, Procès Samuel Paty: « Je n’ai pas réussi à le protéger », regrette l’ex-principale du collège

Procès Samuel Paty: « Je n’ai pas réussi à le protéger », regrette l’ex-principale du collège

L’ex-principale du collège où enseignait Samuel Paty a témoigné à la barre, mardi, à la cour d’assises spéciale de Paris. Elle y a expliqué l’engrenage ayant provoqué l’assassinat terroriste du professeur d’histoire-géographie, qui provient à l’origine du mensonge d’une élève. Ayant considéré le danger qui planait sur lui, elle a relaté ses démarches pour tenter de le protéger.

L’ex-principale du collège du Bois d’Aulne à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), où enseignait Samuel Paty lors de son assassinat le 16 octobre 2020, a témoigné à la barre de la cour d’assises spéciale de Paris pendant plus de six heures, mardi. Huit personnes y sont jugées depuis le 4 novembre pour leur implication dans l’attentat terroriste ayant couté la vie à l’enseignant d’histoire-géographie.

Audrey F. a détaillé chacune de ses tentatives pour désamorcer une polémique qui allait devenir meurtrière. D’abord, deux rendez-vous, avec la mère puis le père d’une élève. Ce dernier, Brahim Chnina, est accompagné par Abdelhakim Sefrioui qui se présente comme « responsable des imams de France », ce qu’il n’a jamais été.

Une exclusion de l’établissement sans aucun rapport avec le cours de Samuel Paty

La colère de ces parents d’élèves provient pourtant d’un mensonge, celui de leur fille, affirmant avoir refusée de quitter le cours de Samuel Paty alors qu’il montrait à ses élèves des caricatures du prophète Mahomet. L’enseignant avait proposé aux élèves qui pourraient être heurtés de quitter temporairement la salle, sans forcer qui que ce soit. Exclue en raison de plusieurs manquements disciplinaires commis avant cette séquence, l’adolescente avait alors déclaré à ses parents que la sanction provenait de son refus de quitter la salle.

Dans le bureau de la principale, les deux hommes dénoncent un professeur « voyou » et demandent des comptes. Abdelhakim Sefrioui menace la principale d’organiser « une manifestation de musulmans » devant le collège et devant le rectorat. Le fondateur du collectif pro-Hamas Cheikh Yassine trouve « inadmissible » d’avoir dû attendre dehors avant d’être reçu par la principale.

Campagne numérique contre l’enseignant

Pourtant, Samuel Paty informe le lendemain l’ex-principale que l’élève en question n’était même pas présente lors de son cours. Elle la confronte mais celle-ci persiste dans son mensonge.

Des vidéos mensongères sont ensuite postées sur les réseaux sociaux, des messages de menaces sont envoyés au collège et au professeur. MM. Chnina et Sefrioui portent plainte contre Samuel Paty pour diffusion « d’images pornographiques ».

« Là, je me suis dit, ça va nous foutre dedans », a lancé l’ex-principale. Elle avait alors multiplié à l’époque les signalements auprès de l’Éducation nationale et de la mairie. « J’avais peur qu’on s’en prenne physiquement à M. Paty », a-t-elle répété. Elle ira même jusqu’à porter plainte aux côtés du professeur.

Le commissaire qui prend sa plainte lui conseille de rester chez lui jusqu’aux vacances, qui doivent commencer le 17 octobre. « Ce serait reculer de rester chez moi », répond le professeur. La suite est connue. Le 16 octobre, Abdoullakh Anzorov, un jeune Russe d’origine tchétchène de 18 ans, poignarde et décapite Samuel Paty.

Procès Samuel Paty
Procès Samuel Paty

Lorsque la police l’appelle pour l’informer qu’une personne vient d’être décapitée à côté du collège, l’ex-principale tressaille. « J’ai tout de suite su que c’était lui », s’est-elle remémoré à la barre, la voix tremblante. « Je n’ai pas réussi à le protéger. (…) C’est un énorme gâchis ».

Julie Brault avec Léo Manson

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