
Dans le tumulte de notre quotidien moderne, difficile d’imaginer qu’un train si lent, si bruyant, et pourtant si aimé, ait pu marquer profondément l’histoire d’une vallée. Et pourtant, entre La Ferté-sous-Jouarre (Seine-et-Marne) et Montmirail (Marne), le célèbre « tacot du Petit Morin » fut pendant plus d’un demi-siècle le fil rouge de la vie locale.
À l’heure où les rails ont disparu depuis longtemps, une exposition prévue à Courcelles-sous-Jouarre les 25 et 26 octobre 2025 propose de raviver les souvenirs de ce petit train à vapeur, parfois surnommé le Tortillard du fait du tracé de la ligne, ou le Gueulard parce qu’il sifflait avant toutes les courbes de la vallée.
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45 km à travers trois départements
Tout commence en 1881. Louis-Marie-Philippe Moriceau-Albert, ingénieur, imagine une ligne reliant la Seine-et-Marne, à la Marne. À voie étroite (écartement d’un mètre), le projet séduit les Conseils Généraux. Les autorisations administratives se succèdent jusqu’à la déclaration d’utilité publique en 1887.
La concession est ensuite transférée à la Compagnie des Chemins de fer Économiques (C.F.D.), qui assurera l’exploitation.
La ligne, longue de 45 km situés sur trois départements, la Seine-et-Marne, la Marne et l’Aisne, est ouverte au public le 1er juin 1889 et officiellement inaugurée le 16 juin de la même année.
Un train qui faisait partie du paysage
Plus qu’un moyen de transport, le tacot devient une institution. Il relie les villages de la vallée, grâce à de jolies petites gares campagnardes en briques et en meulières : Condetz (seule halte ou gare de la ligne qui n’a pas été préservée à ce jour), Mourette, Courcelles, le Gouffre, Saint-Cyr, Saint-Ouen, Orly, Boitron-la-Trétoire, Sablonnières, Bellot, Villeneuve, Verdelot… La liste est longue.
Le tacot a favorisé la prospérité économique des communes qu’il traversait, en assurant le transport des matières premières, telles que les malles en osier et les pierres meulières, si précieuses pour la commune de La Ferté-sous-Jouarre, depuis les carrières d’extraction jusqu’à la Marne, où elles étaient ensuite embarquées sur des péniches à destination de Paris, puis expédiées à travers la France et dans le monde entier.
Une exposition pour faire revivre ce train pas comme les autres
Le souvenir du tacot ne s’efface pas. Les 25 et 26 octobre, de 10h à 16h, l’association Les Usages de Courcelles et Vanry organise une exposition photographique à la salle annexe de la mairie de Courcelles. Intitulée « Le Train de la Vallée du Petit-Morin – Le Tacot (1889 – 1947) », elle retrace en images ce pan de l’histoire locale, à travers des clichés d’époque, des scènes de vie et des témoignages émouvants.
L’entrée est libre et gratuite, ouverte à tous ceux qui souhaitent redécouvrir une époque où le voyage prenait son temps, et où chaque gare était une histoire.
Lenteur légendaire et souvenirs impérissables
Mais ce train n’a rien d’un TGV. Le surnom de « tacot » lui va bien. Il avance à un rythme d’escargot, au point que les passagers en descendent parfois pour cueillir des fleurs ou fumer une cigarette, avant de remonter sans se presser.
Les enfants s’émerveillent de cette « grosse bête toute noire, pleine de graisse et de suie, crachant fumée et escarbilles ». Une image que beaucoup gardent en mémoire comme un symbole d’une époque révolue.
Le tacot affaibli par les guerres
Pendant la Première Guerre mondiale, la ligne connaît des heures sombres. Dès 1914, elle pâtit en effet des événements : le pont de La Ferté-sous-Jouarre est détruit et le trafic limité à Condetz, la voie non utilisée est même démontée et récupérée à des fins militaires. Lors de la bataille de la Marne, un conducteur improvise un train de combat en pleine offensive allemande.
Ensuite, son sort n’a fait que décliner. Dès les années 1930, l’avenir du tacot s’assombrit. Puis, après la Seconde Guerre mondiale, la ligne en sort très éprouvée, à cause du manque d’entretien, de l’état lamentable des voies, et du matériel roulant fatigué par un trafic supérieur à la normale.
Les conseillers généraux, malgré l’opposition du maire de Saint-Cyr-sur-Morin, décident d’arrêter son exploitation à compter du 24 juillet 1947, sans autoriser tout de suite le démontage des voies.
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Partie intégrante du patrimoine
Le dernier clou est enfoncé cette même année, avec cette décision, qui marque sa fin définitive. Les rails sont levés, des bâtiments détruits. Le tacot du Petit Morin entre alors dans la mémoire collective, mais il reste indéniablement partie intégrante du patrimoine socioculturel de la Brie puisqu’il a permis son développement économique entre le XIXe et le XXe siècle. Il était aussi un charmant moyen de locomotion qui, aujourd’hui, aurait pu être un attrait touristique certain pour la vallée du Petit Morin.
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