
Les attaques racistes visant le nouveau maire de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) Bally Bagayoko, à l’instar des propos polémiques sur CNews évoquant « la famille des grands singes », résonnent très fort chez les habitants de cette commune de banlieue parisienne, fière de son métissage.
« Allô ? C’est vrai qu’il faut porter un voile pour aller à l’école ? », « C’est ici la ville des noirs et des arabes ? ». Des messages comme ceux-ci, les cinq standardistes de la mairie de Saint-Denis assurent en recevoir plusieurs fois par jour depuis l’élection de Bally Bagayoko (LFI). « On a franchi une étape dans les propos racistes ouvertement assumés par des usagers qui profitent de l’anonymisation des appels pour se lâcher », résume Kelly Kidou, responsable du service accueil de la mairie. « On a même eu une fois un appel où les gens ont juste passé la chanson Un dimanche à Bamako (d’Amadou et Mariam), sans même parler », se lamente-t-elle, ajoutant que les standardistes n’avaient jamais reçu ce genre d’appels sous la mandature de Mathieu Hanotin, l’ancien maire socialiste.
Bally Bagayoko, 52 ans, est né dans les Hauts-de-Seine de parents maliens. Ce père de quatre enfants a été élu dès le premier tour le 15 mars avec 50,77 % des voix, devenant ainsi le maire de la plus grande ville insoumise de France. Dès son élection, il avait déjà été destinataire d’une campagne de haine relayée par l’extrême droite sur le réseau social X.
« Esprit de corps »
Le week-end dernier, l’édile a également été la cible de propos polémiques sur CNews, signalés par plusieurs parlementaires et associations antiracistes à l’Arcom, le gendarme de l’audiovisuel et du numérique. Le gouvernement a apporté son soutien au nouvel édile et va étudier la possibilité de « poursuites pénales » contre les auteurs de ces propos, a annoncé mardi devant les députés le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez.
Bally Bagayoko appelle à la fermeture de CNews
Face à un « racisme qui est plus affirmé et qui est quasi débridé », le maire LFI de la deuxième plus grande ville d’Ile-de-France après Paris estime dans un entretien à l’AFP que « l’Arcom doit être beaucoup plus sévère » vis-à-vis de la chaîne CNews et que la justice doit être « beaucoup plus franche ».
« Est-ce que nous sommes obligés d’avoir une offre médiatique avec des chaînes racistes comme CNews et d’autres? Moi je dis que non », déclare-t-il quelques jours après la tenue de propos le visant et qui ont indigné à gauche, mais aussi au gouvernement, et pour lesquels le régulateur de l’audiovisuel a été saisi.
À quelques mètres de la basilique de Saint-Denis, nécropole des rois de France, la vitrine de la librairie indépendante La P’tite Denise met en avant des auteurs africains ou des ouvrages consacrés à l’immigration, aux différences culturelles ou religieuses. Il faut dire que depuis le 13 mars, Saint-Denis accueille la 54e édition de sa « quinzaine antiraciste et solidaire », un festival qui célèbre la diversité des plus de cent nationalités représentées dans cette ville de 150 000 habitants, la deuxième d’Île‑de‑France. Damien (prénom modifié), 35 ans, vendeur dans cette librairie engagée, ressent un profond malaise depuis l’élection de « Bally », comme il le surnomme, et les attaques dont il est victime. « Tout le monde en parle à la librairie », explique-t-il. « Ca crée finalement une solidarité et une sorte d’esprit de corps dans la ville qui n’aurait pas été forcément aussi fort sans cette déferlante ».
« On infantilise, on humilie les gens »
Dans les rues autour de la mairie, quelques affiches électorales sont toujours visibles. C’est dans ce quartier, à proximité du tramway, que se trouvent les locaux de l’association franco-marocaine de Saint-Denis. À sa tête, Mohammed Ouaddane, dreadlocks grisonnantes, ne décolère pas : « On nous rabaisse. En attaquant le maire, on attaque la population. » « On infantilise, on humilie les gens. C’est d’une violence hallucinante. En gros, on leur dit : vous avez élu un singe ! Ben non, on n’a pas élu un singe, on a élu une personne pour nous représenter parce que notre représentation jusque-là était très limitée », poursuit le militant de 62 ans.
Ex-joueur semi-professionnel de basket, puis entraîneur, le nouvel édile n’est pas un débutant. Il est rentré en politique en 2001 aux côtés de l’ex-maire PCF de Saint-Denis, Patrick Braouezec. « On se bat depuis des années pour une France interculturelle, plurielle, qui pour nous existe. Et Saint-Denis est un laboratoire de cette pluralité et de cette France qui est en train de se reconstruire autrement », s’enthousiasme Mohammed Ouaddane, qui veut rester optimiste. Samedi, il participera à un grand « rassemblement citoyen » contre le racisme et les discriminations sur le parvis de l’hôtel de ville, à l’appel de Bally Bagayoko.
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