arrivée à Porte de La Chapelle du tramway T3b en 2012 et son récent prolongement, ou, plus récemment, de l’Adidas Arena, mais aussi d’embellissement, avec de la végétalisation, par exemple, changent peu à peu la donne dans ce secteur comparé, en 2018, à la « cour des Miracles », par l’élu de droite et habitant de Marx Dormoy, Pierre Liscia. 

Il y a encore des consommateurs de crack, mais le rapport s’est inversé : tu n’es plus le gars qui n’a rien à faire là.

Vincent Migrenne

Caroline abonde : « Avant, je prenais le métro pour une station depuis Porte de La Chapelle, mais maintenant je rentre à pied. Même visuellement, ça n’a plus rien à voir ! »

Avec une crainte, évoquée par Romain Mauffroy Touitou : « c’est qu’on pousse les populations pauvres toujours plus vers l’extérieur de Paris, comme les camps qui se sont formés le long du canal Saint-Denis. »

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